GARDIENS DE L’ORDRE Sortie le 7 Avril 2010
Réalisation : Nicolas BOUKHRIEF Produit par GAUMONT / LES FILMS DU WORSO / ENTRE CHIEN ET LOUP en attente copies Distribution : Gaumont Distribution Pays d’origine : France – 2009 Titre original : Gardiens de l’ordre Genre : Policier Avec : Cécile DE FRANCE – Fred TESTOT – Julien BOISSELIER Public : en attente
Synopsis : Lors d’une ronde de nuit qui tourne mal, Simon et Julie, deux simples gardiens de la paix, blessent un jeune cadre qui a abattu, sans raison, un de leurs collègues. Accusés à tort de bavure et lâchés par leur hiérarchie, ils décident de prouver leur innocence en enquêtant sur la drogue responsable du coup de folie de leur agresseur…
C’est un projet que j’avais en tête depuis quelques années, suite à un article du « Parisien » qui évoquait l’arrivée en Europe de nouvelles amphétamines importées d’Asie. Cette drogue bon marché avait pour particularité de faire éclater puissamment l’agressivité de ceux qui la consommaient. A partir de cet article, j’ai d’abord pensé à un personnage de simple gardien de la paix, traumatisé par une fusillade causée par ce type d’amphètes et qui se met à enquêter sur cette drogue. Des cachets fluos, pour qu’ils soient bien identifiables.
J’ai raconté ce pitch à Sylvie Pialat, la productrice, qui, tout en se montrant intéressée, a souligné que le principe d’un enquêteur solitaire était quelque peu une redite de Cortex et du Convoyeur, mes films précédents. A ses yeux, cette histoire, manquait d’un personnage féminin. C’est alors qu’avec Dan Sasson, le scénariste, nous avons décidé d’axer le film sur un couple de policiers. Ce qui nous est très vite apparu comme une manière bien moins sombre d’aborder cette histoire.
Il fallait en tout premier lieu que le couple « fonctionne » à l’image, qu’il soit crédible et attachant. Il fallait également que les deux acteurs puissent porter l’uniforme de gardien de la paix sans faire tiquer le spectateur, ce qui n’est pas donné à tout le monde… Du coup, nous nous sommes dit qu’il fallait trouver les deux acteurs avant même d’écrire le script et faire ensuite du « sur mesure ». J’ai commencé à penser aux comédiens et comédiennes dont je suis résolument fan. Ce qui est le cas de Cécile de France, dont j’apprécie, depuis Haute Tension de Alexandre Aja, la manière très concrète et émouvante avec laquelle elle aborde ses rôles, tout en proposant à chaque fois des compositions ultra précises. Le personnage de Julie ne correspondant en rien à ce qu’elle avait déjà fait, il paraissait intéressant de le lui proposer.
Nous avons alors cherché qui, à ses côtés, pourrait être un partenaire à la fois complémentaire et tout aussi « sexy » qu’elle pouvait l’être. Le visage de Fred Testot s’est alors imposé. Nous les avons contactés tous les deux et le projet leur a plu. Ils se sont appréciés dès leur première rencontre et leur complicité sur le plateau a été immédiate. Mais il est vrai qu’il est très difficile de résister au charme de Fred quand il fait le pitre entre deux prises…
Non. Tout comme pour Jean Dujardin et Alexandra Lamy dans Un gars, une fille, je trouvais Fred et Omar formidablement investis et créatifs dans leur programme. Il était évident pour beaucoup qu’ils étaient tout à fait capables de passer du petit au grand écran. Ce que m’a d’ailleurs confirmé la vision du très bon court-métrage d’Arnaud Malherbe, Dans leur peau où Fred excelle dans un registre sérieux.
L’un des avantages, à ce stade, d’avoir une productrice qui a accompagné des années durant Maurice Pialat dans son travail, c’est qu’elle ne rechigne jamais quand je lui propose ce genre d’idées, bien au contraire ! Si le choix lui paraît juste, elle acquiesce et le soutien auprès des financiers, sans jamais chercher à m’orienter vers des acteurs plus « bankable ». Et, de la même manière, la curiosité exprimée par Cécile de France dès notre premier rendez-vous, à l’idée de jouer avec Fred, dont elle appréciait beaucoup l’émission de Canal, m’a tout de suite rassurée sur sa simplicité et sa créativité, deux qualités qui ne se sont jamais démenties tout au long du tournage.
C’est la troisième fois que nous travaillons ensemble. Sur les films précédents, j’avais été à chaque fois étonné par sa concentration et son inventivité. L’idée de lui confier un rôle de méchant a démarré, là aussi, dès l’écriture du script, tant j’étais curieux de ce qu’il allait nous proposer… Dès son premier jour de tournage, j’ai été séduit par sa composition, parce qu’il ne cherche jamais à faire aimer ou excuser son personnage. Il le joue comme un parfait psychopathe, mais avec une sorte de classe qui lui est propre.
Il m’a dit sur le plateau qu’il avait été ravi, en lisant le scénario, de voir à quel point, après deux films, j’avais compris son rythme et son phrasé. Je ne l’ai pas démenti, mais à la vérité je n’avais pas du tout imaginé qu’il jouerait ainsi ce personnage ! Tout comme Fred, Cécile et les autres comédiens du film, il s’est emparé du rôle et a fait une proposition qui lui appartient intégralement.
C’est Dominique Colin, le chef opérateur du Convoyeur et de Cortex, qui m’a convaincu d’utiliser ce support dont, comme beaucoup, je me méfiais un peu. Il m’a prouvé à quel point cet outil était idéal pour ce film, situé en partie dans des boîtes de nuit, puisque nous parlions d’un univers à la fois nocturne et « électronique. ». Dès le premier jour, ce support s’est avéré le bon. Tant pour des raisons esthétiques qu‘économiques. La HD nous a permis de tourner dans bon nombre de lieux où nous n’aurions pas eu accès autrement ou pour lesquels il nous aurait fallu beaucoup plus de moyens pour parvenir à une image satisfaisante.
Et puis, l’un des enjeux très excitants de la HD, c’est que la caméra « voit tout ». En tous cas, bien plus de choses qu’une caméra 35mm dont la pellicule chimique peut adoucir parfois une réalité trop crue. Le numérique, lui, peut se révéler violent et affreusement réaliste. Il oblige donc tous les corps de métier à se montrer plus vigilants, ce qui est évidemment un plus pour le film.
Le sujet et le support choisi pour ce film imposaient un chef décorateur au travail très stylisé. C’est pourquoi j’ai été ravi quand Maamar Ech Cheikh, dont j’avais adoré le travail sur les deux OSS 117 de Michel Hazanavicius, a accepté le film.
Au fur et à mesure de la préparation, nous avons dégagé deux types de décors. D’un côté, ceux des flics, du commissariat et de ses alentours qui devaient apparaître comme des endroits désincarnés, une ville de silhouettes et d’architectures actuelles, un peu comme dans le jeu des « Sim’s ». Et de l’autre, ceux de nos voyous, brasserie, boîtes de nuit, etc., plus traditionnels et proches de certains polars à la française des années 50 que j’aime infiniment, comme Razzia sur la chnouf de Henri Decoin. Tout le travail de repérage et de création des décors a ensuite été orienté dans ce sens.
Oui. Si cette famille est faite de personnalités qui adorent leur métier et font à chaque fois preuve de plus de professionnalisme, elle vous oblige à mettre la barre toujours plus haut. Il s’agit de ne pas les décevoir, sans compter évidemment le gain de temps évident que cela rajoute au tournage. Yves Ayache, par exemple, le maître de karaté qui avait déjà préparé les acteurs de mes précédents films, est venu cette fois sur le plateau pour régler quelques scènes de combat. Après un stage d’une semaine, il va de soi que les comédiens se connaissent bien en corps à corps et qu’on peut donc tourner ces scènes dans des délais rapides.
Maintenant, cette « famille » reste ouverte. Cécile a par exemple amené sur ce film Gaëlle Cohen, qui l’a coaché ainsi que Fred, avant de régler les cascades sur le plateau. Sa manière de considérer une cascade, non pas comme une simple acrobatie, mais comme une sorte d’illustration du caractère du personnage correspondait tout à fait à la manière dont nous voulions aborder les scènes d’action.
Il est certain qu’à partir du moment où l’on commence à tuer des personnages ou à sortir de la drogue dans un film, tout est possible ! Avec ces deux flics qui basculent dans la délinquance, se défoncent et assassinent des dealers, une histoire comme celle de Gardiens de l’ordre, peut donner lieu à une illustration assez extrême, à la Le Justicier braque les dealers avec Charles Bronson…. Afin d’avoir des repères, j’ai commencé par réfléchir aux publics auxquels s’adresse ce film et, notamment, à ceux de Cécile de France et Fred Testot. Il y a parmi ces spectateurs qui les apprécient des personnes qui n’ont pas forcément le goût ou l’habitude des scènes de violence. Pourquoi les agresser ? Ce n’est peut-être pas la meilleure façon de leur faire aimer le genre. Du coup, nous avons opté pour un type de scènes de violence qui tentent d’être efficaces, mais jamais choquantes. Même chose, pour les scènes de drogue.
En plus du travail très ambiant de Nicolas Baby, avec lequel je travaille depuis quatre films, il fallait également trouver les musiques que l’on entend dans les clubs. Si l’on n’y prend pas garde, on se retrouve souvent à « coller » au mixage des musiques qui n’ont rien à voir avec celles que l’on aurait souhaitées, ce qui a pour effet de ramollir les scènes, voire de les rendre un peu ridicules pour ceux qui connaissent ce type de lieux et d’ambiance. Je tenais à ce que les musiques de club soient chics et crédibles et, pour cela, il fallait tourner en live avec les musiques que nous utiliserions ensuite au mixage. Ce n’est pas une mince affaire, mais exaltant à mettre en place, tant pour les acteurs que les techniciens et les figurants.
La rencontre avec Leslie Dubest et sa compagnie THE : HOURS a été pour cela décisive. Expert en musique électro, Il a su nous orienter dans nos choix, ainsi que nous présenter deux de ses artistes, les suédois de Dada Life, qui ont mixé durant le tournage de ses scènes d’une manière tout à fait inspirée.
Enfin, pour interpréter le thème sifflé écrit par Nicolas, nous avons eu la chance de travailler avec le musicien espagnol Curro Savoy. C’est d’ailleurs lui qui interprétait le petit sifflet de Vanessa Paradis dans sa cage dorée. Il nous a appris, au passage, qu’on ne trouvait plus aujourd’hui que six siffleurs d’un tel niveau dans le monde, dont Micheline Dax !
Offrir au public un polar qui soit totalement inscrit dans le genre, en donnant la part belle aux acteurs. Avec entre autres James Canal et Stéphanie Seilhean, les premier et second assistants, c’est ce que nous nous sommes efforcés de faire tout au long du tournage, en essayant de mettre la mise en scène entièrement au service des caractères et du récit.
Avec Lydia Decobert, la monteuse, nous avons ensuite travaillé à chercher un rythme qui aille toujours dans ce sens, uniquement préoccupés par l’idée que le spectateur se sente toujours concerné et se demande en permanence comment Simon et Julie vont pouvoir sortir indemnes de cette histoire.
Nicolas Boukhrief m’a d’abord dit qu’il m’imaginait parfaitement pour ce rôle car il était persuadé que je serais crédible dans un uniforme de gardien de la paix. Et c’est cette première rencontre avec lui qui a été décisive, à la fois pour la manière dont il me parlait de son projet et aussi pour l’intérêt que je portais à son travail puisque j’avais vu et apprécié Le Convoyeur.
Ça ne se passe pas toujours comme ça, car je peux aussi accepter de faire un film sur simple lecture du scénario, mais là c’était avant tout le dialogue avec ce réalisateur que je trouvais très intéressant, aussi bien artistiquement qu’humainement. Il avait donc tous les critères pour m’emballer. D’autant plus que, quand je tourne, il faut absolument que j’ai en face de moi un réalisateur qui me nourrit et m’emmène dans son univers, qu’il ait des désirs précis et beaucoup de convictions.
Quand je vais au cinéma, je vais rarement voir des histoires d’amour ou des comédies. Je suis généralement plus attirée par les films obscurs, ceux qui ont une part d’ombre comme The Chaser ou Morse. Et dans Gardiens de l’ordre, elle est sacrément là cette part d’ombre ! C’est vrai que j’ai tourné plus de films qui jouent sur ma « fraîcheur » ou mon côté romantique. Et comme, justement, ce mot « fraîcheur » me colle un peu trop à la peau depuis des années, c’est aussi ce qui m’a incitée à tourner ce rôle plus dur de femme flic.
Comme les personnages que Fred Testot et moi interprétons, flirtent avec l’ambiguïté en naviguant dans les méandres du bien et du mal, Nicolas nous a tout d’abord donné à lire Flic, l’autobiographie d’une femme gardien de la paix, écrite par Bénédicte Desforges qui raconte très bien sa vie dans un commissariat de quartier, avec les non-dits, les aspects cachés au grand public, parfois peu reluisants. Et ce bouquin a stimulé mon intérêt pour les gardiens de la paix que, jusque-là, je regardais, comme tout le monde, d’un œil distrait, voire hostile… On s’aperçoit que ce sont, bien évidemment, des êtres humains avec leurs défauts, leurs failles et leur sensibilité. Et en préparant le rôle, j’observais les femmes policiers dans la rue : comment elles se coiffent, se maquillent, comment elles bougent… Elles arrivent même à affirmer leur féminité malgré leur costume très viril. D’interpréter le rôle de Julie, m’a permis de creuser le côté humain d’une femme flic avec ses faiblesses, sa fragilité et sa sensibilité. C’était passionnant.
Surtout que nos personnages qui, à priori, peuvent paraître clean en représentant la loi et l’ordre se retrouvent obligés de descendre en enfer en basculant du côté de la délinquance. Et ce ne sont pas des super héros ou des super flics, mais des gens tout à fait simples, embarqués dans une situation qui dérape.
Nous nous sommes entraînés avec Gaëlle Cohen, qui m’avait déjà coachée sur Un secret et Ou est la main de l’homme sans tête ? Nous avons fait du tir à balles réelles, avons appris les positions de défense et d’approche, comment menotter un suspect… et ce, toujours en fonction des scènes. Avec Gaëlle nous avons aussi travaillé à affiner ma musculature. Car le personnage de Julie – à la différence de moi même qui suis plus épicurienne – est une femme très « sèche », que ce soit physiquement ou psychologiquement. Il fallait donc que je crée son corps pour faire ressortir plus facilement son côté intègre, solitaire et droit dans ses bottes. En règle générale, modeler mon corps est une bonne manière pour moi d’entrer dans le personnage. J’aime raconter ce que je suis dans un film, d’abord par mon physique, avant mon intellect. Et pour ça, Gaëlle Cohen est une perle rare. D’autant plus que, comme Jackie Chan que j’ai pu observer travailler sur Le Tour du monde en 80 jours, elle connaît très bien la technique cinématographique, des axes de caméra aux effets spéciaux. C’est infiniment précieux, parce que cela permet de se préparer d’une manière très précise, en accord étroit avec le metteur en scène.
Pas vraiment. Ça se perd. C’est comme sur Sœur sourire, j’ai appris la guitare mais je n’en ai plus refait depuis, car quand un tournage est terminé, je laisse les capacités de mon personnage au vestiaire.
Pas du tout ! Pour garder un équilibre et une vie saine, je prends des distances avec mon personnage dès que la journée est finie. Mais ceci ne m’empêche pas de rester sur le set, en dehors de mes prises, pour garder ma concentration. Et c’est valable sur tous les films que je tourne et quel que soit le rôle.
Son humilité était très agréable sur le plateau. Parce que, généralement, les acteurs qui ont de l’expérience se rassurent en montrant qu’ils sont à l’aise et maîtrisés. Alors qu’il y a chez Fred une sorte de naïveté très touchante, une pureté quasi enfantine. Donc, très naturellement, j’essayais de le rassurer. Y compris pour les scènes de violence, il y allait à fond sans nécessairement penser à se protéger. Et comme c’est quelqu’un de très généreux dans la vie, il donnait beaucoup de son être intime sur le plateau. C’est pour ces raisons qu’il me parait très bon dans le rôle.
C’est aussi un des mecs les plus drôles que j’ai croisé dans ma vie ! Il avait tendance, pour se décontracter, à faire mourir de rire tout le plateau entre les prises. Mais tout en restant un élève très appliqué car il comprenait parfaitement les enjeux du projet. C’est pourquoi toute l’équipe l’adorait.
Ah oui, ça m’excite à mort, car il y a un plaisir ludique et enfantin à se retrouver dans ce type de personnage. On n’utilise pas vraiment le mot « se déguiser » au cinéma, mais c’est pourtant ça. Quand je me retrouvais dans mon uniforme de flic, ça m’aidait instantanément pour le personnage. Je me sentais plus forte et j’avais une démarche différente. Ca me donnait une assurance inédite.
Le fait qu’il travaille souvent en découpant peu ses séquences, nous laisse une assez grande liberté. Il nous laissait créer nos personnages tout en nous surveillant positivement. Il veillait à ce qu’on soit juste en intervenant quand il le fallait. Comme Clint Eastwood, il sent toujours quand on est prêt… Ils ont d’ailleurs tous deux une simplicité dans le travail et les rapports humains et font confiance aux acteurs. Mais, cela dit, je ne suis jamais tombée sur un réalisateur très directif ou très torturé qui plombe l’ambiance sur un tournage.
Il fait à mes yeux une vraie performance d’acteur dans son rôle de méchant. Un peu comme Vincent Cassel dans Mesrine. J’ai assisté à la construction d’un personnage qui est ensuite totalement maîtrisé par celui qui l’interprète. Je ne le connaissais pas et, jour après jour, il m’a vraiment scotchée !
Au départ, pour le bien du film, Nicolas ne voulait pas que les méchants et les gentils déjeunent ensemble à la cantine ou sympathisent. On a essayé mais, avec Fred, ce n’était pas possible ! Il est tellement sympa avec tout monde qu’on a suivi les conseils de Nicolas pendant… une heure ! On s’est donc vite tapé sur l’épaule en rigolant !
Complètement ! Comme il y a eu très peu de scènes coupées et que tout ce qu’on a tourné était dans le script, j’avais tout de même un peu peur que l’on sorte de l’histoire, en ne comprenant pas certaines astuces de narration. Et en fait tout marche. Le côté « évolutif » fonctionne très bien. On est dans quelque chose de très simple au début, puis on entre progressivement dans un univers plus noir, qui marche grâce à l’idée très précise que Nicolas avait de son projet. Je trouve, en plus, que Gardiens de l’ordre porte en lui quelque chose de très moderne, tout en jonglant avec les images d’Epinal du polar. Le film n’est jamais « plan-plan », ni installé. Ca ne ronronne pas, ça rebondit bien, il se passe toujours quelque chose. Et ça, ça me plait.
Pas vraiment, j’en ai été le premier surpris. Je crois qu’il m’avait repéré dans le court-métrage d’Arnaud Malherbe, Dans leur peau. Comme j’y avais un rôle sérieux, Nicolas a dû se dire : « S’il peut jouer un rôle sérieux sur 20 minutes, il doit être capable de le faire sur un long métrage ». Et quand il a fait appel à moi, je n’avais pas encore reçu – à part ce court – de rôle sérieux dans un film.
J’avais vu Le Convoyeur et Le Plaisir (et ses petits tracas). Et ça m’a fait vraiment plaisir de travailler avec quelqu’un qui fait, pour moi, un cinéma vraiment « à part ». On s’est vu au tout début du projet où il m’a fait lire un traitement qui m’a tout de suite plu. J’ai pu suivre ensuite toutes les phases d’écriture du script, ce qui, en général, n’est pas habituel pour les acteurs.
Pas spécialement. Mais nous avons eu pas mal de discussions pour savoir si j’aimais les différentes versions du script. Le fait d’avoir pris le scénario à sa base m’a vraiment fait rentrer dans l’ambiance du personnage. Mais comme je n’ai pas non plus une grande expérience d’acteur, je faisais un peu tout ça à l’instinct, tout en étant dirigé par Nicolas. Deux mois avant le début du tournage, il a ainsi donné une carte de police à tous les acteurs qui devaient interpréter des policiers de manière à ce qu’ils s’habituent à l’idée d’incarner des « gardiens de l’ordre ». Donc je l’avais sur moi et je la regardais souvent en me la « pétant ». Et c’est vrai que, petit à petit, l’idée d’avoir cette carte a changé ma perception et me préparait tranquillement pour le rôle. D’ailleurs, pour l’anecdote, le jour où je devais rendre cette carte à la production, j’ai vu une bande de voyous qui emmerdait une vieille dame près d’un distributeur de billets. Je leur ai crié dessus « police ! » en leur montrant ma carte et ils ont déguerpi. Et le plus drôle c’est que je l’ai fait… instinctivement !
Ce n’est pas du tout un super flic. C’est un gardien de la paix qui a déjà un peu de bouteille mais qui va très vite être dépassé par ce qui lui arrive.
En effet, j’avais l’angoisse qu’on ne croit pas trop à mon personnage à cause de mon parcours de comique. Mais vu que le rôle et l’histoire sont très sérieux, je n’imaginais pas non plus que le public allait se marrer. Ce qui ne m’empêchait pas de déconner entre les prises, puisque c’est ma façon de me concentrer. Ma vraie appréhension venait plutôt de l’amalgame entre « premier rôle important à l’écran » et « rôle sérieux ». Donc j’avais quand même un peu de mal à savoir si j’étais bon, à m’évaluer. Heureusement que les autres, metteur en scène, techniciens et acteurs, étaient là pour me guider. J’ai donc très vite décidé de ne plus me poser ce genre de questions.
Je ne me suis jamais vraiment posé la question, puisque, déjà, je n’avais jamais pris de cours. Y compris en tant que comique puisque ça nous est tombé dessus, avec Omar, alors que l’on n’avait pas programmé quoi que ce soit. Ca nous est arrivé un peu par hasard à Canal quand on s’est retrouvé à faire les guignols derrière Jamel Debbouze. Mais même après Gardiens de l’ordre, j’estime que ce n’est pas encore gagné. J’espère juste que j’ai fait plaisir aux gens qui m’ont fait confiance. Je pense que rien n’est jamais acquis dans le métier de comédien.
C’est vrai que mon premier jour de tournage, qui se déroulait dans une boîte de nuit pleine de figurants déchaînés (et qui tombait en plus le jour de mon anniversaire !), je ressentais une pression dingue. Embrasser Cécile, non plus, ce n’était pas évident… Faire « un vrai baiser tout en pensant que c’est faux » m’a obligé à jongler avec ma pudeur. C’est vrai que j’avais ce côté « petit nouveau qui arrive dans le métier », mais j’étais, je le répète, très bien entouré.
Elle m’a vraiment pris sous son aile. On s’est très bien entendu car il y a eu un bon feeling entre nous dès le début. Elle m’a beaucoup rassuré sur mon jeu « à l’instinct ». Elle a été d’une grande aide, tout comme Nicolas d’ailleurs !
Mais on a eu aussi le temps de se connaître pendant la préparation, en effectuant une formation de gardiens de la paix deux mois avant le tournage. Huit heures par semaine, on se retrouvait pour faire du sport ensemble. On a appris à faire du tir, à menotter des prévenus et à tenir un flingue. Tout ça avec l’aide de vrais policiers et, surtout, d’une formidable coach/cascadeuse, Gaëlle Cohen, qui nous apprenait à être plausibles dans nos gestes. Tout cet entraînement nous a permis, à Cécile et moi, d’être plus à l’aise dans la peau de nos personnages en ayant les réflexes adéquats.
Il est très… comment dire… normal ! On sent chez lui un mélange de plaisir et de concentration à tourner et diriger les acteurs. Il vous donne vraiment l’impression d’être sur de bons rails.
D’une certaine façon, oui ! Ce qui est drôle c’est le côté réaliste de certaines situations : si les balles sont à blanc, le bruit est identique à une vraie décharge. Et si tu sniffes de la fausse cocaïne, tu te mets quand même quelque chose dans le nez. Même les giclées de faux sang font vraies… Donc, quand je ne tournais pas, je passais quand même des week-ends assez bizarres. Comme si j’étais encore dans un monde parallèle assez… agité !
Et quand on se retrouvait le lundi matin sur le plateau, on en riait avec Boukhrief qui, lui aussi, avait visiblement les mêmes sensations. En fait, tu finis toujours par croire un peu à l’univers dans lequel tu baignes durant le temps du tournage. Ceci étant plus valable pour un film noir comme Gardiens de l’ordre que pour une comédie. Je pense que les acteurs qui ont davantage d’expérience arrivent à se sortir plus facilement de cette sensation. Et comme, inversement, je n’étais jamais là le jeudi pour aller tourner les plateaux du SAV, j’avais là aussi une étrange sensation de passer d’un monde à l’autre.
Pour moi, amusante et concentrée. En fait, tu rigoles plus entre les prises quand tu tournes un film sérieux que lorsque tu fais une comédie. D’autant que le costume de gardien de la paix a généré quelques situations cocasses. En allant d’un décor à l’autre dans les rues, je voyais dans les yeux des passants qu’ils me prenaient pour un vrai flic, certains me demandaient même leur chemin !
Ca m’a donné évidemment une certaine confiance… Et j’espère, par rapport à eux, n’avoir pas démérité.
Il y a beaucoup de metteurs en scène qui te font des promesses et puis ça s’évapore… Mais lui est quelqu’un de très fidèle. Quand il m’a dit qu’il me verrait bien en méchant dans son prochain film, je savais qu’il ne lâcherait pas l’affaire. Quelques mois après la sortie de Cortex, il m’appelait pour me dire qu’il voulait faire un polar avec une « drogue fluo ». Puis, de fil en aiguille, il m’a proposé le rôle du « bad guy ». Et c’est la première fois de ma vie, à la lecture d’un scénario, que je me suis dit qu’il n’y avait pas une seule phrase à changer sur mon rôle. Je sentais vraiment qu’il l’avait écrit pour moi, avec ma propre musicalité. Donc, comme le travail était déjà simplifié, ça a été assez facile pour moi de rentrer dans la peau du personnage.
Et puis Nicolas est un luxe pour les acteurs. Il achète toujours les idées une fois qu’il t’a installé dans son cadre. Alors que je n’aime généralement pas trop ce mot, j’ai vraiment l’impression de faire partie d’une « famille », avec des personnes qui œuvrent toutes dans le même sens. Dès mes premières prises sur Gardiens de l’ordre, j’avais l’impression d’être dans une sorte de continuité, de poursuivre une recherche commune avec ce metteur en scène.
Nicolas m’avait donné, comme à tous ceux qui jouent les dealers, une reproduction fidèle de mon casier judiciaire qui traçait le parcours de mon personnage dans la délinquance, puis le grand banditisme. Très utile… Puis, de discussion en discussion, on en a fait le vilain petit canard d’une famille de la grande bourgeoisie. Je me suis même inspiré de quelqu’un que j’ai connu, le fils d’un homme du show-biz que je fréquentais à une période de ma vie. Il était assez dingo et parano car il était persuadé qu’il était le fils mal aimé de la famille. Il a donc commencé à faire connerie sur connerie avant de s’isoler de plus en plus dans son monde factice. Comme il n’avait jamais connu de manques, il faisait le mal juste pour le fun et se sortir de son quotidien, de ses angoisses existentielles. Moi qui pensais qu’on devenait voyou par manque d’éducation ou par pauvreté, j’ai découvert que ce n’était pas toujours le cas. Mon personnage a ainsi une certaine éducation qui lui permet de rentrer plus facilement dans le système pour mieux le détourner. J’ai essayé d’en faire un véritable « bandit moderne ».
Le lien que j’ai avec mon personnage c’est que j’aime aussi le monde de la nuit. Ce que je trouve grisant, c’est de me retrouver dans une boîte à trois heures du matin et de me mettre à discuter avec un mec un peu déchiré, en m‘apercevant progressivement que c’est un bandit. Ca m’est arrivé d’en rencontrer. Ils sont, pour la plupart, extrêmement sympathiques et séduisants. A leur façon, ce sont des acteurs. Ils te disent ce que tu as envie d’entendre et s’adaptent très vite à ta personnalité. Je me suis donc inspiré aussi de ces rencontres nocturnes pour mon rôle.
C’est une vraie jouissance car tu t’amuses à jongler avec les gestes et les mimiques qui appartiennent aux codes du genre. Déjà, pour faire plaisir aux spectateurs qui attendent ça de la part d’un méchant. Ainsi, lorsque tu fais un léger regard de travers ou un sourire en biais, tu sais que ce sera perçu comme quelque chose de dangereux. Et c’est tout à fait ludique et plaisant.
J’ai effectivement rencontré les « méchants » du film trois semaines avant le tournage. Histoire de voir comment on bougeait et réagissait entre nous, comment fonctionnaient les énergies. Nous sommes, en autre, allés déjeuner ensemble dans la brasserie qui sert de décor dans le film. Nous avons aussi pratiqué du karaté ensemble (une méthode déjà utilisée sur Le Convoyeur et Cortex). On avait donc tous un métro d’avance en arrivant sur le plateau. Tout ça nous met « au top » dans notre énergie d’acteur et dans la façon que Nicolas a de préparer le terrain. C’est sa manière à lui d’y croire. Et quand un metteur en scène croit à ce point à son sujet, il vous transmet forcément quelque chose. Vous avez donc envie de lui donner beaucoup.
Les premiers temps où je le connaissais, il avait une petite forme d’élitisme liée à sa culture cinématographique. Ce dont il s’est débarrassé aujourd’hui. Il a intégré sa passion du cinéma en la mettant au service de ses films. Jusqu’à créer ses propres références et son propre langage. Généralement, je trouve qu’on fait en France un type de polars très formatés. Avec des films qui, même s’ils sont bons, sont un peu faussement sales et faussement crades, très « à la manière de ». Je trouve que Gardiens de l’ordre est un film plus original, qui se démarque de cette tendance. C’est par exemple un film extrêmement violent alors qu’il y a, en fait, peu de coups de feu.
Il est franchement impossible de ne pas bien s‘entendre avec eux. Il s’est créé entre nous une sorte de complicité et de respect. Avec une envie constante de se surprendre mutuellement, mais tout en restant joueurs et en ne se prenant pas trop au sérieux.
Pas spécialement car les soi-disant conseils sur son jeu d’acteur par un comédien plus expérimenté sont souvent très encombrants. Sa manière de travailler n’est pas nécessairement la mienne. Et puis le metteur en scène est là pour le chapeauter et le porter… Le vrai problème, c’est lorsque tu réalises qu’une personne qui démarre n’est pas faite pour ce métier. Mais Fred est un acteur né ! Comme c’est, en plus, quelqu’un d’intelligent et de malin, je me dis qu’il va devenir un grand acteur. D’autant qu’il observe énormément et comprend très vite les choses, il sent parfaitement l’endroit où il est et ce qu’il a à faire. Au début il y a eu une sorte de légère méfiance entre nous car, tout comme moi, c’est quelqu’un d’assez timide. Mais, au final, je n’avais pas l’impression de travailler avec quelqu’un qui avait moins de bouteille que moi. Avec ses maladresses et son manque de savoir-faire par rapport à d’autres comédiens plus aguerris, il a amené une certaine présence qui sert la spontanéité de son personnage. Il a aussi l’atout d’avoir un évident capital de sympathie à l’écran. Et ça, tu ne peux pas le lui enlever. Il a vraiment sa place dans le métier.
C’est une des actrices les plus équilibrées que j’ai rencontré dans ma vie ! Elle est totalement en place dans ce qu’elle fait, ce qui ne lui enlève pas pour autant une forme de fragilité et de folie. Elle est respectueuse de tout le monde et ne se met jamais en colère. Elle gère la pression de son rôle avec beaucoup de naturel. Et dès que le mot « action » est lancé, elle est avec toi à 200%. Elle te regarde droit dans les yeux, t’observe et analyse ce que tu fais sans être cérébrale et tout en te renvoyant la balle merveilleusement. Dans la vie, elle est adorable et tranquille, mais dès qu’elle joue elle met la barre très haute. Comme si tout d’un coup, elle te disait : « Maintenant, c’est le taf ! ». On peut dire quelque part que c’est « une patronne ».C’est une vraie star et je comprends pourquoi elle tourne aussi pour Clint Eastwood !
Les entretiens ont été réalisés par Christophe Lemaire pour le compte de la Gaumont et des Films du Worso
Tous droits réservés © Gaumont et © Les Films du Worso
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Pierre Yves Cheguillaume pour ArtéMédia avait l’année dernière rencontré et photographié Xavier V Combs lors de son passage à la Boule Noire (Cliquez ici) pour la sortie de son premier album « En plein cœur ». Aujourd’hui Xavier après la liquidation judiciaire de Spidart nous indique que le tribunal de Lyon lui a permis de récupérer les masters de son album ainsi que son contrat d’artiste et qu’il est donc de ce fait libre de continuer à les utiliser commercialement.
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