Vu par Alexandra
UN POISON VIOLENT, de Katell Quillévéré
Ne vous fiez pas à l’âpreté du titre. D’abord parce que sa poésie est inspirée de Serge Gainsbourg. Ensuite parce le Prix Jean Vigo récompense depuis 60 ans des réalisateurs dont la mise en scène est avant tout humaine. Primé cette année, Un poison violent mérite réellement d’être découvert, plutôt que de s’empiffrer de blockbusters américains qui prétendent nous faire rêver en nous gavant de scénarios indigestes…
Le film raconte un été qui bouleverse la paisible vie de Anna, jeune adolescente de 14 ans. Comme Camille ou Madeleine, les petites filles modèles de La Comtesse de Ségur, Anna est d’une douceur remarquable. Aux côtés du prêtre du village, elle prépare sa confirmation. Mais à l’aube de son engagement religieux, elle va s’interroger, fronder, aimer, le tout en une heure et demie.
Si la forme est un peu scolaire, le propos de ce premier long-métrage de Katell Quillévéré est délicieux. Il nous plonge délicatement dans la passion humaine que découvre l’œil encore innocent de l’adolescente. La lumineuse Clara Augarde, quasiment de toutes les scènes, endosse le rôle à la perfection. Autour d’elle, rodent mort et déchirement. Ils sont brillamment personnifiés par Lio, très convaincante en femme bafouée. On se régale de Michel Galabru en vieillard irrascible qui déborde de tendresse. Enfin, le père de famille qui a abandonné le domicile conjugal n’est pas le portrait d’un homme mauvais ou déviant, mais de celui qui souffre. Avec sa galerie complète de personnages (notez la malicieuse performance de Youen Leboulanger Gourvil qui interprète le jouvenceau Pierre !), le film met en lumière le désir naissant de l’autre. Il évoque ainsi très gracieusement la conscience du corps et les premiers tourments de l’âme de la jeune fille (en fleur).
Peu exprimés au cinéma, les croyances spirituelles et leur héritage souvent pesants sont pourtant un bel écrin de réflexion. Les questionnements de Anna révèlent la construction de chacun et le film est un petit bijou.
Alexandra Leduc pour ArtéMédia
Le Film
- Sortie en salles >le 4 août 2010
Résumé du Film : Cet été-là, tout change pour Anna. A son retour de l’internat, elle découvre que son père a quitté la maison. Sa mère, effondrée par cet abandon, trouve refuge auprès du jeune prêtre du village. Anna se raccroche à son grand-père, tendre et fantaisiste. Elle prépare aussi sa confirmation, dernière étape dans sa vie de croyante. Mais la naissance de son désir pour Pierre, un garçon libre et solaire, la fait vaciller. Une part secrète d’elle même
- Réalisé par Katell Quillévéré
- Avec Clara Augarde, Lio, Michel Galabru, Thierry Neuvic, Stefano Cassetti, Youen Leboulanger Gourvil
- Long-métrage français . Genre : Drame
- Durée : 01h32min
- Année de production : 2010
- Distributeur : Sophie Dulac Distribution
La Bande Annonce :
Un Poison Violent
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J’ai vu ce film magnifiquement interprété par la jeune Clara. Sa sensibilité joute avec le doute et ses incertitudes. Elle tente de se situer dans le monde qui l’entour et la regarde sans la voir.
L’instant le plus pathétique fut celui où elle dit un poème à la cérémonique des funérailles de son grand père.
Il s’agit d’un poème remarquable, dit avec une telle douceur dans lequel chaque membre de l’assistance semble se reconnaître sinon se retrouver.
Je vois cinq à six films par semaine et là j’ai été ravi de regarde « Un poison violent »
S’il vous plait :
Pouvez-vous m’indiquer où je pourrais retrouver le texte de ce poème.
Merci d’avance et à bientôt.
Bonjour,
moi aussi je suis à la recherche de ce fabuleux poème, pouvez vous m’aider à retrouver le texte?
Un grand merci!
Ouvre
Ouvre les yeux, réveille-toi ;
Ouvre l’oreille, ouvre ta porte :
C’est l’amour qui sonne et c’est moi
Qui te l’apporte
Ouvre la fenêtre à tes seins ;
Ouvre ton corsage de soie ;
Ouvre ta robe sur tes reins :
Ouvre qu’on voie.
Ouvre à mon coeur ton coeur trop plein
J’irai boire sur ta bouche !
Ouvre ta chemise de lin :
Ouvre qu’on touche
Ouvre les plis de tes rideaux :
Ouvre ton lit que je t’y traîne
Il va s’échauffer sous ton dos
Ouvre l’arène
Ouvre tes bras pour m’enlacer :
Ouvre tes seins que je m’y pose ;
Ouvre aux fureurs de mon baiser
Ta lèvre rose !
Ouvre tes jambes ; prends mes flancs
Dans ces rondeurs blanches et lisses ;
Ouvre tes genoux tremblants…
Ouvre tes cuisses
Ouvre tout ce qu’on peut ouvrir :
Dans les chauds trésors de ton ventre
J’inonderai sans me tarir
L’abîme où j’entre.
Sire de Chambley