Paroles affolées à l’étoile du Nord1 Commentaire

Par rédaction
Posté le 13 oct 2010 à 6:04

Photo Nicolas Grandi

Paroles affolées

DU 9 AU 27 NOVEMBRE
MARDI, MERCREDI, VENDREDI À 20H30, JEUDI À 19H30, SAMEDI À 16H ET À 19H30

L’histoire :

Le bonheur et le bien-être en passeraient par le langage et la communication entre les êtres, dit-on. Mais que faire de soi quand il est impossible de trouver le mot juste, le mot au plus près ?

Un homme et une femme, sur scène, s’égarent dans la parole. Leur langage petit à petit se déconstruit pour tenter de toucher au vif. Faire éclater la folie, l’épuisement et l’ennui suscités par cet acharnement à dire et comprendre. Mettre en lumière l’humour et la poésie, indissociables de cette tentative, vaine.

PROCESSUS DE CRÉATION PAR SOPHIE MOUROUSI

Paroles affolées s’est créé à partir d’interrogations, de questionnements existentiels autour de problématiques humaines, individuelles et intimes. Je m’interrogeais de façon très large sur les rapports humains, amoureux, sur la communication entre les êtres, sur la nécessité du dire, des mots, de ce qu’ils soulèvent, prouvent et assurent.

J’avais le désir de mettre en place non pas une narration, mais bien des fragments, pour créer le réel et la poésie autour de deux êtres, un homme et une femme sur le plateau. Aussi, créer le dialogue, afin de l’abandonner pour faire parler le silence, les corps, les gestes. Il a été nécessaire pour moi, de s’armer de patience, qu’il y ait une maturation lente lors de l’élaboration du projet.

A partir des matériaux qu’étaient les miens (textes, chansons, exercices de plateau…), j’ai accordé toute sa place au matériau, à la parole de l’acteur, en amont, et durant le travail de répétitions. Que la parole de l’acteur prenne tout son poids, et tout son sens, au plus profond. A partir d’interrogations communes, de textes et chansons autour du désir amoureux, des clichés du langage, faire un travail d’improvisations, je veux dire d’écriture à partir du plateau, sans supports visibles. Il était indispensable selon moi, de « laisser faire » les acteurs, prendre le temps, dans le temps réel de la répétition, laisser les acteurs se perdre, pour que quelque chose puisse arriver.

Il s’agit de prendre ce temps-là, nécessaire à ma recherche du réel, et ainsi ne pas, par manque de temps, mettre sur scène une vérité qui serait la mienne.

Dans la société qui est la nôtre, il me semblait indispensable de réinterroger la place, le pouvoir accordé à la parole, à la communication. Notre quotidien est bien celui-ci : côtoyer sans cesse ce qui fait l’apologie de l’échange verbal, garant d’« équilibre » et de sérénité. Pour qu’il y ait véritable connaissance de l’autre, de soi, parlons !

Mais que faire de soi quand il est impossible de trouver le mot juste, le mot au plus près ? J’ai voulu mettre en lumière la contradiction de l’Homme dans son entreprise : vouloir coûte que coûte, connaître l’autre, et se dire ; et de l’autre le constat de ce qu’une telle entreprise est vaine. Je suis pris dans cette contradiction : d’une part, je crois connaître l’autre mieux que quiconque et le lui affirme triomphalement (« Moi je te connais. Il n’y a que moi qui te connaisse bien ! »); et, d’autre part, je suis souvent saisi de cette évidence : l’autre est impénétrable, introuvable, intraitable ; je ne puis l’ouvrir, remonter à son origine, défaire l’énigme. D’où vient-il ? Qui est-il ? Je m’épuise, je ne le saurai jamais.

Roland Barthes, Fragments d’un discours amoureux

J’ai fait un travail autour du langage, des clichés du langage amoureux, du pouvoir accordés aux mots, aux définitions, et sur la capacité qu’ont les dictons, phrases types, idées reçues, à modifier notre vision du monde, de l’Homme, et notre capacité à la rencontre.

Ce que je voulais mettre en lumière, c’est la capacité qu’ont les mots à rassembler, et à isoler. Parler n’est pas communiquer. Parler n’est pas s’échanger et troquer – des idées et des objets -, parler n’est pas s’exprimer, désigner, tendre une tête bavarde vers les choses, doubler le monde d’un écho, d’une ombre parlée ; parler c’est d’abord ouvrir la bouche et attaquer le monde avec, savoir mordre. Le monde est par nous troué, mis à l’envers, changé en parlant. Tout ce qui prétend être là comme du réel apparent, nous pouvons l’enlever en parlant.

Valère Novarina, Devant la parole



Un homme et une femme sont sur scène, et viennent nous parler d’amour, en mots, en chansons, en mouvements. Ils ne sont ni amants, ni mariés, ils n’ont pas d’histoire commune. Plus qu’un couple, ils forment un duo. Ce sont deux individualités, deux solitudes, remplies de désir, de révolte, de vide et qui par leur présence seule, posent la question du « comment se rencontrer », « comment aimer », sans discourir. Parler d’amour côte à côte pour poser la question : que l’on parle d’amour, ou que l’on parle amoureusement, à qui s’adresse t-on vraiment ? Nous assisterons ici à tous les clichés, de la rencontre : « T’es beau gamin ! » / « Tu sais qu’tu m’plais toi ? », de la drague sur fond d’Elvis Presley, de la déclaration : « Mon amour, je t’écris pour te dire que je t’aime. Je veux le crier au monde », de la rupture : « Ta gueule ! c’est ça ou rien, c’est comme ça et pas autrement. C’est à prendre ou à laisser ! ».

Il s’agit bien de se jouer des clichés pour faire résonner ce qui nous meut fondamentalement, la nécessité d’aimer. Se jouer des clichés pour faire éclater le vide, l’humour et la poésie. Etre sur le fil, entre l’intime et l’universel, entre grotesque et sublime, entre légèreté et néant.

Texte Sophie Mourousi, Mathilde Lecarpentier et Julien Varin
Mise en scène Sophie Mourousi
Avec Mathilde Lecarpentier et Julien Varin
Lumière Julien Kosellek
Durée du spectacle 1h

Production Estrarre
Paroles affolées a été créé à L’étoile du nord sous sa forme courte (20 mn) lors du festival « A Court de Forme » 2009 de la compagnie Estrarre, puis créé dans sa version longue lors du festival « ON n’arrête pas le théâtre » en juillet 2010.

L’étoile du Nord

16, rue Georgette Agutte – 75018 Paris
Tél : 01 42 26 47 47 – Fax : 01 42 26 63 98
Mail : contact@etoiledunord-theatre.com
Site : www.etoiledunord-theatre.com

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1 Commentaire

  1. J. Tal.

    D’abord, il y a le dialogue au but direct et avoué, d’accomplir immédiatement, rapidement, le désir. Une parole déjà automatique, guidée, encadrée par une fonction charnelle. Puis vient le chant, la lettre lue, les vers. Tous, détachés et exposés adroitement comme les tableaux caricaturaux d’une parole vidée, épuisée. Le sens ne coule plus de ces maximes ressassées, qui n’éveillent que l’automatisme désincarné, paradoxalement, d’une séduction trop visible. Et vient en fin la parade amoureuse et muette, contrariée peut-être parce qu’elle n’est que son propre but. Echange des corps, l’un courant autour de l’autre, emballement animal, ce dernier réagissant verticalement, mais mécaniquement, à l’affolement du désir qui l’encercle et clôt son horizon. Y répond une dernière scène où l’un ne parvient plus à exprimer sa parole : d’automatique, elle s’en use comme s’use ce qui est trop construit, elle pêche par son achèvement stérile, elle se rouille au clapet des aiguillages, parvient cependant à dire, encore une fois, mais c’est encore pour parler. L’autre face à lui n’est plus qu’une poupée hoquetant, immobile, réagissant par condition aux bribes élémentaires qui la lie, comme par impulsions électriques, à cette commande encore vocale, et sexuelle.

    « Paroles affolées » mêle le texte de ses auteurs et les expressions empruntées à d’autres. Le rire de voir vivre l’abolissement de nos paroles dans une fonction primaire et la douleur d’une communication syncopée par la pauvre réinvention des échanges humains, parfois, d’une moindre connaissance de l’autre par la parole. Une mise en scène sobre et puissante des corps et des voix, et des comédiens grimaçants ou graves qui portent bien les accents de l’ultime pantomime.

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