Carte des sons de Tokyo
Au cinéma le 26 janvier
L’histoire :
Ryu est une fille solitaire, son air fragile contraste avec la double vie qu’elle mène: la nuit elle travaille dans une halle à marées à Tokyo et occasionnellement elle est recrutée comme tueuse à gages. Monsieur Nagara est un entrepreneur puissant, affligé par la mort de sa fille Midori qui s’est suicidée. Il rend responsable de ce suicide David, un homme d’origine espagnole qui tient un commerce de vins à Tokyo. Ishida, un employé de monsieur Nagara qui aimait Midori en silence, engage Ryu pour tuer David… Un ingénieur du son, obsédé par les bruits de la ville japonaise et fasciné par Ryu, est le témoin muet de cette histoire d’amour qui s’infiltre dans les ombres de l’âme humaine là où seul le silence est éloquent.
Isabel Coixet :
Les films, comme les mélodies ou les poèmes, naissent de rencontres étranges, d’associations souvent incongrues mais toujours magiques. Dans le cas de Carte des sons de Tokyo, l’histoire m’est apparue (je ne voudrais pas avoir l’air d’une illuminée mais je trouve que c’est le mot qui convient) à la Halle à Marée de Tsukiji à Tokyo. Je pense que l’odeur du thon frais, des algues et des huîtres, les cris des vendeurs, le fracas du va-et-vient des milliers de caisses et la lumière particulière des lampes fluorescentes à quatre heures du matin ont beaucoup joué. Ou peut-être le petit-déjeuner: une soupe miso et des makis à l’anguille. Ou le visage pierreux d’une jeune fille qui manipulait adroitement un tuyau d’arrosage et qui refusa énergiquement, avec une détermination peu habituelle au Japon, que je la prenne en photo.
Mais je me souviens que, dans le métro bondé, alors que je somnolais de retour à l’hôtel après m’être levée à trois heures du matin pour voir la vente de poissons à la criée, je n’arrêtais pas de penser à cette fille et à la raison de son refus. Je pensais à ses bottes de pluie barbotant dans la glace à moitié fondue et le sang des thons à peine découpés. J’ai fermé les yeux et j’ai entendu la voix presque enfantine qui annonçait le prochain arrêt à la station de Shinjuku puis, j’ai su que j’allais raconter l’histoire d’une femme ayant une double vie: une femme dure, solitaire, mystérieuse, blessée, qui travaille à la Halle à Marée, nettoyant et transportant des caisses et qui, occasionnellement, est engagée comme tueuse à gages. Et l’histoire d’un homme, obsédé par les sons, qui aime cette femme en silence et qui sait que la seule chose qu’il va obtenir d’elle est le bruit de sa respiration, celui de ses talons dans une ruelle solitaire et ses conversations et rencontres avec un homme d’origine espagnole par qui elle est attirée et qui va remettre en question la vie solitaire qu’elle a menée jusqu’à présent.
Le dernier film d’Isabel Coixet, présenté à Cannes en Sélection officielle, a reçu un prix ce week-end. Le jury du Festival « Cinehorizontes » de cinéma espagnol de Marseille a décerné au film son Grand Prix.
Acteurs :
- Ryu : Rinko Kikuchi
- David : Sergi Lopez
- Narrateur : Min Tanaka
- Yoshi : Manabu Oshio
- Nagara : Takeo Nakahara
- Ishida : Hideo Sakaki
Technique :
- Réalisation : Isabel Coixet
- Production : MediaPro (Espagne)
- Scénario : Isabel Coixet
- Montage : Irene Blecua
- Photographie : Jean-Claude Larrieu
Un film de Isabel Coixet 2009 – Espagne 109 min – 1.85 – VOSTF
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