Joachim Mogarra : Une vie aventureuse
Exposition du 12 février au 29 mai 2011
Joachim Mogarra réinvente le monde à domicile en photographiant des petits objets, des matériaux divers qu’il accompagne de courts textes écrits à la main. Chaque pièce unique ainsi fabriquée s’inscrit dans un ensemble thématique ou un récit inspiré par la vie et les lectures de l’artiste. L’écart visible entre l’image et ce qu’elle est censée représenter, les différences d’échelle (du minuscule au gigantesque) et le mélange des registres (du plus trivial au plus élevé) provoquent immédiatement le rire ; mais ce sont aussi nos manières de voir et de penser que ces clichés mettent avec légèreté en question. Au-delà du minimalisme drolatique qui est sa marque de fabrique, l’oeuvre de Mogarra est riche de contradictions. Sans s’imposer de thèmes ni constituer une rétrospective, l’exposition explore cette « vie aventureuse » à travers des séries, pour certaines inédites, réalisées dans les années 2000.
Présentation Les mises en scènes photographiques de Mogarra provoquent la surprise, en général rapidement suivi par le rire. Tout se passe dans la tête et au domicile de l’artiste : de petits objets, des figurines, des gravures et des cartes, des matériaux divers, simplement rapprochés, à peine retouchés, se mettent à discourir, avec le concours de quelques mots écrits à la main. Chaque pièce s’inscrit dans un ensemble thématique ou dans un récit inspiré par la vie et les lectures de l’artiste. Ces images font irrésistiblement penser aux inventions des enfants qui, à partir de presque rien, construisent un monde dans lequel tout a droit de cité : un morceau de carton devient l’immeuble d’à côté, et une théière en fer blanc le palais d’un empereur ; on ne s’étonnera pas que les jouets y tiennent une place importante et que l’aventure en soit un des thèmes principaux. Entre le carrelage de la cuisine et une galaxie lointaine, les frontières de l’imaginaire et du concret s’estompent, les rapports d’échelle se perdent, les registres se mêlent Pourtant après le rire, où se résout d’abord la surprise, l’étonnement revient. Qu’est-ce que cette maladresse qui s’affiche comme telle ? Cette insistance à nous désigner une chose pour ce qu’elle n’est visiblement pas ? Il faut bien qu’une critique oblique se cache sous une spontanéité si franche. Un tel artisanat du presque rien doit nécessairement être un art des grandes idées. Alors, pour être sérieux, on parlera de la critique implicite que Mogarra fait de la photographie. Toute image résulte d’une construction ; son commentaire et notre regard dirigé en déterminent le sens. Négligemment, les pratiques photographiques sont singées, de l’inventaire au reportage en passant par le portrait. Avec leur air de ne pas y toucher, ces clichés viennent mettre à bas les illusions objectivistes. Pour autant, la toute-puissance de l’imagination ou de l’intelligence ne s’y substitue guère : les choses tristement apparaissent aussi pour ce qu’elles sont – peu de chose. Il ne nous est pas plus permis de croire aux voyages extraordinaires et aux héros légendaires qu’aux grandes théories qui expliqueraient le monde et notre condition. Nous resterons désormais, sans l’espoir d’un retour à l’innocence ou de certitudes qui ne viendront jamais, de grands enfants. Nous acceptons avec joie de rire d’une fantaisie qui ne trompe personne, mais il n’est sûr pas que nous sortions indemnes. Identifier le sud marocain à un palmier en plastique ou Venise à une gravure du Grand canal est-il vraiment très éloigné de la vague idée que nous en avons sans y penser ? Et est-il vraiment plus absurde de considérer une voiture comme une boîte de fer que comme l’incarnation de nous-même, de notre force, de notre liberté ?
Nous nous amusons d’un entonnoir qui prétend être l’image d’un trou noir ; jusqu’à ce que nous nous demandions à quoi cela peut ressembler « en vrai ». Quel visage, quelle allure avait Ulysse, aux yeux de chacun, avant qu’il se matérialise en personnage de Lego ? Si Mogarra a l’air de se moquer du monde (il en fait trop ou trop peu), il ne se joue pas seulement de nous, ni même seulement de nos manières de voir. On a l’impression que ce comique de l’absurde est, d’abord et surtout, à usage personnel ; qu’il constitue la juste mesure que Mogarra a trouvée pour faire entrer – tout en s’en protégeant – le vaste monde extérieur dans son propre monde intérieur. Peut-être que seule la photographie, telle qu’elle est ici développée, permettait une si miraculeuse transmutation. Elle autorise en tout cas l’expression distanciée de sentiments contradictoires – la joie comme la cruauté – et de goûts mal assortis – littérature et jouets. L’oeuvre de Joachim Mogarra serait ainsi un autoportrait paradoxal, ne s’offrant facilement à notre regard que pour aussitôt y échapper.
L’exposition L’exposition réunit une dizaine de séries, représentant quelque 150 pièces, réalisées pour la plupart entre 2005 et 2010. Deux séries, « Récits de voyages » et « Les Chiens », sont exposées pour la première fois. Même si l’exposition n’est pas thématique, la plupart des oeuvres pourraient être réparties en deux groupes équivalents. Le premier serait constitué de séries d’inspiration scientifique. « L’Espace » (2006) mêle la conquête spatiale et des vues astronomiques, parfois simples effets de lumière sur fond noir. « Les Eclipses du 17 août 2004 » sont décrites par une ampoule plus ou moins masquée. Les « Tests de Rorschach » (2007) proposent des interprétations de taches colorées. « Les grandes théories » superposent au E=MC2 répété d’Einstein et à des pages de Freud et Marx, des blagues de potache.
Des récits de voyage formeraient un second ensemble, entre littérature et autobiographie. « Le Voyage d’Ulysse » (2005) illustre quelques épisodes de l’Odysée. « Sur la route » (2008) est consacré à un périple vers le Maroc dans les années 1970. « Le Voyage romantique » (2008) retrace, à travers des gravures pittoresques, l’itinéraire d’un routard lecteur de Chateaubriand. La série « Récits de voyages » (2010) montre des dos de livres reliés dont Mogarra s’est fait l’auteur en changeant leurs titres. Néanmoins, l’exposition revendique un certain éclectisme ; à l’image de la série « Ce que j’aime » (2000) simplement formée d’images de paysages, disques, textes, films que Mogarra apprécie. La série la plus récente « Les Chiens repose sur un principe inédit : des portraits expressifs de figurines sans retouches ni textes.
- Autour de l’exposition des visites et des rencontres ponctueront l’exposition. Première rencontre : dimanche 13 février à 15h avec Joachim Mogarra
Le livre
Sous le titre Récits de voyage, le livre réunit « Sur la route » et « Le Voyage romantique ». En couverture, sont reproduits quelques volumes de la série « Récits de voyage ». Une notice biographique rédigée par B. B Bourriquet, hypothétique historien d’art, conclut l’ouvrage. Récits de Voyage est à la fois un objet littéral et une oeuvre au second degré, dans l’esprit du travail de Joachim Mogarra. Format : 24 x 17 cm / 96 pages Couverture cartonnée / 25 € 80 photographies en noir et blanc
Biographie
Joachim Mogarra est né en 1954 à Tarragone (Espagne). Il vit dans un petit village proche de Montpellier. Après un passage à la Faculté des Lettres, section philosophie, il sort diplômé de l’école des Beaux-Arts de Montpellier en 1982. Ses premiers travaux, tel « J’adore faire de la mobylette », sont des mini romans-photo. Il réalise ensuite les « Images du monde » (par exemple, une botte en plastique figurant l’Italie) et « Les Chefs-d’oeuvre de l’art » (dont une écorce en spirale légendée Spiral Jettty). Au sein de cette oeuvre prolifique, on peut encore citer des adaptations de « La Tapisserie de Bayeux » (2009) et de « La Divine Comédie » (2004). Le Frac Limousin (1993 ) et le Frac Paca (2007) lui ont consacré des rétrospectives. Parmi les expositions auxquelles il a participé : « Dreamlands », Centre Pompidou (2010) ; « Stardust », Mac/Val (2007) et « La Force de l’art », Grand Palais (2006). Joachim Mogarra est représenté par la galerie Vallois (Paris / New-York).
Un centre d’art, tourné vers la photographie qui associe expositions, édition, résidences et formation.
Le Point du Jour, inauguré en novembre 2008, est le premier centre d’art / éditeur en France tourné vers la photographie.
Le bâtiment a été conçu par Éric Lapierre, lauréat du Prix de la première oeuvre en 2003, décerné au meilleur jeune architecte français. Codirigé par Béatrice Didier, David Barriet et David Benassayag, Le Point du Jour est issu de l’activité, durant une dizaine d’années, de la maison d’édition du même nom et du Centre régional de la photographie de Cherbourg-Octeville. Quatre expositions sont proposées par an : l’une concerne la région, deux présentent des artistes contemporains et la dernière est consacrée à un photographe du passé. Le Point du Jour publie parallèlement trois ouvrages, liés aux expositions ou essais concernant la photographie. Régulièrement, des artistes sont invités à réaliser un travail photographique dans la région, suivi le plus souvent d’une exposition et d’un livre. Enfin, Le Point du Jour organise, en partenariat avec l’institut mémoires de l’édition contemporaine et avec le soutien de la Fondation Neuflize Vie, le Prix Roland Barthes. Ce prix récompense des travaux de jeunes universitaires sur la photographie. La bibliothèque réunit près de deux mille ouvrages concernant la photographie. Elle accueille aussi régulièrement des conférences et des rencontres. Des visites et des formations sont organisées, notamment à destination des enseignants, tout au long de l’année.
Expositions 2011:
du 4 juin au 25 septembre 2011 : »Collection de Sandra Alvarez de Toledo Photographies et Dessins »
du 22 octobre 2011 au 25 janvier 2012: « Patrick Faigenbaum »
Le Point du Jour
Centre d’art/éditeur
- 107, avenue de Paris
- 50100 Cherbourg-Octeville
- Tél. 02 33 22 99 23
- www.lepointdujour.eu infos@lepointdujour.eu
- Horaires d’ouverture Du mercredi au vendredi de 14h à 18h Samedi et dimanche de 11h à 19h Entrée libre
- Léo Delafontaine et Vladimir Vasilev lauréats SFR au festival ImageSingulières
- Yves Marchand & Romain Meffre, Theaters, à la Polka Galerie
- Waii, l’œuvre gravé de Dennis Nona, Îles du Détroit de Torres, Australie
- COLDFOREST by Tim White Sobieski at the Vejle Kunstmuseum
- Chaises mentales, de Philippe Soussan à la galerie Intuiti















