Le lieu unique, scène nationale de Nantes, accueille, du 11 juin au 4 septembre 2011, une exposition inédite conçue autour de la figure animale, intitulée Safari.
Une trentaine d’oeuvres d’artistes français et étrangers provenant, pour certaines, de collections publiques et privées, mais également produites spécifiquement pour cet ambitieux projet, investissent la cour et le grand atelier, soit 2000 m2.
L’exposition regroupe des peintures, sculptures, photographies, films, vidéos et installations de Pilar Albarracin, Can Altay, Carlos Amorales, Olivier Babin, Mircea Cantor, Donna Conlon, Philippe Decrauzat, Alain Della Negra & Kaori Kinoshita, Dewar & Gicquel, Franck Gérard, Carsten Höller, Ali Kazma, Lisa Lesaint, Rä di Martino, Paul McCarthy, Mathieu Mercier, Nicolas Milhé, Jean-Luc Moerman, Paulien Oltheten, Bruno Peinado, Sylvain Rousseau, Eric Tabuchi…
L’animal est au coeur d’un étrange paradoxe : pour nous autres humains qui sommes de plus en plus des urbains, l’animal devient de plus en plus présent — via ses différents modes d’apparition — au fur et à mesure que nos liens réels avec la nature s’estompent ; il participe en quelque sorte d’une nature de substitution, d’une « seconde » nature. L’attachement envers les bêtes sauvages, qui se manifeste notamment par la sensibilisation extrême au sort de ces dernières, témoigne d’une angoisse justifiée face aux atteintes que subit l’environnement, mais aussi d’un sentiment plus souterrain, celui de la perte du lien secret qui unit l’homme au monde animal, à ses origines ancestrales et biologiques. La surreprésentation de l’animal dans toutes les manifestations culturelles — y compris celles de type publicitaire — semble aller de pair avec la raréfaction programmée de sa présence au milieu de ce que certains ont nommé l’« anthropocène ». Depuis que l’homme est homme, c’est à dire, en somme, depuis qu’il manifeste une prédisposition pour la conscience — ce que l’on pourrait traduire en équivalent artistique par : depuis qu’il sait tenir un pinceau — l’homme a cherché à représenter l’animal. Premier modèle avéré, ce dernier n’a depuis jamais cessé de lui inspirer une multitude de créations de l’esprit qui sont apparues sous les formes les plus inimaginables : du Phoenix de la mythologie Persane jusqu’aux souris espiègles de Walt Disney en passant par l’incontournable bestiaire des fables de La Fontaine. L’animal s’incarne en l’homme et l’homme lui emprunte ses « qualités » — courage, vélocité, force, ruse — comme un double inséparable lui servant à exprimer l’inexprimable de manière beaucoup plus efficace que n’importe quelle parabole.
Depuis que se profile une crise écologique majeure qui menace directement la survie des espèces, ce n’est plus seulement notre rapport « biologique » au monde qui se transforme, c’est aussi un élément majeur au sein de notre système de représentation — celui qui confie à l’animal, via le détour de la personnification, la charge de lui faire porter de multiples significations, notamment celle de relier animalité et humanité, d’opposer la sauvagerie à l’aliénation de notre « urbanité » — qui est mis en péril. Quand notre rapport à l’animal s’amenuise, quand la possibilité de cette proximité de la vie sauvage disparaît, c’est aussi toute une production imaginaire et symbolique qui s’en va avec. Le monde de l’homme s’appauvrit. La production artistique s’alimente depuis l’aube des temps à ce spectacle premier qui n’a jamais cessé d’évoluer et occupe encore une place primordiale dans l’imaginaire et l’inspiration des artistes d’aujourd’hui. La fonction artistique de l’animal a certes énormément évolué depuis l’âge d’or de Lascaux, mais il n’a jamais disparu de la pratique picturale ou sculpturale (voir combien il fut représenté aux âges classiques et modernes) ; récemment, des artistes aussi célébrés que Maurizio Cattelan ou Damien Hirst en ont fait le motif majeur de leur production. Par-delà tous les aspects philosophiques et moraux que véhicule la représentation de l’animal, il s’agit peut-être avant tout pour l’artiste de s’approprier cet inégalable trésor de spectacularité plastique qu’il recèle.
Le propos de Safari est de tenter de dresser un panorama des pratiques contemporaines qui font de l’animal le centre de préoccupations plasticiennes : du Spaghetti Man de Paul McCarthy, allégorie de la régression sexuelle dans les sociétés occidentales à la vidéo de Paulien Oltheten, Man and Dog, « danse » mimétique entre un homme et un chien qui illustre à ravir le sentiment de « dérangeante familiarité », en passant par le Grand Cacatoès Blanc de Sylvain Rousseau, redondance sculpturale de la spécificité de l’oiseau ou le film de Philippe Decrauzat, Afterbirds, tiré du générique des Oiseaux d’Hitchcock qui permet à l’artiste suisse d’annexer à sa peinture les effets du cinéma, jusqu’à la vidéo du chat de Rä di Martino dont le regard de félin a pour effet d’intervertir la cible et de nous muer de chasseur en chassé.
- Commissaire invité : Patrice Joly
- DU 11 JUIN AU 4 SEPTEMBRE 2011
En résonance à Safari
Une exposition intitulée Animaux/Animots est organisée par le Frac des Pays de la Loire, le Musée des Beaux-Arts de Nantes propose un parcours à travers ses collections sur le thème de l’animal et Zoo Galerie accueille une exposition personnelle d’Emilie Pitoiset.
Le lieu unique
- quai Ferdinand-Favre – BP 21304 – 44013 Nantes Cedex 1 – France
www.lelieuunique.com // tél. : 02 40 12 14 34
Liste des Artistes :
- PILAR ALBARRACIN > Née à Séville en 1968. Vit et travaille à Madrid, Espagne.
- CAN ALTAY > Né en 1975 à Ankara, Turquie. Vit et travaille à Ankara.
- CARLOS AMORALES > Né en 1970 au Mexique. Vit et travaille à Mexico.
- OLIVIER BABIN > Né en 1975 à Dijon. Vit et travaille à Paris.
- MIRCEA CANTOR > Né en 1977 à Oradea, Roumanie.
- DONNA CONLON > Née en 1966 aux Etats-Unis. Vit et travaille à Panama City, Panama.
- PHILIPPE DECRAUZAT > Né en 1974 en Suisse. Vit et travaille à Lausanne.
- ALAIN DELLA NEGRA & KAORI KINOSHITA > Vivent et travaillent à Paris.
- DEWAR & GICQUEL > Daniel Dewar, né en 1976 à Forest Dean, Grande-Bretagne.
- Grégory Gicquel, né en 1975 à St Brieuc – Vivent et travaillent à Paris.
- FRANCK GÉRARD > Né en 1972 à Poitiers. Vit à Nantes. Travaille « in situ ».
- CARSTEN HÖLLER > Né en 1961 à Bruxelles, Belgique. Vit et travaille à Stockholm, Suède.
- ALI KAZMA > Né en 1971 à Istanbul, Turquie. Vit et travaille à Istanbul.
- LISA LESAINT > Vit et travaille en France.
- RÄ DI MARTINO > Née en 1975 à Rome, Italie. Vit et travaille à New York, USA.
- PAUL MCCARTHY > Né en 1945 à Salt Lake City, USA. Vit et travaille à Los Angeles, Californie.
- MATHIEU MERCIER > Né en 1970. Vit et travaille à Paris.
- NICOLAS MILHÉ > Né en 1976 à Bordeaux. Vit et travaille à Paris.
- JEAN-LUC MOERMAN > Né en 1967 à Bruxelles, Belgique. Vit et travaille à Bruxelles.
- PAULIEN OLTHETEN > Né en 1982 à Nimègue, Pays-Bas. Vit et travaille à Amsterdam.
- BRUNO PEINADO > Né en 1970 à Montpellier. Vit et travaille à Douarnenez, France.
- SYLVAIN ROUSSEAU > Né en 1979 à Saint-Nazaire. Vit et travaille à Paris.
- ERIC TABUCHI > Vit et travaille à Paris.
- PIERRE VADI > Né en 1966 à Sion, Suisse. Vit et travaille à Genève.

Pilar Albarracin, Sans titre (El asno), 2010 Installation, âne naturalisé, livres chinés Dimensions variables Courtesy Galerie GP & N Vallois
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- Stéphane Moscato, Première ! à La Galerie Ligne 13
- Pierre Henri Argouarch, exposition Art, Archi, Archibox
- Léo Delafontaine et Vladimir Vasilev lauréats SFR au festival ImageSingulières
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