En 1872, Victor Hugo, opposant résolu au Second Empire, publie un recueil de poèmes relatant les événements depuis la déclaration de guerre à la Prusse (juillet 1870) jusqu’à la répression de la Commune (juin 1871) et l’intitule L’Année terrible. Ces douze mois sont en effet parmi les plus tragiques de l’histoire mouvementée de la France au xixe siècle.
Après avoir résisté pendant quatre mois à un siège militaire, Paris subit l’humiliation d’être occupé par l’armée allemande le 1er mars 1871. Le 18, la ville se soulève contre les décisions impopulaires de l’Assemblée nationale nouvellement élue et du gouvernement dirigé par Thiers qui décide de quitter la capitale pour s’établir à Versailles. Le Comité central de la Garde nationale parisienne organise alors des élections pour la formation d’une Commune qui s’installe le 28 mars dans l’Hôtel de Ville pavoisé de drapeaux rouges, en présence d’une foule de dizaines de milliers de sympathisants.
Pendant ses quelque 60 jours de gouvernement, la Commune de Paris adopte de nombreux décrets. Certains sont d’effet immédiat (liquidation des termes dus par les locataires ; abolition du travail de nuit ; interdiction des retenues sur les salaires…), d’autres prennent date pour l’avenir (abolition de la conscription ; séparation de l’Église et de l’État ; instruction laïque, gratuite et obligatoire ; organisation du travail…). Des mesures symboliques sont exécutées, comme la démolition de la colonne Vendôme.
L’assemblée parisienne, reflet de toutes les tendances révolutionnaires, offre un profil exceptionnellement populaire et jeune. Parmi les élus se trouvent des figures illustres tels l’écrivain Jules Vallès ou le peintre Gustave Courbet. De nombreuses femmes, comme l’emblématique Louise Michel, s’engagent dans la lutte et de nombreux réfugiés étrangers combattent pour le mouvement communaliste. Mais l’inorganisation militaire et les dissensions qui éclatent parmi les dirigeants vont rapidement mettre fin à la généreuse utopie des premiers jours.
Les troupes versaillaises entrent dans Paris le 21 mai et reconquièrent la ville en se livrant à une impitoyable répression et à des exécutions sommaires qui causent la mort de près de 20 000 personnes. De sanglantes batailles de rues ont lieu autour des barricades élevées par les Communards qui mettent le feu à plusieurs monuments (Hôtel de Ville, Tuileries…) dans l’espoir de retarder l’inexorable progression de l’armée régulière. Les derniers combats se déroulent dans le cimetière du Père-Lachaise le 27 mai, et s’achèvent à Belleville le 28. Des milliers de prisonniers sont alors emmenés à Versailles où ils vont attendre leur jugement dans des conditions de détention souvent effroyables.
L’exposition se déroule comme un parcours chronologique illustré et commenté à travers une iconographie variée par ses supports (photographies, affiches, gravures de la presse) et son contenu, objectif ou partisan. Elle se propose d’aider à la compréhension des événements – encore très présents dans la mémoire politique – qui ont eu lieu à Paris de mars à juin 1871 et dont l’Hôtel de Ville fut le théâtre principal. Les quelque 200 oeuvres et documents exposés, dont plusieurs manuscrits originaux, proviennent des collections municipales (Bibliothèque de l’Hôtel de Ville, Bibliothèque historique de la Ville de Paris, bibliothèque Marguerite-Durand, musée Carnavalet-Histoire de Paris).
L’exposition :
Paris combattant et humilié septembre 1870-fév rier 1871
2 septembre 1870 : l’empereur Napoléon III , imprudemment engagé dans la guerre contre la Prusse, capitule à Sedan. La République est proclamée dans l’Hôtel de Ville de Paris. La capitale subit un long siège des Prussiens, jusqu’à l’armistice du 28 janvier 1871. Pourtant, Paris s’est vaillamment défendue, et n’entend pas accepter ainsi la reddition. La situation est explosive.
Les élections générales organisées le 8 février donnent à la France une Assemblée nationale à majorité rurale et conservatrice, à l’opposé du vote parisien. Adolphe Thiers est désigné « chef du pouvoir exécutif de la République française » et les préliminaires de paix sont signés le 26 février à Versailles où le nouvel Empire allemand a été proclamé. La France perd l’Alsace et la Lorraine. Elle obtient de garder Belfort à la condition humiliante d’autoriser les Allemands à entrer dans Paris qui avait résisté plus de quatre mois sans se rendre.
Afin de ne pas être soumise à d’éventuelles pressions de la grande ville, l’Assemblée nationale décide de venir s’installer à Versailles. Au début du mois de mars – volonté délibérée ou pas – Paris est livré à lui-même, ou plutôt au Comité central de la Garde nationale sur lequel repose le fonctionnement quotidien de la ville. Un incident suffira à mettre le feu aux poudres.
Paris libre : la capitale se soulève et élit sa Commune
Afin de ramener Paris dans l’obéissance au gouvernement, Thiers donne l’ordre le 18 mars de désarmer la Garde nationale et de faire enlever les nombreux canons qui se trouvent à Montmartre. La population s’y oppose, une partie de l’armée fraternise avec elle, deux généraux sont exécutés et des barricades se dressent en plusieurs points de la ville. Thiers décide alors que le gouvernement quittera Paris pour Versailles et ordonne l’évacuation totale des troupes. Le soir, le Comité central de la Garde nationale s’établit à l’Hôtel de Ville, que le maire Jules Ferry a dû abandonner, et s’attribue le pouvoir de convoquer des élections contre l’avis des maires d’arrondissement et des députés parisiens.
L’élection de la Commune a lieu le 26 mars et ses membres s’installent le 28 dans l’Hôtel de Ville pavoisé de drapeaux rouges, devant une foule de plusieurs dizaines de milliers de personnes.
Les ambitions de la Commune de Paris ne sont pas clairement exprimées. Gouvernement municipal, elle fait face à la gestion quotidienne d’une ville dont les services ont été désorganisés par le départ des fonctionnaires pour Versailles. Gouvernement à vocation nationale, ses membres sont répartis en commissions aux attributions ministérielles et prennent des décisions de portée générale.
En deux mois, de nombreux décrets sont promulgués. Certains sont d’effet immédiat : liquidation des termes dus par les locataires ; abolition du travail de nuit ; interdiction des retenues sur les salaires. D’autres prennent date pour l’avenir : abolition de la conscription remplacée par la Garde nationale ; séparation de l’Église et de l’État ; instruction laïque, gratuite et obligatoire ; organisation du travail. Des mesures emblématiques sont adoptées, comme la destruction de la colonne Vendôme.
La population parisienne, femmes et hommes réunis, est appelée à participer localement à la vie politique et se réunit dans des clubs qui tiennent séance dans les églises réquisitionnées. Mais les réfractaires au service dans la Garde nationale sont poursuivis et certains journaux sont interdits.
À cause de l’inexpérience militaire de la plupart des responsables de la Commune, les attaques menées à partir d’avril autour de la capitale contre l’armée versaillaise se soldent par de nombreuses victimes parmi les combattants parisiens.
des retenues sur les salaires. D’autres prennent date pour l’avenir : abolition de la conscription remplacée par la Garde nationale ; séparation de l’Église et de l’État ; instruction laïque, gratuite et obligatoire ; organisation du travail. Des mesures emblématiques sont adoptées, comme la destruction de la colonne Vendôme.
La population parisienne, femmes et hommes réunis, est appelée à participer localement à la vie politique et se réunit dans des clubs qui tiennent séance dans les églises réquisitionnées. Mais les réfractaires au service dans la Garde nationale sont poursuivis et certains journaux sont interdits.
À cause de l’inexpérience militaire de la plupart des responsables de la Commune, les attaques menées à partir d’avril autour de la capitale contre l’armée versaillaise se soldent par de nombreuses victimes parmi les combattants parisiens.
Paris se barricade : la capitale construit ses défenses
Dans la grande tradition des révolutions et émeutes parisiennes, des barricades plus ou moins improvisées sont élevées dans la ville dès le 18 mars. Rapidement, la Commune décide d’en faire un élément de la défense de Paris au cas où l’armée de Versailles tenterait d’entrer dans la capitale.
Le 8 avril, la Commune crée une Commission chargée de la construction des barricades. L’édification des barricades officielles est confiée à des ouvriers rémunérés qui travaillent sous la direction de jeunes ingénieurs des Mines, de Polytechnique et des Ponts et Chaussées. Fiers de leur travail et confiants dans la supposée invulnérabilité de ces constructions défensives, les Fédérés se font photographier devant avec femmes et enfants, ce qui nous vaut des témoignages humains nombreux et émouvants.
Le 10 mai, Delescluze proclame avec lyrisme aux futurs combattants : « Nos remparts sont solides comme vos bras, comme vos coeurs. Si vos poitrines sont exposées aux balles et aux obus des Versaillais, le prix qui vous est assuré c’est l’affranchissement de la France et du monde ». Le 22 mai, au lendemain de l’entrée des troupes versaillaises dans Paris et obéissant à l’appel de Delescluze à la guerre révolutionnaire, les Communards élèvent spontanément et sans coordination près de 900 barricades sur lesquelles ils vont se battre pour tenter de défendre leur quartier ou simplement leur rue.
La semaine sanglante : Paris à feu et à sang
La semaine du 21 au 28 mai est appelée la « Semaine sanglante », en référence au titre de la chanson écrite en juin par Jean-Baptiste Clément, le célèbre auteur du Temps des cerises. Ces huit journées tragiques virent en effet le massacre de près de 20 000 P Parisiens et la plus importante destruction monumentale que la ville ait connue.
Le dimanche 21 mai les troupes versaillaises, fortes de 60 000 hommes et placées sous le commandement de Mac-Mahon, entrent dans Paris au bastion du Point-du-Jour à Auteuil. Elles occupent presque sans résistance les 15e, 16e et 17e arrondissements. Le soir, l’armée régulière contrôle déjà toute la moitié ouest de la capitale, de la porte de Vanves à la porte d’Asnières.
Le 23 mai à midi, c’est la butte Montmartre qui tombe au pouvoir des Versaillais, à peine défendue par quelques détachements d’insurgés, dont l’un composé de femmes conduites par Louise Michel. L’armée, qui ne fait pas de prisonniers, se livre à des exécutions de masse sans jugement. En fin d’après-midi, les Communards mettent le feu aux Tuileries, au palais d’Orsay, à la Légion d’honneur, au Palais-Royal. Dans la nuit, les membres de la Commune évacuent l’Hôtel de Ville, bientôt livré aux flammes, et s’établissent dans la mairie du 11e arrondissement. C’est désormais au niveau des quartiers voire des barricades que l’on tente de résister à l’inexorable avance des troupes.
Le 24, une véritable hystérie collective s’empare des deux camps. Tandis que les massacres perpétrés par l’armée se multiplient dans Paris, les Fédérés mettent le feu à la préfecture de Police, au palais de Justice, aux théâtres de la place du Châtelet et de la porte Saint-Martin. Le Louvre et ses trésors sont sauvés de peu. Des otages, parmi lesquels l’archevêque de Paris, sont exécutés à la Roquette. Dans la soirée, seuls les 11e, 12e, 19e et 20e arrondissements sont encore contrôlés par les Communards.
Les 25 et 26 mai, les troupes régulières réduisent une à une les barricades encore défendues. Le 27, le drapeau tricolore flotte sur les Buttes-Chaumont, tandis que l’on se bat à l’arme blanche dans le cimetière du Père-Lachaise où sont fusillés les derniers rescapés. Dans l’après-midi du 28, les combats cessent à Belleville et le 29, Thiers peut télégraphier aux préfets à propos des insurgés parisiens : « Le sol est jonché de leurs cadavres. Ce spectacle affreux servira de leçon. »
Arrestations, condamnations, déportations : Paris réprimé
Le 22 mai, Thiers déclare devant l’Assemblée nationale : « L’expiation sera complète, mais ce sera l’expiation telles que les honnêtes gens doivent l’infliger quand la justice l’exige, l’expiation au nom de la loi et par la loi ». Cette expiation légale va s’appliquer à plus de 40 000 Parisiens faits prisonniers durant les combats d’avril et de mai et au terme d’une véritable chasse à l’homme menée durant les premiers jours de juin dans les caves, les carrières et jusque dans les Catacombes.
Par décision de Thiers et de Mac-Mahon, les prisonniers – hommes, femmes et enfants – sont acheminés à pied à Versailles en colonnes encadrées par l’armée. Les prisons de la ville royale ne suffisant pas, les Communards sont entassés dans les caves des Petites et Grandes Écuries, dans l’Orangerie du château, au camp de Satory, sans soins et dans des conditions de captivité souvent épouvantables. Mais par crainte des épidémies, on évacue bientôt un grand nombre de détenus vers les ports et les îles de l’Ouest.
Paris étant placé depuis le mois de mars 1871 sous le régime de l’état de siège, c’est la justice militaire qui est compétente pour se prononcer sur le sort des Communards arrêtés, parmi lesquels se trouvent plus d’un millier de femmes. La répression judiciaire va se dérouler sur deux ans et mobiliser plus de 1 500 magistrats militaires.
Sur les 80 membres de la Commune en fonction au moment de l’entrée des Versaillais dans Paris, 47 sont condamnés à mort par contumace, et seul Ferré est exécuté (en même temps que Rossel). Les 26 conseils de guerre jugent 36 309 prévenus et condamnent 10 137 d’entre eux : 93 à la peine de mort (70 sont graciés) ; 251 aux travaux forcés ; 4 586 à la déportation ; 4 606 à des peines d’emprisonnement. 55 enfants sont envoyés en maison de correction.
L’amnistie est votée en juillet 1880 et plusieurs anciens Communards peuvent alors siéger au Conseil municipal de Paris.
Paris en ruines effacer les traces du drame
Les photographies des ruines des monuments et des immeubles détruits pendant les combats de la Semaine sanglante constituent le plus important ensemble iconographique relatif à la Commune et le plus diffusé. Si la plupart des incendies ont bien été décidés par les Communards – qui les ont d’ailleurs revendiqués comme un moyen de défense contre la progression des troupes versaillaises – l’exploitation immédiate de l’image des ruines permet d’occulter le message politique et social de la Commune et de ne retenir que sa « folie destructrice ».
Dès la fin du mois de mai, plusieurs éditeurs se lancent dans la publication d’albums illustrés de photographies des principaux monuments en ruines, présentés sous tous les angles afin de répondre à la curiosité des Parisiens et des touristes français et étrangers. Ces derniers se voient même proposer des guides détaillés qui leur assurent une découverte efficace de la capitale dévastée. Les photographies servent également de modèle pour reconstituer par la gravure l’image des incendies que la technique n’a pas pu fixer.
Des écrivains et des artistes sont touchés par l’esthétique des ruines, suggérant même de les conserver. Mais la volonté largement partagée d’effacer la guerre civile de la mémoire collective se traduit rapidement par la décision de restaurer ou de reconstruire les monuments détruits. C’est le cas, dès 1873, de l’Hôtel de Ville, du palais de Justice, de la colonne Vendôme, du Palais-Royal.
La jeune République, en revanche, décide en 1882 de raser les imposantes ruines des Tuileries, palais de tous les souverains français du xixe siècle. Quant aux ruines du palais d’Orsay qui avait abrité la Cour des comptes et le Conseil d’État, elles font place en 1900 à la gare du même nom.
Regarder :
EXPOSITION
- Du 18 mars au 28 mai 2011
Exposition gratuite à l’Hôtel de Ville
Entrée salon d’accueil, 29 rue de Rivoli, 75004 Paris
Tous les jours sauf dimanches et fêtes de 10 h à 19 h
Commissariat :
Pierre Casselle, conservateur général, directeur de la Bibliothèque de l’Hôtel de Ville
Une exposition proposée et organisée par :
LE DÉPARTEMENT DES EXPOSITIONS,
DE LA DIRECTION DE L’INFORMATION ET DE LA COMMUNICATION
DE LA VILLE DE PARIS
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