CHARLOTTE PERRIAND : De la photographie au design1 Commentaire

Par rédaction
Posté le 05 avr 2011 à 4:54

Le Petit Palais propose un nouvel éclairage sur l’oeuvre de Charlotte Perriand (1903-1999) et révèle pour la première fois le rôle que joue la photographie dans son processus de création, aussi bien comme source d’inspiration que comme élément constitutif de ses réalisations.

Dès son entrée dans l’atelier de Le Corbusier et de Pierre Jeanneret, en 1928, en tant qu’associée pour l’équipement intérieur de l’habitation et le mobilier, elle l’utilise comme support d’étude pour le dessin des meubles, puis, par la suite, comme le moyen de se saisir de sujets pris dans la nature (la montagne notamment) et dans la ville; elle trouve là des sources d’inspiration pour ses recherches de formes, de matériaux et d’aménagements d’espaces. L’exposition révèle tout particulièrement sa passion pour l’art brut, c’est-à-dire l’utilisation d’objets trouvés, d’éléments naturels ou d’assemblages de métaux qui l’inspirent pour donner davantage de souplesse et de liberté formelle à ses créations, se dégageant ainsi de l’esprit rationaliste des années 1920. Charlotte Perriand est aussi la première à utiliser la photographie comme partie intégrante du mobilier ou comme un élément de décor monumental. A l’image des avant-gardes européennes des années 1930, elle pratique le photomontage géant, notamment à l’époque du Front populaire pour manifester son engagement politique.

Le Petit Palais permet de redécouvrir une artiste attentive à son environnement naturel et social, qui sait regarder avec justesse le monde qui l’entoure et n’hésite pas à s’engager pour défendre ses convictions et créer en toute liberté.

L’exposition propose 430 photos et 70 meubles. Une partie des oeuvres est présentée en résonance avec les collections permanentes, (accès gratuit) et une autre dans le hall Jacqueau (accès payant).

PARCOURS DE L’EXPOSITION

L’exposition, que le Petit Palais consacre à Charlotte Perriand, architecte, urbaniste, designer, célèbre créatrice de mobilier et d’aménagement d’habitations, est tout entière conçue à partir d’un aspect méconnu de sa démarche créative : la photographie dans les années 1930.

Ce domaine apparaît de trois façons dans l’exposition :

  • Les photographies documentaires qu’elle recueillait auprès d’agences ou de photographes qui étaient ses contemporains et dont elle se servait pour des photomontages ou comme éléments de décor de certains de ses aménagements d’espaces.
  • Les photographies dont elle était elle-même l’auteur, remarquables par la qualité de leur composition et dont les thèmes sont toujours en relation avec l’évolution de ses recherches et de ses réalisations. Ces photographies montrent que son activité créatrice était toujours reliée à un arrière-plan naturel et humain, pour elle, vital. Sa passion pour les libres espaces de la montagne ou de la mer, son goût pour la vie sans artifice des paysans et pour la simplicité de leur habitat, sa fascination pour les humbles objets trouvés dans la nature auront des répercussions sur sa création qui tendra toujours à la simplification des formes et à l’authenticité des matériaux.
  • Les photographies, enfin, que ses proches ont prises d’elle et qui permettent une approche plus intime de la femme sportive, enthousiaste, sensible et pleine d’amour de la vie qu’elle était.

L’exposition, riche de près de 500 oeuvres et documents se déploie sur une grande partie du musée, à la fois dans le circuit des collections permanentes (accès gratuit) et dans un espace dédié d’accès payant, le Hall Jacqueau, dans lequel sera présenté un ensemble de meubles personnels de Charlotte Perriand qui n’ont jamais été montrés au public.

COLLECTIONS PERMANENTES / Accès gratuit

La grande galerie consacrée à la peinture du XIXe siècle, aux célèbres tableaux de Courbet et aux grands peintres réalistes, est spectaculairement investie par des photomontages monumentaux réalisés par Charlotte Perriand en 1936 et 1937 alors que, membre de l’Association des Ecrivains et Artistes Révolutionnaires, elle affirmait de façon résolue son engagement politique.

La Grande Misère de Paris, photomontage de plus de treize mètres de long, qu’elle expose au Salon des Arts ménagers de 1936, dénonce les conditions misérables de l’habitat à Paris. Les gigantesques panneaux qu’elle réalise avec Fernand Léger pour le Pavillon de l’Agriculture à l’Exposition Internationale de 1937, dont la maquette est aussi présentée, glorifient la politique agricole du Front populaire et sont un remarquable exemple de l’association de la peinture et de la photographie.

Dans la galerie Tuck, une quinzaine de meubles des années 1920 aux années 1980 sont exposés, en radical contraste avec le mobilier du XVIIIe siècle qui y est habituellement présenté.

Dans les salles du rez-de-chaussée où sont exposés peintures, sculptures et objets d’art du XVIe au XIXe siècles, la modernité du XXe siècle est introduite par des éléments de mobilier dont une des créations devenue la plus classique de Charlotte Perriand : la bibliothèque à plots, éditée par la Galerie Steph Simon à partir de 1956 dont la rigoureuse géométrie s’oppose au style Art nouveau tout en sinuosités de la salle à manger d’Hector Guimard.

Dans la salle des Antiquités grecques et romaines sont montrées des photographies du Parthénon prises par Charlotte Perriand en 1933 alors qu’elle participait au congrès des CIAM (Congrès internationaux d’architecture moderne) à Athènes.

Mais son regard se portait aussi sur les objets les moins « artistiques » comme ces monceaux de ferrailles annonçant les compressions de César ou les accumulations d’Arman qu’elle photographie avec Pierre Jeanneret vers 1934, ce thème de l’ «art brut » étant plus largement développé dans le Hall Jacqueau.

HALL JACQUEAU / Accès payant

L’exposition revêt dans cet espace un caractère plus dense et présente de nombreux tirages d’époque. Elle est organisée selon quatre thèmes :

1) Une démarche constructive

18 Meuble de séparation, 1954 Charlotte Perriand Photographe inconnu ©AChP_ADAGP, Paris 2011.

Cette partie de l’exposition se rapporte à l’époque où Charlotte Perriand est chargée, au sein de l’atelier de Le Corbusier et de Pierre Jeanneret, dès 1927, de concevoir les aménagements intérieurs des projets et réalisations architecturales, ainsi que le mobilier. Celui-ci est constitué de quelques modèles de base, déjà créés par elle pour son appartement de la rue Saint- Sulpice, dont le fauteuil pivotant ou la table extensible, dont l’esthétique est celle du tube métallique, choisi pour manifester une rupture radicale avec la tradition de l’Art Décoratif, fondée plutôt sur l’utilisation de bois précieux.

Le processus de conception et de réalisation de ces meubles est illustré par des plans et des études ergonomiques que Charlotte Perriand réalisait à l’aide de photomontages. Quant aux photographies qu’elle prend à cette époque, elles sont en correspondance avec cette esthétique rationaliste qui cherche ses modèles dans le monde industriel et bannit tout ornement superflu.

Une deuxième partie de cette section est consacrée au rangement, composante essentielle de l’habitat, à laquelle Charlotte Perriand a prêté une attention particulière. Pour elle, les unités de rangements (placards, bibliothèques) sont des éléments constitutifs de l’organisation de l’espace auquel ils doivent totalement s’intégrer pour remplacer définitivement l’armoire traditionnelle.

2) L’objet trouvé dans la nature. L’art brut

A l’opposé de l’esthétique industrielle rationnellement conçue par des ingénieurs, Charlotte Perriand a commencé à s’intéresser vers 1933 aux objets les plus apparemment insignifiants qu’elle trouvait au cours de promenades en forêt ou sur les plages en compagnie de Pierre Jeanneret. Au retour de ces promenades, écrira-t-elle, « nos sacs à dos étaient remplis de trésors : galets, bouts de godasses, bouts de bois troués, balais de crin roulés, ennoblis par la mer ». Elle partage aussi ce goût avec Fernand Léger qui s’inspira à la même époque de ce genre d’objets pour une série de dessins dont quelques-uns seront montrés dans l’exposition. Elle dispose certains de ces objets, que Le Corbusier appelle alors « objets à réaction poétique », dans sa Maison du Jeune Homme, créée pour l’Exposition Internationale de Bruxelles en 1935, mais surtout, elle les photographie avec autant de soin que s’il s’agissait des créations artistiques les plus prestigieuses. A partir de 1937, elle intégrera dans les plateaux de ses tables basses, des tirages photographiques de ces objets.

En accord avec ce goût des formes données ou modifiées par la nature, c’est vers la fin des années 1930 qu’elle se dégage de l’esthétique rationaliste pour créer, en s’affranchissant totalement de l’angle droit, des tables et bureaux de forme souple et libre comme le bureau Boomerang qu’elle dessine en 1938 pour Jean-Richard Bloch, rédacteur en chef du journal Ce Soir.

3) La montagne

30 Refuge Tonneau, 1938 Charlotte Perriand, Pierre Jeanneret, architectes, 1938. Photographie Pernette Perriand-Barsac. Archives Charlotte Perriand. ©AChP_Jeanneret_ADAGP, Paris 2010

La montagne, qui fut la grande passion de Charlotte Perriand, comme le mode de vie simple et rustique de ses habitants, eurent une influence considérable sur sa production. Cette partie de l’exposition montre plusieurs de ses travaux conçus dans le cadre de cet environnement si particulier : projet pour un hôtel de haute montagne qu’elle dessine en tant qu’architecte et dont elle met la maquette en situation par photomontage, réalisation de deux refuges, le refuge Bivouac (1936-1937) et le refuge Tonneau (1938), architecture intérieure et équipement de l’hôtel le Vieux Matelot à Saint Nicolas de Véroce (Haute Savoie).

Elle exprime aussi, par la photographie, sa parfaite harmonie avec les purs et grands espaces de la haute montagne qu’elle parcourt dans de grandes randonnées et où elle puise sa précieuse liberté de création.

4) L’arbre et la terre

Cette dernière partie de l’exposition confirme encore l’importance fondamentale qu’eut la nature comme source d‘inspiration de Charlotte Perriand. On y voit une sélection de ses nombreuses photographies, savamment composées d’arbres et de sols, mises en relation avec des tableaux de Fernand Léger et de Le Corbusier inspirés des mêmes thèmes.

On y constate la présence de plus en plus importante du bois dans ses productions qui tendent toujours vers une plus grande pureté formelle, ultime ambition de Charlotte Perriand, toujours à la recherche de la forme la plus parfaite, la plus évidente, c’est-à-dire, pour elle, la plus simple, la plus épurée.

  • CHARLOTTE PERRIAND De la photographie au design
    Du 7 avril au 18 septembre 2011

PETIT PALAIS

Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris
Avenue Winston Churchill – 75008 Paris
Tel: 01 53 43 40 00
Accessible aux personnes handicapées.
Transports
Métro: lignes 1 et 13
Station Champs-Élysées Clémenceau
RER : ligne C, station Invalides
Ligne A, station Charles de Gaulle-Étoile
Bus : 28, 42, 72, 73, 83, 93
www.petitpalais.paris.fr

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