ADN Galeria inaugurera le 15 avril prochain la seconde exposition personnelle de Carlos Aires, Let’s Get Physical. L’artiste revient ici sur un univers qui lui est familier, presque domestique, qu’il aborde pourtant avec un regard décalé que l’on pourrait comparer à ce qu’Edouard Glissant a défini comme le regard de ceux qui se reconnaissent comme « Autres », précisément parce qu’ils sont capables de se regarder à travers les yeux de l’autre. Carlos Aires est une sorte de global buster, un véritable citoyen mondial ; il maîtrise les procédés d’hybridation et privilégie une esthétique du chaos qui lui permet d’opérer par inclusion plutôt qu’exclusion. Dans son travail, des réalités opposées cohabitent et produisent d’imprévisibles sources de connaissance. La dichotomie entre réalité et fiction, vérité et mensonge, naturel et artifice, tradition et contemporanéité devient ambigüe. C’est lorsque ces éléments se rencontrent que l’unité est atteinte.
Let’s Get Physical présente un groupe d’oeuvres dans lesquelles l’histoire, la tradition et une certaine idiosyncrasie ibérique rencontrent l’un des leitmotivs de l’oeuvre de Carlos Aires : titres et paroles de chansons populaires sur l’amour, les relations, la mémoire et la douleur. La première oeuvre est une installation allégorique qui renvoie aux patios Andalous et aux cimetières. De vieilles photographies de gardes civils espagnols sont associées à des tricornes de céramique – couvre-chefs officiels des gardes – employés ici en guise de récipients pour des fleurs et plantes exotiques. Ce jeu conceptuel mêle nationalismes et mondialisation. Dans le même espace, on peut voir une énigmatique sculpture de Santiago Matamoros, Patron de l’Espagne, brandissant une épée dorée sur laquelle le refrain de la chanson « Let’s get physical » d’Olivia Newton John est sculpté. Celui-ci invite à reconsidérer l’aspect corporel et physique des êtres humains.
Les citations musicales sont également présentes dans les oeuvres exposées dans le second espace de la galerie, comme c’est le cas pour l’installation en forme de coeur composée de couteaux, intitulée « How deep is your love ». Les titres de chansons bien connues sont gravés sur chaque lame : “Killing me softly”, “Do you really want to hurt me?” ou “Se nos rompió el amor de tanto usarlo”.
Ici encore, l’antagonisme entre les formes arrondies, la tonalité romantique des titres et le caractère coupant des couteaux rend compte du mélange entre haine et amour qui caractérise toute relation. Cette oeuvre est en effet une allégorie de l’amour viscéral dans lequel affects et violence cohabitent, parfois jusqu’à la mort. L’installation est complétée par des copies de livres anatomiques du 17ème siècle et des photographies d’archives du Fotomuseum de Anvers, de la Librairie Nationale Espagnole et du journal ABC de Madrid. Let’s Get Lost évoque un retable d’autel, dans lequel des compositions de disques vinyles dorés placés dans des écrins noirs mêlent des références iconographies patriotiques, religieuses et pornographiques. D’une manière un peu anachronique, elles renvoient au flux ininterrompu d’images diffusées dans les médias et sur Internet. Au lieu des personnages des Saintes Ecritures, les dieux sont faits ici de chair et extraits d’émissions télévisées. La phrase « Let’s get lost » couronne également une statue du Christ peinte recouverte d’une peinture brillante noire. Extrait d’une chanson de Chet Baker, le refrain nous invite à nous abandonner à l’amour et à perdre contrôle. D’une manière plus tragique elle renvoie pourtant aussi au suicide du chanteur et à son triste destin.
- du 15 avril au 14 mai 2011
ADN Galería
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