Exposition Lil’Thugs à l’Atelier 2132 Commentaires

Par rédaction
Posté le 18 avr 2011 à 8:51

1.

Passionné par la culture West Coast (mouvement socioculturel venant de la Californie) Lil’Thugs entreprend depuis 2005, une déclinaison des figures les plus emblématiques du Gangsta Rap et des marginaux issus des ghettos de la région de Los Angeles à travers une galerie de personnages au design « cartoonesque » : les « Lil ».

Ses dessins épurés dépeignent une « communauté » (trop souvent cantonnée à des stéréotypes) dont le mode de vie, l’art, la culture et la musique ont indubitablement influencé des générations dans les pays du monde entier.

A travers une galerie de personnages aussi charismatiques que controversés (de Snoop Doggy Dog à Ice cube en passant par Tupac…), de tatoueurs de renom (Boog, Kg du 264 Custom Studio…) et des OG (Original Gangsta), Lil’Thugs expose ses travaux. Son œuvre nous incite à envisager la culture « West Coast » sous un angle anthropologique et sociologique puis faire une immersion à l’intérieur d’une culture qui contraste avec la vision superficielle et caricaturale que nous livrent les médias.

Cette exposition permet d’aborder les codes d’un mouvement jeune, riche, d’en comprendre les mécanismes ainsi que les subtilités, au travers des différents travaux de Lil’Thugs.

Vous pourrez également apprécier le coup d’œil de Jorge Péniche, photographe originaire des banlieues de L.A., qui nous livre une galerie de portraits des membres de différents gangs et autres organismes marginaux dessinés par Lil’Thugs. Ses photos figent sur papier l’aspiration de ces communautés, transpirant ici plus la volonté et la dignité que la violence certes réelle mais rarement analysée. Paralysant notre esprit de curiosité et nous empêchant de déceler ce que le bon sens devrait nous imposer.

2.

Originaire de Lyon, Lil’Thugs s’intéresse dès son adolescence au courant musical Hip Hop et plus particulièrement au style affiché des rappeurs de la West Coast.

La curiosité amène Lil’Thugs a analyser les différents mouvements artistiques des banlieues de L.A mis en avant par des protagonistes ayant de fortes personnalités comme Ice Cube, Easy E et tout particulièrement Tupac Shakur, icône sacrifiée sur l’autel du communautarisme, dont la mort en 1996, par des gangs rivaux de l’East Coast marquera la conscience collective des fans de ce courant musical.

A l’instar des Jimmy Hendrix, Janis Joplin, Kurt Cobain et Bob Marley dans leurs univers respectifs, Tupac restera probablement le martyr iconoclaste du mouvement Gangsta Rap.

A travers son nom d’artiste Lil’Thugs rend hommage à la philosophie de Tupac : « Thug Life », qu’il exprime par la devise « The Hate U (you) Give Little Infants Fucks Everybody » (« La haine que vous transmettez aux enfants se retourne contre nous tous. »)

Menace 2 Society, Boys’n the hood, les princes de la ville, références cinématographiques du genre des années 9O, ne feront que confirmer un mode de vie devenu incontournable dont, beaucoup de jeunes ayant grandi avec la face commerciale de ces bad boys, se sentiront proche.

C’est grâce aux réseaux sociaux que Lil’Thugs entre en contact avec ces « troublions » qui affectionnent autant les « flows » que les chromes.

Il se met à converser avec des membres actifs ou repentis de différents gangs, des tatoueurs et des marginaux. Imprégné en profondeur de cette culture gangsta, Lil’Thugs décide dès lors de rendre hommage à ces véritables Outlaws (hors la loi) en les dessinant sur divers supports (skate board, tee shirt …)

« A travers mes dessins je dépeins cette génération qui influence le monde occidental de par leur art et leur style de vie. C’est un reportage dessiné et non filmé. Ce qui me facilite la tâche parce que nombre de ces personnes refusent de l’être voir même photographié. »

La minutie du travail de Lil’Thugs sur les codes vestimentaires, les signes tribaux distinctifs des bandes, ressemble autant à une envie artistique qu’à une analyse. Son travail s’apparente davantage à Claude Lévis Strauss rendant compte de ses recherches et pérégrinations dans les banlieues de L.A. qu’à un portraitiste sur les hauteurs de Montmartre.

3.

Travaillant avec le logiciel Illustrator et diffusant la plupart du temps ses dessins via internet, l’exposition offre l’occasion à Lil’Thugs de transférer ses travaux sur un support « plus noble tel que la toile ».

« Les contours des personnages et des tatouages sont imprimés numériquement sur la toile. Ensuite je re-dessine et remplit les « tatoos » au crayon et au fusain. Je passe ainsi d’une seule texture à trois différentes (l’impression, le crayon et le fusain) rendant chaque toile unique. »

se savoir-faire est un clin d’œil à l’univers carcéral dans lequel de nombreux tatoueurs, aujourd’hui reconnus, ont exercé leur apprentissage et découvert leur vocation.

Loin des calligraphies formatées que les adolescents arborent par soumissions au diktat de la mode, le tatouage dans les milieux des gangs est une institution, un livre ouvert, décryptant la réalité du quotidien des membres de ces banlieues pour peu qu’on sache les comprendre.

Naissance, religion, appartenance à un gang, lieu d’incarcération, délits commis, souffrance, traumatisme, statut familial, le corps se recouvre de signes distinctifs pour imprimer la peau des parcours initiatiques et de loyauté envers une communauté. Passeport corporel pouvant porter préjudice à son propriétaire selon les «bitumes arpentés ».

Des séries limitées des œuvres de Lil’Thugs seront à la vente sur différents supports. Un choix qu’il développe en ces termes « les séries limitées sont une façon pour moi de rester dans un cadre artistique et de ne pas exploiter de manière mercantile une culture qui appartient avant tout, à ceux qui la vivent ».

  • du 18 avril au 1 mai 2011
  • l’Atelier 213 -  situé 213 rue du Faubourg Saint-Antoine – Paris 11 ème

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