
Provocation, humour, sarcasme, cynisme, sont les mots clefs d’un Bruno Gaccio écrivain.
Gaccio dénonce une France qui dégringole, des chefs d’états qui se fichent bien de la misère, un système aussi hypocrite que faussement démocratique, des grands patrons malhonnêtes, des médias menteurs, des Français lâches, soumis et responsables de leur propre sort. ,
Pourquoi les Français se soumettent à une vie médiocre au lieu de se révolter ? Pourquoi les nécessiteux, les sdf, ceux qui n’ont rien à perdre, ne tuent pas, ne volent pas, et au contraire acceptent leur sort en disant « merci »
Gaccio se révolte contre ce qu’il appelle « la pauvreté digne » Dans son livre, Bruno Gaccio nous entraine à une réflexion aussi fantasmagorique que grave: « La révolution » Est-elle possible ? Est-elle une solution ?
Interview :
ArtéMédia : Il existe la bouffe pour les pauvres, la maison pour les pauvres, les fringues pour les pauvres, la voiture pour les pauvres, le forfait mobile pour les pauvres, l’edf /gdf pour les pauvres, etc,etc… Le pauvre n’est il pas devenu le meilleur moyen pour faire de l’argent, la pauvreté n’est elle pas devenu super rentable ? Etre pauvre n’est il pas un produit de grande consommation, de grande rentabilité? Ca tire l’économie et le système vers le bas tout ça, vous ne trouvez pas?
Bruno Gaccio : Le pauvre n’est pas « bas », il n’a simplement pas assez de moyens pour accéder à tous les bienfaits de la société qu’on lui survend à longueur de livre, journaux, cinéma, télé, école, entreprise. Il est plus frustré que « bas ». L’idéal du système dans lequel nous vivons serait qu’un seul employé dans le monde, mette la machine à fabriquer en route et que tous les autres touchent assez de chômage pour consommer ce que la machine fabrique. Mais je vous accorde que devenir riche en exploitant les pauvres c’est humainement insupportable : ça prend trop de temps.
ArtéMédia : Pourquoi avez-vous écrit ce livre ?
Bruno Gaccio : Parce que je me demande sincèrement pourquoi les plus démunis, qui n’ont rien d’autre à perdre que la vie, ne volent pas, ne tuent pas, ne se révoltent pas. Je ne comprends pas la misère digne.
ArtéMédia : Vous dénoncez un système abusif et faussement démocratique. (Vous dites que les lois qui sont censées nous donner la liberté d’expression ont été créés par ceux qui ont seul le pouvoir de nous l’accorder… c’est un piège…) La révolution, ne commencerait-elle pas par faire voter des lois qui protègeraient les citoyens Français de leur gouvernement et de son système. Donc gouvernement=Escrocs? Le pensez vous? En écrivant se livre, espérez-vous faire réagir et bouger les choses?
Bruno Gaccio : Mais les lois sont aussi sensées protéger les individus contre les abus des institutions. Elles le font parfois. Concernant la liberté d’expression, les lois sont assez bien faites, (A part la loi Gayssot qui permet aux législateurs de se substituer à l’historien pour dire ce qu’est l’Histoire) mais les règlements intérieurs des grandes entreprises prennent d’une certaine façon le pas sur la loi commune. Qui ira dénoncer les abus qu’il constaterait dans son entreprise s’il risque de perdre son emploi ?
ArtéMédia : Vous dites en gros que nous sommes tous plus ou moins passifs, trouillards, couillons et soumis, vous, comment vous considérez-vous ?
Bruno Gaccio : Comme passif, trouillard, et soumis. Je ne vaux pas mieux que les autres.
ArtéMédia : Vous faites comprendre que les médias sont des menteurs, que les ficelles sont contrôlées par l’influence des politiques. Sur Canal Plus, aviez-vous des consignes à suivre, des bornes à ne pas dépasser, des influences politiques à respecter ? Et si vous n’étiez pas d’accord avec ce que l’on vous demandez de dire, le disiez-vous quand même pour garder votre place ?
Bruno Gaccio : La réponse est comprise dans la question 3 et les conséquences de cette réponse dans la question 4.
ArtéMédia : Vous dites que les Français feraient mieux de se révolter plutôt que de vivre dans la médiocrité, cela au risque de perdre leur travail et tout ce qui va avec. Et vous, seriez-vous prêt à renoncer à votre vie, votre confort, afin de vous révolter ? Et que proposez-vous pour y remédier?
Bruno Gaccio : Même réponse que précédemment. Je serais sans doute dans le camp de ceux qui se révoltent si un jour il y a une révolte. Mais je ne peux pas la commencer. Je profite de ce système, même en le critiquant. Disons que j’ai une certaine mansuétude pour ma lâcheté parce que j’ai un confort à perdre, mais que je ne comprends pas bien ceux qui n’ont pas mon confort et qui restent dignes dans la misère. Bon nombre de mes amis « à l’aise » me disent : « nous avons renoncé parce que systématiquement les pauvres votent contre leurs intérêt, ils doivent être un peu cons quand même ». Je ne m’y résous pas encore.
ArtéMédia :Vous faites beaucoup d’auto-dérision sur vous-même. Vous prétendez être complexé et faussement intelligent, pourtant vous avez une belle réussite, alors est-ce un style que vous vous donnez ? Une façon de duper le monde? Qui êtes vous vraiment?
Bruno Gaccio : Si un jour je peux dire qui je suis avec certitude, soyez assurés que vous serez les premiers prévenus.
ArtéMédia : Vous citez une référence de Cavana P92 : « Les cons ça transforme tout ce que ça touche en merde, ça transforme Piaf en Mireille Mathieu, ça tue 6 Millions de grive pour faire du pâté et 6 Millions de juifs pour faire de l’histoire » Vous ne trouvez pas la comparaison déplacer ? A force de cynisme, on ne se noie pas dans la vulgarité ?
Bruno Gaccio : Ce n’est pas de cynisme dont Cavanna faisait preuve en disant ça, mais d’une lucidité effrayante. Quant à la vulgarité pour moi elle consiste à afficher un sentiment conforme aux attentes de chacun sans le penser, pas à traiter celui qui se comporte comme ça de con..
ArtéMédia : Page 126: Latifa, la burka, la kippa, la baise, le vomi sur la burka, ce côté grossier et provocateur, c’est pas un manque de respect tout ça, vous qui revendiquez le contraire…? Et Pourquoi ce besoin de tout ramener au sexe ?
Bruno Gaccio : Un manque de respect pour quoi ? Il n’y a aucun besoin de ramener « tout » au sexe. Mais ce livre est construit de cette façon, un voyage à travers des rencontres féminines. Certains ont eu des maitres pour les instruire, moi qui ne suis pas allé à l’école, j’ai eu des maitresses pour m’aider. L’érotisme est aussi un moyen d’expression, le XVIII siècle fut la période de l’histoire la plus érotique alors que ce siècle était en apparence très puritain. L’érotisme a libéré les hommes et les femmes du XVIII. L’érotisme c’est la capacité à intellectualiser l’acte sexuel, à le penser, à le mettre en scène. Et l’aboutissement est toujours transgressif. Faire l’amour avec une musulmane qui porte une Burka n’est pas très transgressif, par contre si on met une kippa, ça devient marrant. Et ça ne l’est que parce que c’est privé. Raconter l’histoire est ma liberté.
ArtéMédia : Vous-vous êtes foutu de la gueule de Zemmour page 75 . En allant chez Ruquier vous ne vous attendiez pas à vous faire descendre à votre tour ? Comment l’avez-vous vécu ?
Bruno Gaccio : Je préfère qu’on dise qu’on aime ce que je fais je l’avoue, mais ça n’a pas été douloureux, il a fait son job, je m’y attendais. En plus ça m’a rendu très sympathique car tout le monde à l’air sympathique à coté de Zemmour.
ArtéMédia : Toujours page 75. Il y a un passage qui me gêne quand vous parlez de Christine Leclerc, qu’elle est si moche et imbaisable pour un mec normal, tandis que pour un nécessiteux, un SDF, un prof de gauche, un rouquin… C’est quoi? de l’humour? Trop de cynisme et de sarcasme ne tue pas le sens propre de ce que vous voulez transmettre aux gens?
Bruno Gaccio : Vous avez deviné, c’est de l’humour.
ArtéMédia : La révolution a-t-elle une véritable importance pour vous ? Etes vous sincère ou démago, narcissique ou altruiste ? Et, pour résumer, entrez-vous en politique ?
Bruno Gaccio : Comment pourrais-je entrer en «politique » alors que la critique porte justement sur elle ? Je crois sincèrement qu’il faut un changement radical dans la manière d’envisager la vie. Parce que la façon dont nous l’envisageons aujourd’hui conduit les deux tiers de la planète à vivre dans la misère. Je pourrais m’en moquer. Mais ça me préoccupe. Ca doit être un peu narcissique.
ArtéMédia : Christine Leclerc, existe-t-elle vraiment ? Comment a-t-elle pris ce que vous avez dépeint d’elle ? J’ai beaucoup ri, mais vous ne vous trouvez pas un peu dur avec les femmes ? N’êtes vous pas un peu misogyne ?
Bruno Gaccio : Je suis le contraire d’un misogyne. J’aime les femmes. Ca ne veut pas dire que je les comprends toujours. Dans le cas de Christine Leclerc, elle a bien existé, elle a bien cru m’avoir résisté 30 ans auparavant alors que je n’avais jamais fais attention a elle. Mais la scène avec son mari est tirée d’une autre expérience, vraie aussi.
ArtéMédia : Si je vous dis : J’accepte de faire la révolution avec vous, on commence quand ? Vous allez me prendre au sérieux ou alors vous allez croire que je vous fais des avances ?
Bruno Gaccio : Je vais croire que vous n’êtes pas très lucide et que vous plaisantez. J’ai tort ?
Interview réalisé par Sonia Ifergan pour ArtéMédia.
Présentation de l’éditeur :
Dans cet itinéraire très personnel, Bruno Gaccio, qui a dirigé Les Guignols de l’Info pendant seize ans, croise des personnages singuliers qui, s’ils ne sont pas tous dans la situation désespérée du clochard, ont été mis à l’écart plus sournoisement, consentant à leur propre soumission. Le problème est bien là : comment s’expliquer la résignation générale et l’acceptation quasi suicidaire d’un système qui laisse les deux tiers de la planète dans la pauvreté ? L’auteur, dans un style vif et qui bouscule les codes, pose un regard critique sur notre société, sans s’épargner, conscient qu’il est lui-même l’un des représentants des « intermittents » de la Révolution. Révolution de privilégiés, révolution quand on y pense… Cette dénonciation caustique des formes contemporaines de la » servitude volontaire » est un appel salutaire à une résistance plus généralisée. Ce texte est enrichi des expériences personnelles de l’auteur. Expériences absolument honteuses et dégoûtantes, bien sûr.
- Broché: 194 pages
- Editeur : Descartes & Cie (10 janvier 2011)
- Langue : Français
- ISBN-10: 2844461816
- ISBN-13: 978-2844461810
Acheter :
- Vézelay, une église guerrière aux éditions Édite
- Les 100 plus beaux musées de France aux éditions le Petit Futé
- Après Sophie à Cannes, Sylvie Bourgeois publie Sophie au Flore
- Henry Bauchau : Déluge Lu par Michaël Lonsdale
- 7 milliards d’Autres : Ecouter l’Autre, c’est mieux le comprendre ; s’en sentir plus proche et plus solidaire !













