L’histoire de « Sutures » commence avec la rencontre, au cours de ces derniers mois, de plusieurs artistes travaillant autour du fil, du textile, de la couture ou de la broderie, dans des manières chaque fois différentes. Ces rencontres ravivent alors mon intérêt de toujours pour le textile, ayant eu à plusieurs reprises l’occasion de travailler autour de son utilisation dans la création artistique, notamment, en 2009, avec « Seconde peau, seconde vie »*, dans laquelle une partie de l’exposition se penchait sur la récupération ou le détournement par les artistes contemporains de la matière textile.
En analysant l’arrière-fond émotionnel des travaux de ces artistes, se fait peu à peu jour l’évidence de points communs entre ces oeuvres, les univers qu’ils nourrissent, fussent-ils en apparence peu semblables. Au-delà du regain d’intérêt de la création contemporaine pour la broderie, le fil, le tissu ou le vêtement, dans une sorte de revival Arts & Crafts, les thèmes de la blessure et de la tentative de réparation, du tissu qui protège et rassure, de la couture comme une manière de (r)accommoder le drame, du fil qui se tisse ou se tend au travers des souvenirs ou de la mémoire, bref, de la puissance hautement évocatrice du textile apparaissent comme récurrents.
L’idée de « Sutures » est née. Terme éminemment médical et puissant, pour dire la force avec laquelle chacun recoud ses souffrances aux points de suture, comment chacun des artistes choisis parle de résistance, de survivance, de résilience. D’être et rester vivant.
« Sutures » s’organise ainsi autour de trois axes. Elle rassemble des travaux récents d’artistes qui, pour certains, ont jusqu’aujourd’hui peu eu l’occasion de montrer leur travail. Puis, tout ces artistes (ou presque) ont en commun d’avoir développé, de manière occasionnelle ou récurrente, un travail autour de ces variations sur le fil. Enfin, chacun évoque, par ce biais ou d’autres, ces thèmes de la blessure et la réparation. Si souvent ressort de ces travaux la part d’autobiographie auquel un tel sujet invite, il n’y a pourtant pas de doute que ce propos touche dans le même temps à quelque chose de l’ordre de l’universel. Tous, et d’autant plus par la création, nous travaillons sans relâche à cicatriser nos mémoires et suturer les plaies de nos vécus.
La « suture » est chirurgicale et, bien entendu, évoque d’abord le corps et son organicité. Ainsi, les dessins de Sandra Krasker, qui exprime avec puissance et subtilité ce besoin de sentir les palpitations de la vie, le sang qui coule dans les veines, la chair dans son dénuement, sa fragilité concrète, sa complexité aussi, bref, tout ce qui donne sa valeur intrinsèque et inaliénable à l’humain, à l’heure où le cynisme l’emporte parfois sur la vie. Se joue là une proximité avec ce que Paul Ricoeur définissait comme mouvement dialectique de « brisuresuture » dans ce « paradoxe de la chair » qui à la fois, permet par l’incarnation du cogito, d’exister au sens propre, mais qui dans le même temps condamne à la souffrance et à la finitude par la chair, sans se limiter à elle.** Chez Mai Tabakian s’inscrit la double fonction du tissu qui protège et répare, et le geste de l’artiste qui fabrique -revit- la blessure, la soigne, la colmate, rend lisse ce qui fut déchiré, « comble le vide et dénoue le silence » pour reprendre ses mots.
Les oeuvres de Sylvie Kaptur-Gintz, illustrent de manière poignante cette sorte de dualité soulignée par Ricoeur, tant dans cette robe qui soutient, masque, soigne les blessures et les faiblesses d’une femme mère, femme protectrice, qui panse les petites et grandes blessures, et pense, aussi, ses propres blessures, ses douleurs, que dans la série des « 100/fil » évoquant les maux et les mots du corps, sa fragilité et la force qu’il déploie, et que dans la cure nous lui imposons, pour se conserver. Le vivant y apparaît dans sa perpétuelle oscillation entre souffrance et douceur de l’apaisement.
Mais c’est sans doute davantage encore dans l’histoire et la mémoire individuelle, que les notions de blessure et de réparation, dans leurs dimensions existentielles, se font cruciales.
Faye Formisano raconte ainsi l’histoire de « Beach Noise » comme une histoire de blessure profonde, celle du deuil, et le projet chorégraphique comme un geste de réparation, matérialisé par cet impressionnant travail de couture, d’habitation, d’incarnation, et de mémoire. Les « Espaces autres » de Vanessa Fanuele sont ces espaces intérieurs absurdement bouleversés, déchirements dans les strates de la mémoire, en rupture de temporalité linéaire, ce sont ces « boursouflures » du passé faisant irruption dans le présent, hétérotopie du temps qui s’accumule à l’infini, hétérotopie dans laquelle « le temps ne cesse de s’amonceler et de se jucher au sommet de lui-même »***. Enfin, l’oeuvre « Fuir », de Naji Kamouche, manifeste avec grâce et puissance émotionnelle ce que raccommoder, réparer les blessures peut vouloir dire. Contre l’entropie de la mort, rien n’est moins une vue de l’esprit que la nécessité de l’action, du combat, plutôt que l’aliénation. Et Naji de choisir les images et les mots, plus frappants que les armes.
L’Histoire du monde n’est-elle pas aussi est un vaste jeu de déchirements de ruptures et de sutures ? Les « Espaces autres » de Vanessa Fanuele le montrent, dans la mesure de cette temporalité historique qui fonctionne de manière tectonique. C’est aussi là la vision développée, avec ampleur par Brankica Zilovic. Elle livre ici une vision du monde, poétique et violent à la fois, un monde dont elle fait apparaître les tensions, les dislocations, les sutures parfois brutales, dans ses frontières arbitraires, ses paix extorquées, ses territoires spoliés…et dans lequel la globalisation ne fait jamais qu’advenir un supercontinent « super fragile », au risque de la désintégration, de la liquéfaction. Un monde à la dérive.
Dans cette exposition et avec ces sept artistes, je me suis efforcée de penser par suture, tentant de rapprocher des territoires, de produire des ponts et du lien entre des univers et des histoires qui, sous des dehors hétérogènes, sont mus par de semblables préoccupations et la même nécessité.
Marie Deparis-Yafil Commissaire de l’exposition
* « Seconde peau, seconde vie » – 11 mars/12 avril 2009- Salle d’exposition – Ville de Guyancourt- En co-commissariat avec Isabelle Vernhes
**Paul Ricoeur et le paradoxe de la chair – David Le Duc-Tiaha- Ed l’Harmattan
***Michel Foucault – Dits et écrits 1984, Des espaces autres (conférence au Cercle d’études architecturales, 14 mars 1967), in Architecture, Mouvement, Continuité, n°5, octobre 1984, pp. 46-49

« Off 2 » - Technique mixte sur papier, 22x32 cm – 2011
Vanessa FANUELE
Présentés dans des coffrets semblables aux boîtes d’entomologiste, dans un esprit de cabinet de curiosité, « Off 2 » et la série des « Espaces autres » envisagent la notion de « suture » dans un questionnement entre territoires occultes, lieux d’histoires architectoniques et mémoire.
« Off 2 » se présente comme un livre ouvert dont les pages scellées auraient été séparées de force, livrant leurs déchirements, leurs failles, et leurs secrets, qui pourraient tout aussi bien se révéler être ceux de l’artiste. A cette oeuvre évoquant tout à la fois l’arrachement et la force du lien, répondent quelques » Espaces autres ». Références explicites aux « Hétérotopies » de Michel Foucault*, définies comme « juxtaposition en un seul lieu réel de plusieurs espaces, plusieurs emplacements qui sont en eux-mêmes incompatibles »*, les « Espaces autres » de Vanessa Fanuele donnent à voir des espaces architecturaux violemment redessinés, comme une poussée de l’écorce terrestre violant le construit, forçant à une autre cartographie. Espace réel, qui n’est pas, écrit Foucault, un « espace homogène et vide, mais, au contraire, un espace qui est tout chargé de qualités, un espace, qui est peut-être aussi hanté de fantasme; l’espace de notre perception première, celui de nos rêveries, celui de nos passions détiennent en eux-mêmes des qualités qui sont comme intrinsèques (…) L’espace dans lequel nous vivons, par lequel nous sommes attirés hors de nous-mêmes dans lequel, se déroule précisément l’érosion de notre vie, de notre temps et de notre histoire, cet espace qui nous ronge et nous ravine est en lui-même aussi un espace hétérogène.»*, au sein duquel tout est superposable. Ces « Espaces autres », qui sont aussi espaces intérieurs absurdement bouleversés, sont déchirements, dans les strates de la mémoire, en rupture de temporalité linéaire, « boursouflures » du passé faisant irruption dans le présent, hétérotopie du temps qui s’accumule à l’infini, hétérotopie dans laquelle « le temps ne cesse de s’amonceler et de se jucher au sommet de lui-même »*
L’espace de l’art étant une hétérotopie par excellence, ces « Espaces autres » se dessinent comme les lieux réels de territoires en sommeil.
*Michel Foucault, Dits et écrits 1984 , Des espaces autres (conférence au Cercle d’études architecturales, 14 mars 1967), in Architecture, Mouvement, Continuité, n°5, octobre 1984, pp. 46-49
Née en 1971, Vanessa Fanuele vit et travaille à Paris.

Vidéogramme tiré de la vidéo « Beach Noise », 2010
Faye FORMISANO
La vidéo « Beach Noise » présentée ici est une version d’un projet à la forme multiple, installation textile et chorégraphique créée autour d’un dispositif textile singulier, une mer de vêtements de 72 m2 à l’intérieur de laquelle différents vêtements sont pris en couture. Faye Formisano raconte l’histoire de « Beach Noise » comme une histoire de blessure profonde, celle du deuil, et le projet chorégraphique comme un geste de réparation, matérialisé par cet impressionnant travail de couture, d’habitation, d’incarnation, et de mémoire. «Beach Noise, c’est aussi l’histoire d’une fille qui fait le deuil de sa mère. Bien sûr, il est question de tissus et de danse car c’est les moyens d’expression de la fille. Bien sûr, il est question de vêtements qui parlent car c’était le moyen d’expression de la mère. Et puis voilà ça donne à voir une grande mer de vêtements bleue de 72 m2 comme un tombeau fantastique. […] Beach noise, c’est l’histoire de la mère qui va se payer une drôle d’introspection. Ou de la fille. C’est l’histoire de la fille qui cherche à reconstituer les morceaux, en réunissant chaque vêtement comme chaque facettes d’un portrait en creux. C’est l’histoire des revenants qui dansent sous la mer de vêtements comme dans ma mémoire. »
Artiste pluridisciplinaire, Faye Formisano est une jeune artiste de 27 ans.

« Fuir » - Tressage de câbles électriques, prises, néon, 2010 Photo: ©Fred Hurst – Courtesy Naji Kamouche – Courtesy School Gallery, Paris
Naji KAMOUCHE
« Fuir » est une pièce de fils électriques tressé, trame et chaîne serrées en un carré à la fois fermement tissé et inachevé. Les restes des câbles forment un écheveau de fils et de prises évoquant quelque chose comme une chevelure de Gorgone, de Méduse brutale et raffinée, suggérant l’imminence d’une mise sous tension, d’une d’urgence, à la fois fragile et électrique, Cette sensation, entre violence de l’électrochoc et abandon, est renforcée par le mot « Fuir », se détachant en néon au coeur de l’oeuvre. Le verbe est essentiel chez Naji Kamouche. Charge poétique mais pas seulement : les mots de Naji disent l’indicible, portent en eux ce pouvoir de suggestion, de radicalité, et la polysémie se fait polémique. « Fuir » : la fuite en avant, mais aussi l’écoulement involontaire, la puissance de l’action, donc -ici davantage solution d’évanouissement réparateur – mais aussi un état de déliquescence. Combattre ou se résigner, lutter ou abdiquer, la colère ou la résistance : de nombreuses oeuvres de Kamouche s’articulent autour de ce duel permanent, matérialisation d’une conscience en lutte perpétuelle. « Fuir » manifeste avec grâce et puissance émotionnelle ce que raccommoder, réparer les blessures peut vouloir dire. Contre l’entropie de la mort, rien n’est moins une vue de l’esprit que la nécessité de l’action, du combat, plutôt que l’aliénation. Et Naji de choisir les images et les mots, plus frappants que les armes.
Né en 1968, Naji Kamouche vit et travaille à Mulhouse.

« Port Royal » - 2009 - Photo : Bruno Moyen
Sylvie KAPTUR-GINTZ
« Port Royal », entièrement faite de bandes plâtrées et de bandes «Velpeau », rubans de crêpe de coton nécessaires aux pansements, n’est pas une robe à porter mais une robe symptôme. La femme qui porterait cette robe, avec son corset rigide de bandes plâtrées, serait obligée à un « port de reine », dans cette robe qui soutiendrait, masquerait, soignerait ses blessures et ses faiblesses. « Port-Royal », c’est aussi le nom du boulevard parisien où se situe un important hôpital maternité. Au travers de cette robe, ce sont donc différentes figures de la féminité qui sont mis en jeu et en regard : la femme mère, la femme protectrice, celle qui panse les petites et grandes blessures mais qui vit aussi avec ses propres blessures, ses douleurs.
Parmi elles, parfois, le regard sur soi déformé par les images de femmes que renvoient les magazines, et dont Sylvie Kaptur-Gintz obture ici la visibilité.
L’installation de chaussons de danse en bandes plâtrées qui l’accompagne renforce ce sentiment de fragilité, rappelle à la fois à l’enfance –quelle petite fille n’a pas rêvé d’être danseuse ?- mais aussi à la souffrance du corps au travers de l’évocation de la pratique de la danse. « Port-Royal » est une évocation émotionnelle intime à propos de l’identité d’une femme, poétique et d’une grande puissance évocatrice. Blessures, cicatrices et réparations…La série « 100/Fil », quant à elle, est née du désir d’expérimenter, et de faire parler, les matières, les maux et les mots du corps, de sa fragilité et de la force qu’il déploie, et que dans la cure nous lui imposons, pour se conserver. Le vivant y apparaît dans sa perpétuelle oscillation entre souffrance et douceur de l’apaisement.

“Spasmes et douleurs”, 2011
Sandra KRASKER
« Spasmes et douleurs », issu d’une série autour des douleurs féminines, se présente comme une sorte d’installation aux ambitions sculpturales, dans cet impressionnant format, qui renforce la profondeur et la densité charnelle du dessin, soutenu avec force et simplicité par cette installation lumineuse, clin d’oeil à l’univers baconien, qui, mieux que personne, a su saisir la dimension intrinsèquement poignante de la condition humaine. L’oeuvre dessinée de Sandra Krasker s’inscrit dans une recherche particulièrement contemporaine sur ce qui anime le corps, non pas tant dans la forme générique du corps humain, mais dans ce qui en constituerait un portrait possible.
Sandra Krasker entend saisir une vérité du modèle, une vérité sous-jacente, perceptible dans un regard, une attitude, un geste… Il s’agit pour elle de privilégier la saisie de l’émotion, du vécu, du ressenti, une forme de beauté qui n’est pas celle, académique, de parfaites proportions, mais qui a à voir avec ce qui transparaît de l’humain, ce qui en fait la beauté, en somme, réévaluant ainsi le sens de la « figuration ». Car derrière cette sorte de perfection classique de la ligne, ce n’est pas le corps qu’elle dessine mais c’est à travers lui, parce qu’il est enveloppe et support nécessaire, la saisie d’une intériorité implicite, le choix de la vulnérabilité de la chair à la fois que de sa puissance, une certaine forme de véracité au-delà, ou en deçà de la matière. Bien que les hommes et les femmes que dessinent Sandra Krasker soient le plus souvent partiellement nus, l’artiste ne se situe pourtant pas dans la crudité de Freud par exemple, car si elle exprime la réalité concrète de la chair, il n’y a ici ni volonté de violenter l’intimité du corps ni véracité inquisitrice mais bien plutôt un appel à l’autre, à la rencontre et à la sollicitude, pour s’inspirer de thèmes chers à Emmanuel Levinas. Et sous l’apparent académisme d’une citation néo-classique, perce alors une authentique modernité, nourrie d’une réflexion sans concession sur la question du traitement de la figure humaine, à la recherche d’une part de vérité de l’humain contemporain, tant dans son rapport au corps que dans ses désarrois perceptibles.
Si Sandra Krasker ne tombe pas dans l’empathie avec son modèle, ou dans un expressionnisme de premier degré, elle n’a pas non plus le regard du biologiste, ni ne pose la distance, la neutralité du dessin d’anatomie. Elle maintient ainsi sans cesse une sorte d’ambiguïté entre le souci de réel et la puissance émotionnelle et charnelle qui se dégage de ses esquisses. Le « sous la peau », l’organique presque, le besoin de sentir les palpitations de la vie, le sang qui coule dans les veines, la chair dans son dénuement, sa fragilité concrète, sa complexité aussi, bref, tout ce qui donne sa valeur intrinsèque et inaliénable à l’humain, à l’heure où le cynisme l’emporte parfois sur la vie.
Bien entendu, apparaissent en filigrane les questions, fondamentales, de la précarité de la vie, de la corruption et de la mort. Mais il semble qu’il y ait avant tout chez Sandra Krasker une émotion réelle face aux déploiements de la vie, à l’existence même. Sous l’âpreté de son trait, contrastant avec la douceur de son regard, et la peinture qui coule, manifestant discrètement la mobilité et la déliquescence des choses et des êtres, l’oeuvre montre l’humain en situation dans le monde, avec ses faiblesses et sa corruption, émotionnelle mais sans pathos.

« Sisyphe II » - Installation de 9 éléments textile, 2011
Mai TABAKIAN
Dans son contraste de rose et de rouge, « Sisyphe » apparait tout à la fois délicat et élégant, inquiétant et dévorateur, chair et sang. L’ambiguïté est manifeste, comme lorsque Mai Tabakian analyse la dimension méticuleuse de son travail comme d’une précision « chirurgicale », tandis que, comme souvent chez les artistes qui travaillent autour du textile, les notions de blessure, et de suture sont bien présentes : on y retrouve la double fonction du tissu qui protège et répare. Voici donc le geste qui fabrique -revit- la blessure et qui la soigne, la colmate, rend lisse ce qui fut déchiré, « comble le vide et dénoue le silence ». Il y a donc quelque chose de l’ordre d’une manière de transcender cathartiquement le négatif, transcender le vil et les sources d’effroi, d’angoisse dans une expression tendre et esthétique, douce et simple, opaque et consistante, harmonieuse et mouvante, abstraite et suggestive, aspirante et impénétrable à la fois. Transformer la laideur en art. Retourner ce qui, dans l’organique, peut paraître impur, en essayant de rendre beau et apaisant ce même organique, qu’il se fasse géométrique ou qu’il soit délesté de sa dimension « intestinale », dans un subtil jeu d’entre-deux entre attraction et répulsion.

« La Pangée », installation in situ, détail, 2011
Brankica ZILOVIC
A la fin de l’ère carbonifère, il y a plus de 300 millions d’années, toutes les terres émergées ne formaient qu’un seul et même supercontinent. Puis, au cours des millions d’années qui suivirent, la Pangée se fractura, des rifts se formèrent, et les terres, en surface, se séparèrent en continents.
C’est en partie cette superhistoire de la géologie et de la tectonique des plaques que suggère l’oeuvre monumentale de Brankica Zilovic, réalisée spécialement pour l’exposition. A la fin de l’histoire, prédit la science, dans quelques 250 millions d’années, une Pangée ultime aura lieu et les continents ne feront à nouveau plus qu’un.
Cette Pangée, par la globalisation, tant sur le plan économique que par la mondialisation des réseaux de communication et d’information, nous la vivons déjà, d’une certaine manière. Mais paradoxalement, cela ne permet pas, loin s’en faut, une unification pacifique du monde, mais bien au contraire l’exacerbation des oppositions et des ruptures, des rifts idéologiques, religieux, économiques, et les continents sont plus que jamais, à la fois mouvants et déchirés de guerres intestines, à la dérive. Brankica Zilovic livre alors une vision du monde, poétique et violent à la fois, un monde dont elle fait apparaître les tensions, les dislocations, les sutures parfois brutales, dans ses frontières arbitraires, ses paix extorquées, ses territoires spoliés…et la globalisation ne fait jamais qu’advenir un supercontinent « super fragile », au risque de la désintégration, de la liquéfaction. Un monde à la dérive.
Brankica Zilovic, née en Serbie en 1974, quitte Belgrade pour Paris à la fin des années 90.
- Du 1 au 24 Septembre 2011
Galerie Charlotte Norberg
- 74 rue Charlot- Paris 3ème
- www.galeriecharlottenorberg.com
- Stéphane Moscato, Première ! à La Galerie Ligne 13
- Pierre Henri Argouarch, exposition Art, Archi, Archibox
- Léo Delafontaine et Vladimir Vasilev lauréats SFR au festival ImageSingulières
- Yves Marchand & Romain Meffre, Theaters, à la Polka Galerie
- Waii, l’œuvre gravé de Dennis Nona, Îles du Détroit de Torres, Australie













