
Dague « Komon », acier damas organique motif « Montagne lointaine » (acier et nickel pur), L. 51,5 cm, 2008 / En bas à droite : autre type d’acier damassé © Sophie Zénon pour la Fondation Bettencourt Schueller
Le prix Talents d’exception 2011, a été attribué à Jean-Noël Buatois, coutelier, pour la dague Komon.
Jean-Noël Buatois a créé pour cette dague un nouveau processus de production d’acier damassé, différent du feuilletage traditionnel, qu’il nomme « damas organique ». Ce projet est né suite à l’exposition organisée au Musée des Beaux-Arts de Dijon en 2008, pour laquelle il a souhaité que ses créations « répondent aux pièces anciennes du musée et s’approchent visuellement du Wootz, acier indien légendaire, en en livrant une interprétation actuelle » note-t-il. Après un long travail de conception et de recherches, il s’est rapproché de la section « Plateforme 3D » de l’IUT du Creusot (Université de Bourgogne) qui disposait d’un logiciel ultra performant utilisé dans l’aéronautique. Il s’agissait « de vérifier la faisabilité du processus et mener des expérimentations pour la réalisation d’un bloc d’acier, percé d’une centaine de trous remplis de nickel ». Les contraintes étaient nombreuses. Il fallait maintenir un écart minimum entre les trous pour éviter la fusion des parois. Le barreau de métal a été soudé, étiré, torsadé pour créer cette lame et cette composition abstraite. « Après une débauche d’énergie et d’expériences déçues, un bloc a été forgé sans problème. J’ai découvert en révélant le premier essai à l’acide l’étonnant pelage d’animal de la dague comme je l’avais rêvé deux ans avant ». Ces motifs font référence aux ornements des vêtements des Samouraïs japonais à l’époque d’Edo. Ils évoquent les différents états de la nature et répondent parfaitement à la sobriété des lignes et du décor des oeuvres du coutelier.
Le lauréat : Jean-Noël Buatois Coutelier

Jean-Noël Buatois © Sophie Zénon pour la Fondation Bettencourt Schueller
Plasticien travaillant la photographie, la vidéo et l’installation, Jean-Noël Buatois est devenu coutelier « par hasard ». Le basculement a lieu en 1993 lorsqu’il rencontre un artisan coutelier qui lui ouvre les portes d’un univers qu’il ne soupçonnait pas : la fascination sonne alors comme une révélation. Il passe du travail sur la lumière à celui de la matière. Armé des rudiments techniques, Jean-Noël Buatois entame un parcours essentiellement autodidacte : « J’étais seul en regardant les objets dans les livres, les salons et les musées. » Sa quête est multiple : travailler l’acier damassé, mais aussi sculpter les manches en bois, en ivoire, maîtriser l’incrustation de nacre, de corne… Ce travail est véritablement intégratif, il recoupe plusieurs métiers d’art qu’il apprend. Quelques stages avec des grands noms de la coutellerie lui permettront de répondre à certaines de ses questions sur cet acier damassé, ou acier de Damas. Il est obtenu par corroyage, c’est-à-dire « par soudure au blanc suant de plaques de métaux différenciés » portés à 1400°C et tirés, pliés à la forge à plusieurs reprises, comme une pâte feuilletée. Cette opération peut comporter trois à plusieurs milliers de couches selon le résultat recherché. Les principaux outils de l’artiste sont des marteaux, des pinces, des limes, l’enclume et des abrasifs. « Les techniques artisanales sont porteuses de sens, elles étaient dans les sociétés traditionnelles vouées à la perpétuation de la société et à contenir le chaos de la matière » commente- t-il car il envisage son métier en s’appuyant sur les savoir-faire anciens tout en vivant son temps et les technologies actuelles.
Le prix Dialogues 2011, a été attribué à Séverine Dufust, Jean Dufour, Zélie Rouby, Raelyn Larson, Quentin Marais, Dominique Pouchain, céramistes et Guillaume Bardet, designer pour « L’usage des jours », un projet de 365 objets en céramique.
L’oeuvre primée : L’Usage des jours
Conception « La vie m’a amené à me lancer dans l’aventure » lance Guillaume Bardet. En effet, quittant Paris pour un nouveau projet de vie à Dieulefit, ville de potiers, c’est l’occasion pour lui de questionner le design et sa pratique à travers un matériau qu’il affectionne, la céramique. L’Usage des Jours prend corps du premier jour de l’automne au dernier jour de l’été (du 21 septembre 2009 au 20 septembre 2010) : il décide de concevoir un objet par jour. Le défi est de taille et l’enjeu important : « Si je ne tiens pas le rythme d’un objet par jour, j’arrête le design ! » Les journées se succèdent, les unes à la suite des autres, toutes identiques, toutes différentes : Guillaume Bardet cherche une forme à travers le dessin durant la matinée, bloque une idée vers midi, et l’achève en réalisant une image de synthèse, jusque parfois tard dans la nuit. Il met un mois et demi à trouver son rythme. Le projet avance au fils des saisons, mais les 365 jours ne sont pas exempts de doutes, de remises en cause, et même de désespoir… Or, ce sont justement ces moments qui seront à l’origine des pièces les plus intéressantes selon Guillaume Bardet : lorsqu’il est épuisé, qu’il a atteint ses propres limites. La prise de risque suscite l’imagination, l’innovation. 365 jours plus tard, le pari est tenu : les objets sont dessinés, réunis en séries. Reste à convaincre les potiers de Dieulefit de participer à la production.

Guillaume Bardet entouré des céramistes (de gauche à droite) Dominique Pouchain, Raelyn Larson, Séverine Dufust, Jean Dufour et Zélie Rouby © Sophie Zénon pour la Fondation Bettencourt Schueller
Une réalisation collective
Six potiers sont récompensés aujourd’hui (Quentin Marais, Zélie Rouby, Séverine Dufust, Dominique Pouchain, Raelyn Larson et Jean Dufour), plus ou moins impliqués en fonction de leurs disponibilités. La répartition s’est faite naturellement selon les spécificités techniques de chacun (porcelaine, faïence, grès, réalisation de moules…) mais aussi suite à des discussions et de nombreux échanges. Certains préfèreront travailler seuls, d’autres à 4 mains avec Guillaume Bardet, comme Dominique Pouchain.
Peu d’ajustements techniques ont été nécessaires entre la conception et la réalisation, le designer ayant une connaissance de la céramique. Il a ainsi réalisé certaines séries lui-même. Des tâtonnements ont cependant été inévitables, comme pour la série « Origami » créée à partir de formes en papier qui donnent, au final, un aspect mystérieux et fragile aux objets en terre. Plusieurs tests ont été effectués pour définir la bonne épaisseur, la bonne couleur et le bon émail mat. « On a traversé ensemble cette aventure, on s’est serré les coudes et on s’est tous soutenu mutuellement » conclut Guillaume Bardet. Ce projet, qui, au départ, était celui d’un homme, est devenu au fil des mois une véritable aventure humaine. Les céramistes et leurs réalisations Séverine Dufust, collection tasse à café, vase, bol trépied, faïence et émail blanc ; Jean Dufour, collection tabouret, grès blanc, terre de Baillet ; Zélie Rouby, collection pot de fleurs, grès noir et marron ; Raelyn Larson, collection lampe tube, faïence rouge et émail intérieur ; Quentin Marais, collection Origami, porcelaine, biscuit, émail transparent mat ; Dominique Pouchain, collection tabouret et forme de détente, grès blanc, terre de Baillet.
Ces 365 pièces sont actuellement exposées dans une ancienne faiencerie de la Drôme. Guillaume Bardet avait monté des ateliers spécifiques avec les céramistes qui l’ont accompagné sur ce grand projet.
A partir de la rentrée, ce projet fera l’objet d’une exposition itinérante avec les étapes suivantes :
- Le 11 octobre 2011 : Salle Wagram à Paris lors de la cérémonie de remise du prix pour l’intelligence de la main (une sélection parmi les 365 pièces)
- Mi janvier 2012 - mi mars 2012 : Sèvres Cité de la Céramique
- Avril mai juin 2012 : Grand Hornu (Belgique)
- Automne 2012 (oct nov dec) : Château des Adhemard à Montélimar
- Premier trimestre 2013 : MUDAC à Lausanne
- Pour en savoir plus : http://www.usagedesjours.com
- Site de la Fondation Bettencourt Schueller : www.intelligencedelamain.com
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