
Léonard de Vinci, Portrait de Cecilia Gallerani (La Dame à l’hermine), vers 1488-90 Propriété de la fondation Czartoryski à Cracovie, en dépôt au Musée national de Cracovie.
Cet automne, à travers l’exposition exceptionnelle Leonardo da Vinci: Painter at the Court of Milan, la National Gallery rend hommage à l’extraordinaire sens de l’observation de Léonard, à son imagination phénoménale et à sa technique prodigieuse. Axée sur sa carrière de peintre à la cour de Milan au service de Ludovic Maria Sforza, dit le More, dans les années 1480 et 1490, l’exposition rassemble le plus grand nombre de tableaux du peintre à avoir survécu, jamais réunis à ce jour, ainsi que des prêts internationaux inédits au Royaume-Uni. Cet évènement doit beaucoup au concours des institutions et à la générosité des collectionneurs privés qui ont perçu l’importance de l’enjeu scientifique de ce projet.
Si nombre d’expositions ont célébré l’inventeur, l’homme de sciences ou le dessinateur que fut Léonard, l’évènement orchestré par la National Gallery est le premier à être totalement dédié à ses desseins et ambitions de peintre. Leonardo da Vinci: Painter at the Court of Milan rassemble plus de 60 peintures et dessins du grand artiste, ainsi que certaines oeuvres de ses plus proches collaborateurs. Presque tous les tableaux datant de sa période milanaise à avoir survécu seront exposés, parmi lesquels : Le Musicien (Biblioteca Ambrosiana, Milan), Saint Jérôme (Vatican, Rome), La Dame à l’hermine (Fondation Czartoryski, Cracovie), La Belle Ferronnière (Musée du Louvre, Paris) et la version récemment restaurée de La Vierge aux rochers appartenant à la National Gallery. Ces oeuvres montrent comment Léonard, profitant de son statut de salarié et de la liberté artistique ainsi conférée, a su explorer de nouvelles façons de percevoir et de décrire le monde naturel, notamment dans les domaines de l’anatomie, de l’âme et des émotions humaines. Si ces recherches ont pu mener à des travaux indépendants, elles ont également nourri la signification et l’évolution de ses toiles.
Le séjour milanais de Léonard a grandement contribué à son succès artistique et public. C’est dans cette ville qu’il peint ses deux versions profondément différentes de l’énigmatique Vierge aux rochers ainsi que La Cène, fresque à la quasi-perfection troublante. Cette oeuvre sera présente dans l’exposition sous la forme d’une copie presque d’époque réalisée à l’échelle par son élève Giampietrino (1500-1550) et prêtée par la Royal Academy. Léonard est aussi l’auteur de trois portraits qui ont révolutionné le genre et qui sont réunis pour la première fois à Londres. Musicien de talent, inventeur d’instruments et créateur de décors de théâtre pour des spectacles de cour, il collabore étroitement avec d’autres musiciens. C’est de cette époque que date son unique portrait d’homme : Le Musicien. Pour La Belle Ferronnière, oeuvre très idéalisée, il pourrait s’être inspiré de l’épouse de Ludovic le More ou d’une de ses maîtresses. Toutefois, de ces trois compositions, La Dame à l’hermine, ravissant portrait de Cecilia Gallerani, la jeune maîtresse du More, est le plus acclamé et, incontestablement, le chef-d’oeuvre de ces années en Lombardie.Ce tableau, peint entre 1488 et 1490, est considéré comme le premier portrait réellement moderne. Le mouvement sur le côté de la silhouette féminine et l’expression de son visage pleine de nuances évoquent son intériorité, son âme et son esprit : ce qu’on appellerait aujourd’hui sa psychologie. Louée pour sa beauté, son esprit, son érudition et sa poésie, Cecilia n’est encore qu’une jeune fille quand elle devient en 1489 la favorite de Ludovic. Par ce portrait, Léonard a su démontrer le talent de l’artiste à saisir sur le vif une beauté vouée à se faner. La jeune femme est dépeinte tenant une hermine blanche, accessoire énigmatique et polysémique. Jeu de mots visuel sur son nom puisqu’ « hermine » » se dit « galè » en grec, l’animal pourrait également symboliser son amant, Ludovic Sforza, décoré de l’ordre de l‘hermine par le roi de Naples et surnommé depuis « L’Ermellino ». De plus, dans ses écrits, Léonard évoque l‘hermine comme symbole traditionnel de pureté et d’honneur.
À l’occasion de cette exposition, plus de 50 dessins liés aux oeuvres picturales seront exposés pour la première fois. Parmi les pièces phares, on trouve 33 croquis et études prêtées par la Royal Collection. Les nombreux dessins de Léonard appartenant à Sa Majesté la Reine d’Angleterre ont probablement été acquis au cours du règne de Charles II, puis redécouverts par hasard en 1778 comme le raconte l’écrivain Charles Rogers : « M. Dalton découvrit heureusement l’album de dessins au fond d’un coffre au début du règne de Sa Majesté [George III] ». Les collections britanniques possèdent de nombreux dessins de Léonard et d’autres chefs-d’oeuvre seront prêtés par le British Museum, la Courtauld Gallery, le Fitzwilliam Museum de Cambridge, l’Ashmolean Museum d’Oxford, et les National Galleries of Scotland. D’autres encore viendront de Paris, Florence, Venise et New York. L’exposition figurera la totalité des dessins préparatoires en lien avec la Cène et La Madone Litta, oeuvre prêtée par le musée de l’Ermitage de Saint–Pétersbourg.
Léonard de Vinci, 1452–1519
Léonard de Vinci est né en Toscane dans le village de Vinci, ou ses environs. Il étudie à Florence auprès du peintresculpteur Andrea del Verrochio. Vers 1482-83, il s’installe à Milan, et trouve un peu plus tard du travail comme artiste de cour auprès de la famille Sforza à la tête du pouvoir. Il quitte Milan juste après l’invasion de la ville par les Français en 1499. Il se peut qu’il ait séjourné à Venise avant de regagner Florence en 1500. Il connaît une seconde période milanaise de 1506 à 1513, et c’est à cette époque qu’il achève La Vierge aux rochers, version dite de Londres. S’ensuit un séjour de trois ans à Rome. En 1517, à l’invitation de François Ier, Léonard s’installe au Château de Cloux, près d’Amboise où il meurt en 1519. La collection permanente de la National Gallery compte deux oeuvres de Léonard de Vinci : La Vierge aux Rochers (vers 1491–1508), acquise en 1880 par le musée, et La Vierge, l’Enfant Jésus, sainte Anne et saint Jean-Baptiste (aussi connue sous le nom du Carton de Burlington House) exécutée vers 1499-1500. La Vierge aux Rochers a été acquise par la National Gallery en 1880.
Crédits :
Cette exposition est organisée par la National Gallery de Londres. Commissaire : Luke Syson, conservateur des Peintures italiennes avant 1500 et Directeur de la recherche à la National Gallery. Leonardo da Vinci: Painter at the Court of Milan bénéficie du soutien du Crédit Suisse.
Billets :
Réservation des billets pour Leonardo da Vinci: Painter at the Court of Milan par téléphone au +44 (0) 208 127 4920, sur le site www.nationalgallery.org.uk
- Du 9 novembre 2011 au 5 février 2012
Leonardo da Vinci: Painter at the Court of Milan
This autumn the National Gallery will present a landmark exhibition, Leonardo da Vinci: Painter at the Court of Milan examining Leonardo’s extraordinary observation, imagination and technique. The exhibition concentrates on his career as a court painter in Milan, working for the city’s ruler Ludovico Maria Sforza, il Moro (‘the Moor’) in the 1480s and 1490s. Bringing together the largest ever number of Leonardo’s rare surviving paintings, it will include international loans never before seen in the UK. Private and institutional lenders have proved exceptionally generous, taking full and proper account of the serious scholarly ambition of this project.
While numerous exhibitions have looked at Leonardo da Vinci as an inventor, scientist or draughtsman, this is the first exhibition to be dedicated to his aims and ambitions as a painter. ‘Leonardo da Vinci: Painter at the Court of Milan’ will display more than 60 paintings and drawings by the great artist, as well as pictures by some of his closest collaborators. Nearly every surviving picture that he painted in Milan during this period will be exhibited. These include the ‘Portrait of a Musician’ (Biblioteca Ambrosiana, Milan), the ‘Saint Jerome’ (Vatican, Rome), ‘The Lady with an Ermine’ (Czartoryski Foundation, Cracow), the ‘Belle Ferronnière’ (Musée du Louvre, Paris) and the National Gallery’s own recently restored Virgin of the Rocks. These pictures show how Leonardo, benefiting from his salaried position, used his artistic freedom to find new ways of perceiving and recording the natural world – focusing especially on the human anatomy, soul and emotions. These investigations could take on their own life, but they also fed into the meanings and evolution of his paintings.
Leonardo da Vinci’s time in Milan was the making of him – both as an artist and as a public figure. It was in Milan that Leonardo executed his two profoundly different versions of the mysterious ‘Virgin of the Rocks’, as well as the almost uncannily perfect wall-painting of ‘The Last Supper’. This work will be represented in the exhibition by a near contemporary, full-scale copy by his pupil Giampietrino (1500–1550), lent by the Royal Academy. Leonardo also painted a trio of portraits that were to revolutionalise the genre – pictures that will be seen together in London for the first time. Leonardo, a musician himself, worked closely with other musicians, designing musical instruments and devising settings for courtly entertainments. It was during this time that he painted his only portrait of a man – ‘The Portrait of a Musician’. The highly idealised ‘Belle Ferronnière’ may be a portrait of Ludovico il Moro’s duchess or of one of his mistresses. But the most justly celebrated of the three is the exquisite portrait of Il Moro’s mistress Cecilia Gallerani, ‘The Lady with an Ermine’, arguably his greatest masterpiece of these years.
The portrait of Cecilia Gallerani, painted in 1488–90 has been acclaimed as the first truly modern portrait. The sitter’s twisting pose and nuanced expression convey her inner life, mind, soul – and what we would now call psychology. Cecilia was renowned for her beauty, wit, scholarship, and poetry. Still in her teens in 1489 when she became Ludovico’s mistress, the painting of her portrait allowed Leonardo to demonstrate how a painter could capture a beauty that time would destroy. He portrayed Cecilia holding a white ermine, an enigmatic feature that has multiple meanings. It may be a visual pun on her surname since the Greek for ermine or weasel is ‘galay’. It could also stand for her lover, Ludovico Sforza, since he had been awarded the order of the ermine by the King of Naples and was known as ‘l’Ermellino’ as a result. The ermine was also written about by Leonardo as a traditional symbol of purity and honour.
More than 50 drawings relating to the paintings will be exhibited for the first time. Highlights include 33 sketches and studies from the Royal Collection. The many Leonardo drawings owned by Her Majesty the Queen were probably purchased during the reign of Charles II but were rediscovered by chance only in 1778, when writer, Charles Rogers wrote: ‘Mr Dalton fortunately discovered the album of drawings at the bottom of a chest at the beginning of the reign of his present Majesty [George III]’. UK collections are rich in drawings by Leonardo – and other graphic masterpieces will be lent by the British Museum, the Courtauld Gallery, the Fitzwillam and Ashmolean Museums and the National Galleries of Scotland. From further afield come drawings from Paris, Florence, Venice and New York. The exhibition will include all the surviving drawings which are connected to the ‘Last Supper’ and the ‘Madonna Litta’, which will be lent by the Hermitage, St Petersburg.
About the artist: Leonardo da Vinci, 1452–1519, Italian.
Leonardo was born in or near Vinci in Tuscany and was trained in Florence by the sculptor-painter Andrea del Verrocchio. In about 1482-3 he moved to Milan, slightly later finding work as a court artist for the ruling Sforza family. He remained there until just after the city was invaded by the French in 1499. He may have visited Venice before returning to Florence in 1500. A second period in Milan lasted from 1506 until 1513, and it was then that he finished the London ‘Virgin of the Rocks’; this was followed by three years based in Rome. In 1517, at the invitation of the French king, Leonardo moved to the Château de Cloux, near Amboise in France, where he died in 1519.
- Galerie Nationale, Trafalgar Square, Londres WC2N 5DN
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