Son avant-dernière exposition

Un demi-siècle, c’est le temps que Jeanne Champion aura attendu avant de dévoiler de façon assumée l’ensemble de son travail, l’oeuvre de toute une vie. Plus de 600 toiles n’ayant connu pour murs que ceux de son atelier de Montchauvet, petit village Francilien où elle partage son temps avec le Paris du 9ème arrondissement. A l’aube de ses 80 ans, elle avoue résignée qu’il est temps pour elle de montrer ses toiles et de les vendre avant de disparaître, sous peine de laisser à sa fille un héritage envahissant et ingérable. “L’âge vient de me rattraper, d’où la peur chaque jour amplifiée de voir mes toiles disparaître avec moi”. C’est pour son ouverture à toutes les expérimentations et à tous les profils d’artistes que la Bellevilloise, haut lieu culturel parisien, ouvre grand ses portes à l’artiste. Elle fera une place de choix à Jeanne Champion en lui offrant les murs de la Halle aux Oliviers et du Forum. Difficile pourtant de montrer toute une vie de travail en une seule exposition, car Jeanne est une artiste complexe. Les visiteurs pourront retrouver les extraits les plus représentatifs de son travail, des lithographies des années 70 aux travaux plus Street Art de ces dernières mois.
Sa vie
Jeanne Champion est un personnage, une femme multiple. Peintre confidentielle mais auteure reconnue. Elle a publié vingt-deux romans, biographies et essais qui lui ont valu en 2001 d’être nommée Officier des Arts et des Lettres et en 2003 de recevoir le prix Goncourt de la biographie.
Même si cette créativité est pour elle épuisante, c’est une femme entière, sans demi-mesure. Impossible donc pour elle d’abandonner les mots ou la matière, l’un appelant l’autre. Une question persiste : pourquoi avoir dévoilé son travail d’auteure mais pas de peintre ? Pour elle, l’Art n’est jamais allé de pair avec le marketing. La création artistique et l’argent ne font pas bon ménage, et c’est pourquoi elle n’aime pas s’étendre sur le sujet. En plus de la difficulté à survivre dans le monde de l’Art, c’est surtout la pudeur, la peur du jugement qui a condamné Jeanne à rester dans l’anonymat. Ne pas exposer c’est ne pas s’exposer soi-même au regard de l’autre, car “si vous guettez le succès, si vous êtes à l’affût de la reconnaissance alors c’est une vie terrifiante qui vous attend”. Ses oeuvres sont le reflet de ce qu’elle est : provocatrice. Adepte de la peinture abstraite à ses débuts, Jeanne avoue être allée vers le figuratif par “défi”, pour prouver que les peintres abstraits savent aussi bien dessiner que les autres.
Ses influences sont multiples. Admirative des peintres de la côte Est des Etats-Unis et des artistes de Montmartre tels que Jean Claude Bédart et Max Papart, qui lui ont enseigné les techniques. Aujourd’hui ses influences sont empreintes de spiritualité : les photos agrandies des galaxies, les explosions solaires, les étoiles et le ciel, où elle espère aller après.
Victime complaisante de la création, il est difficile de qualifier son travail dans l’ensemble tant ses travaux sont différents selon les années, les aspirations. Une chose persiste : la recherche incessante, l’expérimentation des techniques, des formes et des couleurs. La liste de ses oeuvres est longue et sans fin puisque bien plus que la mort dont elle attend la venue c’est avec toxicomanie que Jeanne continue de peindre, “comme une ivrogne qui boit l’avant dernier verre en se disant que demain lui donnera l’occasion de boire le dernier. En clair… je peins mon avant dernière toile depuis plus d’un demi-siècle”
- Du 1 au 30 septembre 2011
La Bellevilloise
19-21, rue Boyer 75020 Paris / 01 46 36 07 07 / infos@bellevilloise.fr
- Stéphane Moscato, Première ! à La Galerie Ligne 13
- Pierre Henri Argouarch, exposition Art, Archi, Archibox
- Léo Delafontaine et Vladimir Vasilev lauréats SFR au festival ImageSingulières
- Yves Marchand & Romain Meffre, Theaters, à la Polka Galerie
- Waii, l’œuvre gravé de Dennis Nona, Îles du Détroit de Torres, Australie













