
Self portrait with Rachel, a document of expectations 2006
Depuis plus de 40 ans, Jeffrey Silverthorne explore avec constance les questions du sexe et de la mort. Pour cette exposition, Jeffrey Silverthorne revisite son oeuvre. Travel Plans est un album de photos de famille composé de plus de 150 photographies, dont les pages restent ouvertes pour permettre au spectateur d’écrire et de voir ses propres désirs.
Comment présenter l’oeuvre de Jeffrey Silverthorne qui se révèle ici, pour la première fois, dans toute sa complexité ? Privilégiant la lecture transversale d’un parcours qui retrace 40 années de photographie et autant d’années de questionnements, il a pris le risque d’une exposition qui ne repose aucunement sur une construction chronologique ou sérielle mais sur notre capacité à découvrir un langage qui, tout en s’inspirant des formes photographiques existantes, les transgresse.
Utilisant tous les usages possibles que la photographie permet, jusqu’aux collages et aux photomontages, il alimente pendant toutes ces années ce qui lui permettra de construire ici, l’équivalence d’une fresque, véritable tableau ésotérique élaboré par un certain Mr Lotus, son alter ego, dont nous retrouvons les textes en exergue des 4 chapitres qui ponctuent le catalogue de l’exposition. Ses premières photographies datent de 1970 à La Morgue de Rhode Island. Elles répondent à l’affirmation de Diane Arbus assurant, lors d’une de leurs rencontres, qu’il n’y avait rien là à photographier. S’ensuivent plusieurs séries dont le style n’est pas sans rappeler celle-là même qui est une des seules photographes dont il revendique une certaine influence. Les mises en scène apparaissent dès le début des années 80 avec la série Silent Fires où il joue avec le mythe d’Orphée et Eurydice.
À partir de là, il passe du style documentaire – séries Missing, Tex-Mex – à une suite de mises en scènes, de photomontages, de collages reprenant notamment de nombreuses photographies faites à la morgue (dont certaines en couleur) y ajoutant des éléments tels que cartes postales, reproductions de peintures où autres scratches à même le négatif. Dans cette façon qu’a Silverthorne d’aller scruter ses angoisses, ses obsessions, de convoquer les démons, on ne peut s’empêcher de penser à la psychanalyse ou autre thérapeutique mentale, qui amènent les hommes à regarder en face leur souffrance pour tenter de la dominer. C’est en cela, comme dans cette ambivalence récurrente entre la célébration d’être en vie et l’assertion martelée de la décrépitude et de la mort, qu’il nous fait penser à Goya. Dans cette impression de chaos d’où émerge parfois un rire grinçant.
Pour Silverthorne « The photography is a way to think » (La photographie est une manière de penser). En 1988 il affirmait : « Je fais des images pour me souvenir, non pas du motif, mais de mes sentiments et de mes réactions ».
Nous avons découvert l’oeuvre de Jeffrey Siverthorne à Arles en 2007 grâce à Lars Schwander (photographe et galeriste danois) et ce petit livre jaune Directions for leaving qu’il avait édité, suite à l’exposition d’une rétrospective partielle à Copenhague. Le choc fut intense, évident. S’ensuivit cette même année une présentation lors du salon Paris Photo de ses séries sur La Morgue et Female impersonators qui allèrent immédiatement enrichir les collections de la Bibliothèque nationale de France, de la Fondation Francès ainsi que de nombreuses collections privées. Á partir du 9 septembre, Jeffrey Silverthorne présente à la Galerie VU’ la première étape de son Travel Plans.
Atiq Rahimi – lexpress.fr
VU’WORKSHOPS par Jeffrey Silverthorne « Undressing the Mind » ou l’esprit mis à nu
- Vendredi 9, samedi 10 et dimanche 11 septembre 2011
À l’occasion de sa première exposition en solo Travel Plans à la Galerie VU’, Jeffrey Silverthorne dirigera la quatrième édition des VU’ Workshops.
Le propos de ce workshop sera de questionner les conventions sociales de la bonne image, de la photographie dite « authentique » et de faire des photographies qui mettent en confrontation l’individualité du photographe et sa relation à la société, entre désir et censure.
Pour ce faire, deux approches seront simultanément appréhendées : lectures des images et prises de vues. L’analyse des présentations des photographies et lectures, argumentations et critiques sont intégrées à l’exploration des idées. Et la figure humaine sera au centre de ce travail (un modèle sera disponible) ou toutes les formes de photographies pourront êtres utilisées : scène de rue, nature morte, mise en scène…
« Déshabiller l’esprit, entre désir et censure. Comment un artiste met-il en image des idées ? Quand ces idées se heurtent au politiquement correct, qu’advient-il alors du courage du désir et de la «commodité» de l’auto-censure ? Alors qu’elles semblent être deux préoccupations distinctes, le désir et la censure sont étroitement imbriquées et finissent par conditionner le travail de l’artiste. » Jeffrey Silverthorne
Bio :
Jeffrey Silverthorne est né à Honolulu, Hawaii en 1946. Il vit et travaille actuellement à Cranston, Rhode Island. Il explore la question du sexe et de la mort et les notions de frontière et de transgression. Actif depuis la fin des années 1960, il multiplie les séries sur des sujets extrêmes : un abattoir, une morgue, des bordels ou une communauté de travestis et de transsexuels. Ce n’est pas par voyeurisme. Silverthorne cherche plutôt à s’exposer davantage, à être plus vulnérable pour plonger plus à fond dans sa propre psychologie: « Je fais des images pour me souvenir, non pas du motif, mais de mes sentiments et de mes réactions ». D’où son peu d’intérêt pour une photographie objective qui ne traduirait rien de l’intensité de l’expérience et, au contraire, son goût pour le documentaire subjectif et l’image construite sous la forme d’expérimentations plastiques et de mises en scène.
- Exposition du 9 septembre au 29 octobre 2011
Travel Plans

- Éditeur : Éditions de l’OEil (2011)
en collaboration avec Noorderlicht
96 pages
Dimensions : 24 x 29 cm
Acheter :
Galerie Vu’
- Hôtel Paul Delaroche
58 rue Saint-Lazare 75009 Paris - http://www.galerievu.com/
- Stéphane Moscato, Première ! à La Galerie Ligne 13
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