
Claudine Doury - Agence VU’
Le temps est et sera toujours la matière première de la photographie. Ce constat est, chez Claudine Doury, amplifié par son goût de la transition, du basculement dans des périodes inconnues. De ses premiers voyages à sa proche famille se décline le récit d’un univers harmonieux, spontané, civilisé. Un Eden qui ne serait rien d’autre qu’un musée éteint s’il n’était parcouru d’une subtile inquiétude : combien de temps encore ? Comme une adolescence sans cesse rejouée.
Rejouée avec sa série Artek, du nom du dernier camp d’été des enfants de la Nomenklatura russe. Aucune nostalgie de la pompe soviétique dans ce travail au long cours. Plutôt l’incroyable vitalité des étés en Crimée, sur les bords de la mer noire où des jeunes gens et des jeunes filles sont à l’avant-garde de la vie. Décors et uniformes ne soulignent même plus l’anachronisme de ce monde fictif qui disparaît, ils sont le cadre parfait d’un théâtre, la répétition générale que seule l’adolescence saura interpréter. Dans son travail suivant, Loulan Beauty, Claudine Doury se réfère à un ancien royaume situé sur la route de la soie aux confins de l’Asie Centrale et de la Chine. Ici, la référence au temps et à l’histoire est si forte et permanente qu’elle en devient distanciée. Chaque photographie est sourdement empreinte des périodes antérieures et entrevoit l’avenir sous la forme de l’exil. Étrange absence du présent. Enfin Sasha et Les princes charmants, ses deux nouvelles séries, ne rejouent plus la vie. Elles s’attachent aux outils qui fabriquent l’identité et affirment le genre. Avec cette fois la certitude que l’adolescente dépeinte finira par s’échapper.
« On voit régulièrement ses photographies dans la presse, avec laquelle elle adore collaborer, soit en réalisant des commandes, soit en convainquant de produire des projets qui sont les siens. Elle est aussi à l’aise avec une actrice que lorsqu’elle rencontre, au cours de ses nombreux voyages, des anonymes qui vont attirer son attention, en raison de leurs traits ou à cause de la situation. Elle est passée du noir et blanc aux cadrages rigoureux et classiques des « Peuples de Sibérie » à une couleur subtile, révélée par la lumière naturelle, en Crimée ou dans les Républiques d’Asie Centrale. Et elle poursuit une obsession, ce qui est toujours un bon signe pour un artiste : dresser un portrait visuel de l’adolescence.
Il n’est pas question ici de se livrer à une quelconque psychanalyse de bazar, mais Claudine Doury, depuis vingt ans que je travaille avec elle, a toujours envie d’explorer ce moment de la vie, entre l’enfance et l’âge adulte, tellement singulier, temps de nostalgie autant que de rêve, de mal être autant que de projection dans l’avenir. Et elle pense, ce qui n’est évidemment pas faux si nous regardons les images existantes, que la photographie est capable de nous permettre de mieux comprendre, ou au moins de mieux voir, ce moment complexe et fascinant. » Christian Caujolle
L’exposition Claudine Doury – Photographies (1999-2010) regroupe plusieurs séries: Sasha (2007-2010) et Les princes charmants (2010), Artek – un été en Crimée (1999-2003), et Loulan Beauty (2002-2005).
Sasha (2007-2010) et Les princes charmants (2010)
Claudine Doury réunit ici deux séries distinctes, Sasha et Les princes charmants, en s’attachant à dévoiler les mécanismes de l’adolescence de différentes manières. Dans la série Sasha, réalisée sur trois ans, la photographe capture le glissement d’une jeune fille de l’enfance à l’âge adulte, questionnant la construction de la personnalité à travers les jeux secrets, les rites intimes, les peurs et les rêves de l’adolescence. La série Les princes charmants (travail en cours) est davantage une exploration de l’identité masculine et questionne la relation fille-garçon. Associer ces deux séries met en scène, le temps de l’exposition au pavillon Carré de Baudouin, ce duel intime où la fille, à peine femme, doit faire face au garçon tout juste homme.

Claudine Doury - Agence VU’
Artek, un été en Crimée (1999-2003)
« C’est une fiction qui dure depuis trois quarts de siècle, à la fois grandiose et dérisoire, sublime et cauchemardesque, et qui invente, par-delà l’histoire, son propre temps, ses propres règles, ses rites et ses rêves. Un lieu parfait, donc, pour que s’exprime l’intensité des émotions adolescentes des jeunes gens et des jeunes filles auxquels Artek est dévolu… C’est là que tout a commencé en 1925, avec la création de la République des Pionniers. A la fragilité des tentes du début ont succédé des constructions en dur, des installations confortables, de cantines en dortoirs, de gymnases en belles salles de spectacle. Aux milliers d’enfants méritants ont succédé les rejetons de la nouvelle classe dirigeante, celle de l’argent roi et des enrichissements contestables. Mais Artek reste un îlot hors du temps où une forme singulière de « communisme libéral » s’est mise en place, où l’on achète à prix fort un bonheur factice pour des enfants qui, le temps d’un été, pourront vivre à la fois hors du temps réel et se plonger dans un passé qu’ils n’ont pas connu et qui projetait pour eux un monde idéal. Artek installe des adolescents dans un espace, dans un temps et dans des fonctionnements qui les détachent du réel, ils s’y échappent de la contingence pour laisser s’exprimer leurs doutes, leur identité, leurs contradictions et leurs désirs. » Christian Caujolle (extrait de la préface de Artek, éditions de la Martinière)
Loulan Beauty (2002-2005)
« C’est l’histoire d’une lente disparition, dans les sables et dans le temps, la fin d’un monde, un voyage dans l’Asie Centrale post-soviétique et le xinjiang chinois. J’avais lu Djamila du poète Kirghiz Tchinguiz Aïtmatov, et je rêvais aux kolkhozes perdus dans la steppe et à ses peuples, ouzbeks, kazakhs, kirghiz, karakalpaks…
De 2002 à 2005, j’ai pu me rendre dans la région de l’Aral au Kazakhstan, en Ouzbékistan, au Xinjiang et sur les rives de l’Issyk koul au Kirghizstan.
Loulan beauty témoigne de ces hommes du milieu des mondes, héritiers de royaumes engloutis, des pêcheurs sans mer, des enfants qui dansent pour faire revenir leurs parents partis travailler au loin, de Lola qui rêve d’Amérique, des hommes qui écoutent les sables chanter, et des filles aux mille nattes, les mêmes que celles, retrouvées sur Loulan, leur ancêtre de quatre mille ans. » Claudine Doury
- du 23 septembre au 26 novembre 2011
Autour de l’exposition
Ces événements ont lieu au pavillon Carré de Baudouin. L’entrée est libre dans la limite des places disponibles. Projection en continu
La peur du loup de Claudine Natkin (2006, France, 2006, 6’49).
A l’occasion des 20 ans de l’agence VU’ et de la Fémis, la réalisatrice Claudine Natkin, passionnée tout comme Claudine Doury par les thématiques de l’enfance et de l’adolescence, a choisi de suivre avec la photographe les déambulations de Louise, une enfant de 10 ans dans les jardins et les cours d’école de Paris, lieux où les enfants réinventent sans cesse les jeux merveilleux d’un monde secret dont ils sont seuls les gardiens.
Projections de films
Claudine Doury a sélectionné quelques films qui ont été pour elle des sources d’inspiration et des repères tout au long de son travail photographique : des films russes, soviétiques, kirghizes, et d’autres traversant l’adolescence de l’âme soeur aux rêves dansants. Vendredi 30 septembre 2011 à 19h : L’âme soeur de Fredi M. Mürer (Suisse, 1985, 2h). Un adolescent sourd-muet que l’on nomme «le Bouebe» et sa soeur Belli vivent avec leurs parents dans une ferme isolée quelque part dans les Alpes. Entre les deux enfants s’installe une grande tendresse.
Vendredi 7 octobre 2011 à 19h : Le fils adoptif d’Aktan Abdykalykov (Kirghizistan-France, 1998, 1h21). La vie d’Azate, jeune garcon insouciant qui grandit dans un petit village de montagne kirghize, bascule quand son ami Tekine, vexé par une bagarre perdue et jaloux de sa complicite avec la belle Ainoura, lui lance comme une injure: «Beshkempir».
Samedi 29 octobre 2011 à 15h : Le miroir d’Andreï Tarkovski (sous réserve) (Russie, 1974, 1h45). Un homme malade se penche sur sa vie. Passé et présent se mélangent dans l’esprit d’un homme qui cherchait «seulement à être heureux».
Samedi 5 novembre 2011 à 15h : Les rêves dansants, sur les pas de Pina Bausch d’Anne Linsel et Rainer Hoffmann (Allemagne, 2010, 1h29). En 2008, Pina Bausch, quelques mois avant sa mort, décide de reprendre son fameux spectacle Kontakthof, non plus avec sa troupe, mais avec des adolescents de 14 à 18 ans qui ne sont jamais montés sur scène et n’ont jamais dansé. Ce documentaire est leur histoire…
Vendredi 18 novembre 2011 à 19h : Virgin Suicides de Sofia Coppola (Etats-Unis, 1999, 1h36). Dans une ville américaine tranquille et puritaine des années soixante-dix, Cecilia Lisbon, treize ans, tente de se suicider. Elle a quatre soeurs, de jolies adolescentes. Cet incident éclaire d’un jour nouveau le mode de vie de toute la famille.
Visites et rencontres avec la photographe Des visites guidées de l’exposition et des rencontres avec Claudine Doury sont organisées les : – samedi 22 octobre 2011 à partir de 15h – samedi 12 novembre 2011 à partir de 15h
Claudine Doury – Biographie
Née à Blois en 1959, vit et travaille à Paris.
La photographe mène depuis des années des projets de grande envergure. Elle a reçu le prix Leica Oscar Barnack en 1999 et un World Press Award la même année pour sa série Peuples de Sibérie, qui a donné lieu à la publication de sa première monographie aux éditions du Seuil. En 2004, elle obtient le prix Niépce pour l’ensemble de son travail, et publie Artek, un été en Crimée aux éditions de la Martinière. Trois ans plus tard, c’est sa série Loulan Beauty, prolongement de ses premiers voyages entre la Russie et l’Asie Centrale, qui fait l’objet d’un livre aux éditions du Chêne.
Si Claudine Doury est issue de la photographie de presse, elle se consacre désormais davantage à des projets plus personnels, notamment l’adolescence, thématique centrale de son travail. Sa dernière série, Sasha, poursuit cette exploration de l’adolescence et fera l’objet d’un livre à l’automne prochain.
Membre de l’Agence VU’, elle est représentée par la Galerie Camera Obscura et la Galerie Particulière à Paris.
Pavillon Carré de Baudouin
- 121, rue de Ménilmontant 75020 Paris
- Tél : 01 58 53 55 40
- Accès M° Gambetta (Lignes 3 et 3 Bis)
- Bus 26 et 96 (Arrêt Pyrénées/Ménilmontant)
- Stéphane Moscato, Première ! à La Galerie Ligne 13
- Pierre Henri Argouarch, exposition Art, Archi, Archibox
- Léo Delafontaine et Vladimir Vasilev lauréats SFR au festival ImageSingulières
- Yves Marchand & Romain Meffre, Theaters, à la Polka Galerie
- Waii, l’œuvre gravé de Dennis Nona, Îles du Détroit de Torres, Australie













