
Umanaqtuaq, C - print from video shoot, 2007
L’artiste polonaise Joanna Malinowska, récipiendaire, entre autres, d’un Guggenheim Award, se considère volontiers comme une « anthropologue culturelle ». Culture de l’art, de la musique, des peuples et des oeuvres en voie de disparition. Malinowska explore le monde, les cultures, voire l’absence de culture du centre des Etats-Unis, avec une inquiétude passionnée : « Ce que je trouve fascinant dans le fait d’étudier d’autres cultures, dit-elle, c’est le sentiment de relativité que j’en retire, une relativité cosmique qui me dit que rien n’est définitif. » Au cours de ses voyages, « à partir » d’eux comme au retour, l’artiste travaillera alors aussi bien à recréer le monde des Inuits par l’intermédiaire de la seule musique de leur langue, qu’à recréer le sèche-bouteilles de Duchamp avec des dents de morse ou la tasse de thé de Meret Oppenheim avec des fourrures artificielles.
Pendant longtemps cependant, le travail de Joanna Malinowska s’est inspiré avant tout de l’immatériel. Se référant explicitement au travail de Bas Jan Ader (In Search of the Miraculous, 1975 ; Exposition Ailleurs, 2010), Malinowska recherche elle aussi le miracle, dans la musique notamment, de Glenn Gould à John Cage, de Masami Tomihisa à Piotr Anderszewski, et dans l’écoute fervente qu’elle sollicite en nous (In Search of the Miraculous, continued, 2006). L’artiste ira jusqu’à créer, avec Masami Tomihisa, un quintette pour deux violoncelles, deux altos et un cadavre (2008), une performance-concert explorant le silence de la mort.
Les explorations de Malinowska nous conduiront aussi à la rencontre de peuplades oubliées par nos cultures, qu’il s’agisse d’Inuits, d’habitants ancestraux du pourtour du lac Titicaca ou des déserts du centre des Etats-Unis, ou encore de SDF polonais à New York. Et peu à peu, dans le monde de Malinowska, au fil de ces rencontres, « les choses changent » – ou plutôt, elles apparaissent. Malinowska se met à rencontrer les objets. Et l’inspiration se déplace : la voilà qui s’intéresse aux travaux de Graham Harman, qui affirme l’autonomie des objets, appelle à un « retour aux choses en tant que choses mêmes » et considère que la vie réelle des objets peut être le sol fertile d’une métaphysique nouvelle, révèlant un étrange réseau souterrain de relations interobjectales. Mais l’attrait nouveau de Malinowska pour les objets n’est pas seulement théorique : il y a une joie du « fabriquer », toucher, mélanger, créer plus grand que soi, comme le désormais célèbre « boli*», immense sculpture (254 x 264 x 396 cm) faite de bois, de plâtre, de colle, de lambeaux de L’Ethique de Spinoza, d’un litre d’eau du Détroit de Bering et d’un pullover de Evo Morales, obtenu par voies diplomatiques… (voir The Shape of Things to Come, New Sculpture, Saatchi Gallery 2011). Ainsi transporté, transformé par les mains de l’artiste, de la matière dont il est fait à une vie intelligente, le boli de Malinowska admire une toile de Malevitch. Ou quand le pouvoir secret des choses rencontre celui de l’art. « Je ne crois pas tout à fait que mon boli puisse changer le monde, dit l’artiste, mais j’aimerais lui laisser le bénéfice du doute. » Un bénéfice qu’elle s’accorde à elle-même aussi, quand elle se décrit non sans ironie comme un « oiseau rare » à New York avec son étrange accent polonais et sa manière politiquement incorrecte de redorer le blason des mythes de la colonisation américaine.
Le doute, pour Malinowska, est toujours un moteur, jamais un frein. Et en s’intéressant aux objets, elle ne s’éloigne finalement pas tant de ses amours premières pour la musique que l’on ne pourrait le croire : d’une certaine manière, elle ne fait que poursuivre sa quête de représentation de l’invisible, de revitalisation du potentiel métaphysique caché au détour des notes comme de la matière.
Dans Umanaqtuaq, Malinowska s’approprie le musicien inuit Jimmy Ekho, star du grand nord qui incarne un Elvis Presley d’autrefois, et s’accorde à elle-même « le droit de jouer » et d’exploiter sans remords tous les contrastes et toutes les rencontres des cultures no-ccidentales qui la fascinent. Plumes, tissages, céramiques, viennent ainsi contraster son monde d’images en mouvement, d’images en musique. « Il y a des choses sous la surface, des choses implicites », dit-elle, des choses vivantes, A Sudden Wave of Material Culture, qui peut encore nous éveiller à l’écoute fascinée du chant des baleines, à la poésie, à l’Ailleurs. Ami Barak
- Commissaire de l’exposition, Barbara Polla
- Du 7 au 27 septembre 2011
Joanna MALINOWSKA
- Née en 1972, Gdynia, Pologne, vit et travaille à New York et dans le monde.
- Lauréate d’un New York Foundation for the Arts Fellowship (Crafts/Sculpture) en 2011
- Lauréate d’un John Simon Guggenheim Memorial Fellowship en 2009
Galerie Taiss
- 14, rue Debelleyme
- 75003 Paris
www.taissgalerie.com
- Stéphane Moscato, Première ! à La Galerie Ligne 13
- Pierre Henri Argouarch, exposition Art, Archi, Archibox
- Léo Delafontaine et Vladimir Vasilev lauréats SFR au festival ImageSingulières
- Yves Marchand & Romain Meffre, Theaters, à la Polka Galerie
- Waii, l’œuvre gravé de Dennis Nona, Îles du Détroit de Torres, Australie














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