
Atelier 4, Matériaux divers, 2007, 72 x 80 x 140 cm
Je cherche peut-être à revivre quelques parcelles de ma vie, plutôt des miettes, à travers la mémoire des autres en observant — et toujours avec le même étonnement — l’étrange similitude qui existe entre nos souvenirs de passés différents.
J’ai choisi d’observer ce qui reste de nos passages, de nos séjours, les empreintes et les souillures comme des témoignages de nos attentes, les taches comme des paraphes. Et sans en faire une affaire sentimentale. Regarder ces phénomènes comme on se prend à observer le lent travail de l’érosion sur une roche ou le feston des algues dérivantes et des vieux bouchons quand c’est du caprice des vagues qu’ils impriment la mémoire, peut-être aussi, dans un registre d’expressions plus convulsives, les fissures du manteau d’asphalte des routes à la pression de la prèle et du chiendent.
Une boîte qui, n’en pouvant plus de contenir, de retenir son fardeau de photos pâlies, de papiers pliés et de cartes postales, a versé son trop-plein de souvenirs comme on accouche dans un taxi, un bateau ou dans le couloir d’un hôpital est, à mes yeux, un ensemble émouvant dont le projet de la mise en lumière, de la « scénographie » va me séduire, bref, que j’ai, très vite, envie d’aborder du point de vue de l’esthétique. Alors qu’il m’ennuierait prodigieusement que l’on entreprenne de me raconter l’histoire – les histoires – de ceux dont cette boîte a, vaille que vaille, gardé le souvenir. C’est seulement l’ensemble, la globalité qui m’intéresse dans le chaos des nécessaires confusions. Un bain qui intègre chaque unité à une somme en y assurant l’harmonie.
siècle. Aujourd’hui la place est devenue plus chère et, de ce fait, on n’a plus l’occasion, le temps non plus sans doute, mais sûrement plus la patience d’offrir aux objets une retraite dans ces vastes greniers qui étaient leurs purgatoires. L’euthanasie leur est offerte bien avant qu’ils n’aient le temps de « voir » leurs couleurs se faner ou la mode changer. De nos jours, les gens se méfient de tout ce qui n’est plus du répertoire de leurs catalogues habituels. Ils sont devenus plus craintifs, plus fragiles aussi à l’égard des microbes et des acariens.
Et pourtant, la poussière ! (…) Quand elle se fait la patte de velours du temps ! Poussière complice de celui qui fuit les désordres et les tumultes, poussière, qui, si joliment, assourdit les bruits et fait obstacle aux intrus. Enveloppante et si douce et bienveillante poussière de tous les miracles, de tous les sortilèges, qui n’est pas seulement cette rêveuse immobile, coussinets moelleux aux doucines des armoires, somptueux écrins des bocaux allongés, mais qui, au premier souffle, s’anime et courtise le plus modeste des rayons du soleil en tourbillons ascendants qui lentement retombent.*
*Texte extrait de Ronan-Jim Sévellec, l’oeuf sauvage, La Petite collection, 2000
Ronan-Jim SEVELLEC
Ronan-Jim SEVELLEC est né à Brest en 1938. Très jeune, il s’initie au dessin, au modelage et à la peinture auprès de son père, l’artiste breton Jim-E. SEVELLEC. Ses premiers dessins paraissent dans la presse dès 1960. Etabli dans la région parisienne depuis 1967, il exerce la profession d’illustrateur, réalise des maquettes pour des productions cinématographiques, continue de peindre et participe à de nombreux salons.
En 1977, une exposition lui est exclusivement consacrée à la galerie Michel-Ange à Brest. Mais l’artiste va progressivement délaisser la peinture au profit d’un travail entièrement tourné vers le volume. Trop général, ce mot signifie précisément modelage, montage, assemblage. Le terme « maquette » serait en l’occurrence aussi approximatif que réducteur. Pendant plus de dix ans, Ronan-Jim SEVELLEC disparaît du monde des expositions pour travailler ses volumes.
En 1989 pour la première fois, il présente ses boîtes d’inspiration surréaliste à Elbeuf en Normandie. Son oeuvre révèle année après année une vraie maturité autant qu’une vraie cohérence d’ensemble. En 1995, son exposition à Paris, à la galerie Soulié, rue Guénégaud, le révèle véritablement au milieu parisien.
Parallèlement à cette activité Ronan-Jim SEVELLEC peint, réalise des objects et dessine. Il a signé certaines de ses oeuvres peintes et travaux d’illustration : RONAN-JIM, Rogel et C. Schoonbeke.
- du 17 novembre 2011 au 15 janvier 2012
- Photographies de Joël Laiter
Galerie Antonine Catzeflis
- 23, rue Saint Roch 75001 Paris
- du mardi au samedi de 13h30 à 19h00
- antoninecatzeflis.com

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