
Cendrine Rovini
L’exposition de Cendrine Rovini, Liquide Vermeil, nous fait entrer dans un monde éminemment féminin et nous invite à son règne d’images.
Il y a d’abord la relation familière de la femme et du sang, mystère intime riche d’un pouvoir qui fascine l’homme et lui échappe sans cesse. L’artiste nous présente ses femmes en créatures étrangement belles qui jouent et qui jouissent de leur propre féminité jusqu’à l’ivresse. Débordements du sang qui se fleur, flux des larmes qui sont chevelure, visages de pluie, poussées de cornes en délicate et violente anarchie végétale… Dans des œuvres comme Toutesoie et Foisons, les créatures féminines de Cendrine Rovini se recouvrent d’une fourrure naturelle, laissent s’épanouir la jouissance de leur sexe fertile : des fleurs étranges s’échappent de la corolle de leur vulve dans un plaisir littéralement incarné.
Il y a aussi l’imagerie d’une artiste qui explore ces thèmes avec des qualités tenant de la magie : alliances et métamorphoses. Alliances avec le monde animal ou avec la végétation, dans des mêlées inquiétantes mais souvent douces au regard. Métamorphoses qui semblent tenir d’Ovide, mais qui suggèrent des mythes encore à inventer. En tous les cas éloge du vivant à travers le corps multiple de la femme.
L’artiste recueille ces images dans ce lieu crépusculaire de la conscience qu’elle sait explorer, ce moment liminaire entre veille et sommeil avant la bascule complète dans le dormir. C’est dans ces instants hypnagogiques, comme à la surface des profondeurs, que le moi se défait de ses vêtements de jour et accepte de disparaître en partie, de se fondre, de subir des transformations, de se mêler à ce qui vient quoi qu’il advienne…
Le sentier de perles noires rend compte de ce passage inquiétant dans le devenir-autre, avec le masque rouge d’un oiseau se superposant au visage d’une femme sidérée, tandis que Toute plongée répond à cette vision bachelardienne de l’imagination comme étant la « faculté de déformer les images ». Ici, l’identité ne se perd pas mais se déforme, se modèle, s’ajoute à d’autres éléments, et par son sexe qui rêve la femme s’ouvre à l’animalité, voire à l’animisme. Le sentier des buées est représentatif d’une autre tendance de l’artiste : celui de l’effacement. Délicatesse d’un corps de femme seulement visible par son contour, la ligne du visage s’évanouissant dans une multitude de gouttes de pluie, comme autant de larmes fécondantes qui aident à la poussée de plantes légères sur son dos, tandis qu’un masque lunaire veille au déroulement de ce rituel tout en transparence. Dans l’art de Cendrine Rovini la matière et l’invisible se conjuguent naturellement, et l’étonnement que l’on peut ressentir devant ses images se retrouve parfois dans le regard même de ces femmes qui assistent à leur propre métamorphose. Nous n’avons pas affaire ici à des concepts abstraits qui viendraientt soutenir et justifier l’oeuvre de l’artiste, c’est même l’inverse qui est vrai. Ces œuvres sensibles favorisent une conception toute matérielle de l’imagination, à la faveur de noces charnelles avec le monde, dans une sorte de violence très retenue, comme contenue dans la beauté visible. Il fallait un lieu qui respecte cette qualité de mystère pour accueillir les rêves de Cendrine Rovini, et la galerie Da-End se fait véritablement matrice pour abriter ce Liquide Vermeil. Michaël Ludwig, psychologue et poète, Aurillac, octobre 2011
- Exposition du 15 décembre 2011 au 15 février 2012
DA-END
- 17 rue Guénégaud 75006 Paris
- www.da-end.com













