
Laetitia Casta © Dominique Issermann
La Maison Européenne de la Photographie présente du 17 janvier au 25 mars 2012 :
Götz Göppert – Les quatre saisons
Götz Göppert, photographe allemand, travaille pour différents clients en Allemagne et en France. Il consacre aussi beaucoup de son temps à des projets photographiques personnels.
Voyageur compulsif, il sillonne le monde aussi bien que l’univers de ses proches avec pour seul but de se laisser happer par le beau et l’inhabituel, rapportant au gré de ses échappées «une documentation de ce qui m’entoure ». Un cabinet de curiosités quotidiennes qui l’interpellent par leur esthétisme brut et qu’il capture en panoramique, sa «fenêtre avec vue» et seul format à pouvoir restituer quasi à l’identique ce que perçoit l’oeil humain. Le sien a pour principe de ne se détourner de rien et de donner à toute chose la poésie du temps en suspend.
- Götz Göppert, Né en 1969 à Munich, vit et travaille à Paris.
William Ropp – Le sculpteur d’ombres
La scénographie particulière des images de William Ropp, provient, à l’origine, du théâtre où il a fait ses premières armes avant de co-fonder la compagnie « Théâtre X ». Cette expérience de direction d’acteur acquise, le sujet, dans son univers, est alors guidé de l’obscurité vers lui-même, un autre lui, un possible. La photographie intervient comme une machine à capter les rêves, à prendre en compte une autre réalité.
A partir de 1988, il opte pour le noir et blanc et photographie des corps dans des miroirs déformants afin de prolonger un certain malentendu sur la posture. Ces photographies, nourrissant un goût pour le paradoxe en saisissant de manière mécanique un surréalisme pur, connaissent rapidement le succès. Débute alors une série de publications de livres, dix au total aujourd’hui.
En 1993, il s’intéresse aux attitudes non maîtrisées des êtres humains, en les plongeant dans le noir du studio pour mieux les révéler, en les peignant doucement, d’un faisceau de lumière léchant leurs contours. Grâce à ce procédé de dévoilement, l’intrusion de la lumière provoque l’accident de la forme. William Ropp fait alors peser son regard sur les défauts de la peau, les creux, les pleins, les aspérités de la matière. Il modifie, les structures du corps et des visages, comme pour aller au bout d’un projet de la nature sans cesse contrarié par la volonté de paraître. Ses photographies cherchent ce moment rare du relâchement de l’individu dans sa lutte contre lui- même et le monde.
Sur un coup de tête, en 2007, il rompt momentanément avec le studio qu’il déporte dans la nature africaine, pour saisir le rêve, l’incarnation animiste d’enfants de la nature. Seul, en tête à tête avec ces enfants d’ailleurs, William Ropp créée un série imprégnée d’un onirisme puissant, sans autre définition que le rêve et l’instant propre à chacun de ses enfants, fruits du paysage. William Ropp passe alors à l’enseignement qu’il affectionne particulièrement, via une longue série de workshops notamment en Norvège.
Aujourd’hui, son travail s’oriente vers la couleur, « seulement depuis qu’elle devenue totalement maîtrisable » dit-il. Cette nouvelle étape, initiée en 2010, se focalise sur les mêmes thèmes mais revisités par une pause inspirée des tableaux classiques. William Ropp cherche à confronter l’hyperréalisme de la photographie aux ombres sculpturales de la peinture. De ces images, dont on ne peut plus lire l’apport dominant, il ressort des personnages déifiés, magnifiés, d’autres embaumés. Cette petite fille aux yeux glauques interrogatifs, par exemple, posant fat dans une robe du 19ème, prise en photographie couleur dans un cadre classique. Est-ce un regard ironique de la part du photographe ? Trop d’affection dans le regard de William Ropp, qui a toujours puisé dans les autres arts pour créer sa photographie propre. Il semble cette fois, s’être réapproprié un concept auquel il devait logiquement aboutir. Avec cette série photographique, couleur, se révèle de l’écho du temps, des techniques successives, tout simplement, de la toile de maître.
- William Ropp, Né en 1960 - www.williamropp.com
Dominique Issermann – Laetitia Casta
La Maison Européenne de la Photographie présente “Laetitia Casta” par Dominique Issermann. Un livre éponyme, publié aux éditions Xavier Barral, accompagne l’exposition. Pendant trois jours Dominique Issermann a photographié Laetitia Casta, à Vals, dans les Thermes construits par l’architecte Peter Zumthor en Suisse.
C’est un travail à deux, un pas de deux, une chorégraphie photographique. Ce projet fait suite au livre de Dominique Issermann sur Anne Rohart publié aux éditions Schirmer et Mosel en 1987. Trois respirations, celle de Laetitia Casta dans l’émotion de la découverte, dans l’abandon à l’inconnu, celle de Dominique Issermann qui retient son souffle pour saisir les instants où Laetitia Casta s’inscrit, fugitive, dans le bâtiment, et celle de Peter Zumthor qui respire à travers les murs, les marches, les bassins, les couloirs. Trente-trois photographies enroulées et déroulées, comme on forge une seule image, une image définitive de Laetitia Casta, archétypale, dans une nudité souveraine et libre.
“Laetitia Casta” est le dernier travail en argentique de Dominique Issermann.
Une biographie, en quelques décennies…
1950 : A la campagne, j’étais petite, la guerre revenait en fin de repas, c’était des traces de brûlures sur le thorax gazé de mon grand père et mes parents qui avaient mangé des rutabagas pendant leur adolescence. La politique, c’était De Gaulle qui parlait haut. Les salades poussaient sous nos fenêtres. Plus tard, des cousins plus âgés ne revenaient pas d’Algérie et des enfants Vietnamiens courant devant les flammes de l’enfer mouraient sur nos téléviseurs. Au fond du jardin, je vise dans le Brownie Flash de mon père, j’ai quatre ans, je photographie ma mère qui étend des draps, ma première photo.
1960 : Je fais des photos de ma soeur, mon frère, mes voisins, des gens qui passent dans la rue. Je sentais bien qu’il fallait partir. L’école publique qui m’avait appris beaucoup de choses, et que je remercie au passage pour les délices de la petite école Saint Joseph à Aubigné Racan, la beauté du lycée Marie Curie à Sceaux, les cerveaux agités des élèves et des professeurs d’hypokhâgne, la bienveillance du professeur à l’énoncé de mon choix de maîtrise « Les rapports familiaux dans le monde de Mickey Mouse », m’a sans le vouloir, mais sûrement, ouvert les portes pour le grand chahut idéaliste de mai 68.
1970 : L’Italie : le cinéma. Cinq ans à Rome avec Cohn-Bendit en exil et une belle bande d’agitateurs inoubliables. Travail collectif pour le film de Jean-Luc Godard « Vent d’est » et réalisation de deux longs métrages avec Marc’O. La ville est un brasero de rencontres qui changent la vie définitivement, de Pasolini aux Straub. Puis la révolution des oeillets au Portugal, avec nos appareils photos on traque les visages épuisées des opposants qu’on vient de tirer des prisons-mouroirs de Salazar. Je sens qu’au milieu des blessés je pourrais devenir infirmière et que seule l’émotion devant la beauté peut me faire devenir photographe. Je me lance dans un concours de photos de mode, pour décrocher le premier prix qui me permettrait de payer ma note de téléphone, je gagne. Avant ce concours, il y avait les vrais gens dans la vraie rue et après il y a eu les vrais mannequins dans les vrais studios de mode.
1980 : Je me gave de films à la Cinémathèque et je commence à photographier des actrices et des acteurs qui deviendront vite célèbres, les premiers étant Isabelle Adjani et Gérard Depardieu. Puis viendront Catherine Deneuve, Simone Signoret, Yves Montand, Jeanne Moreau, Fanny Ardant, Serge Gainsbourg, Jane Birkin, Robert de Niro, Anouk Aimée, Sir Lawrence Olivier, Isabella Rossellini, Marguerite Duras, Balthus, Leonard Cohen, Bob Dylan, Isabelle Huppert, Françoise Sagan… Sonia Rykiel, regardant dans la petite valise où j’entassais mes portraits me dit : « Vous êtes libre la semaine prochaine ? Pouvez-vous photographier ma collection pour 18 pages dans Vogue? Connaissez–vous un mannequin ? ». J’ai répondu OUI aux trois questions. Je ne connaissais personne, j’avais vu en couverture de Elle Anne Rohart qui venait de remporter un concours pour devenir mannequin. «Parfait» dit Sonia. Je photographie toutes ses collections pendant plus de dix ans et réalise avec Anne Rohart un livre de nus au château de Maisons-Lafitte, 30 photos dans le même lieu avec la même personne, et juste un drap. Le livre porte son nom.
1990 : Il s’ensuit de longues années d’une sorte de rap intensif avec ceux que je photographie, ceux qui commandent les photographies, ceux qui fabriquent les photographies avec moi, long rap essoufflant qui ne cesse que pendant les brefs instants magiques des déclics qui font mouche. Christian Dior, Nina Ricci, Yves St Laurent, Montana, Hermes, Chanel…
Je travaille main dans la main avec les créateurs, ils me tiennent la main et me laissent faire, Eau Sauvage, Dolce Vita, Dune chez Dior, Tiffany, Trésor de Lancôme avec Isabella Rossellini, Chanel N°5 avec Carole Bouquet, Coco Mademoiselle avec Kate Moss puis Kiera Knightley, Allure avec Anna Mouglalis, N° 5 avec Audrey Tautou.
Je vis avec un groupe que j’aime, presque toujours les mêmes mannequins, coiffeurs, maquilleurs, stylistes, voyageant d’aéroports en hôtels, au gré des saisons inversées des collections de mode, pour Vogue USA, Vogue France, The New York Times Magazine, Elle France, USA, UK et bien d’autres.
2000 : On change de siècle, mais je travaille toujours avec la même famille de magazines et de grandes marques. Mon bureau s’agrandit, les machines débarquent, je passe au numérique. Je commence à travailler dans mes archives pour éditer des cartes postales, faire une grande exposition à Arles dans la vertigineuse Église des Frères Prêcheurs.
Je découvre l’architecture de Peter Zumthor, aux Thermes de Vals. J’y entraîne Laetitia Casta dans la chorégraphie d’un nouveau livre, une femme magnifique, nue, qui se place dans la perspective généreuse et fuyante d’un bâtiment parfait. Un nouveau livre.
L’expérience Romaine m’a laissée le goût du cinéma. Leonard Cohen dans les années 90 m’a confiée la réalisation de ses clips « Dance me » et « Manhattan », ainsi que Catherine Deneuve, Renaud et Patricia Kaas. C’est ainsi que Bob Dylan débarque un jour devant ma caméra, convié par Victoria’s Secret à faire une unique et légendaire apparition dans le monde du film publicitaire.
2010 : J’ai toujours aimé faire des photos pour le papier, les pages de journaux, ça me plaisait de savoir que mes photos pourraient emballer du poisson ou empêcher les chaussures de perdre leur forme. Mes expositions étaient toujours des projections de photos. Je ne voulais rien d’autre, je n’aimais pas les cadres. Un tirage était pour moi, pendant longtemps, du matériel pour l’impression du journal, de l’affiche, du livre. Mais je regarde depuis peu mes boîtes de papier photographique d’un autre oeil.
Youssef Nabil
La Maison Européenne de la Photographie présente la première rétrospective de Youssef Nabil, photographe égyptien passionné de cinéma dont le travail évolue entre journal intime et portraits d’artistes.
Depuis les années 90, Youssef Nabil construit une oeuvre singulière dont la démarche n’a jamais varié. Qu’il photographie ses amis, comme à ses débuts, des stars, ou encore lui-même, il met tout d’abord en scène son sujet avec un travail très précis sur la pose et colorise ensuite, à la main, le tirage noir et blanc. Ses modèles ont ainsi toujours cet air glamour suranné qui n’est pas sans rappeler l’atmosphère des films classiques égyptiens.
Pour la MEP, Youssef Nabil a sélectionné environ 60 tirages : gros plan épuré sur les visages de Catherine Deneuve et de Marina Abramovic, mise en scène de modèles égyptiens dans des poses cinématographiques, présentation chorale de pêcheurs yéménites anonymes, instantanés de l’artiste face à l’écoulement du temps… Chaque image de soi ou de l’autre met l’accent sur ce qu’il y a d’unique en chacun. Il s’agit toujours de tenter d’immortaliser un être confronté à la précarité de l’existence et à la dissolution de l’identité dans les incessants voyages du moi. Alexandrie, Florence, Istanbul, New York, Paris : Youssef Nabil se photographie et photographie les être qui l’entourent. Se dessine alors en creux, dans l’exposition, l’irruption intermittente de sa biographie et de son exil volontaire d’Egypte, mère-patrie qui tantôt lui donne naissance, tantôt lui apporte une rédemption sous le visage d’une Fanny Ardant transformée en Piéta ou qui, à travers les photographies de jeunes modèles égyptiens, apparaît en jeune femme fertile dont la lumière brille à perpétuité.
A la faveur d’un travail de coloriste à mi-chemin entre photographie et peinture, Youssef Nabil fait émerger une réalité imaginaire qui reflète les paradoxes du Moyen-Orient actuel tout en réveillant les fantasmes flamboyants de l’âge d’or du cinéma égyptien.
- Youssef Nabil, Né en 1972 au Caire, Egypte. Vit et travaille à New York.

Charlotte Rampling, Paris 2011 © Youssef Nabil / Courtesy Galerie Nathalie Obadia, Paris/Bruxelles
- Stéphane Moscato, Première ! à La Galerie Ligne 13
- Pierre Henri Argouarch, exposition Art, Archi, Archibox
- Léo Delafontaine et Vladimir Vasilev lauréats SFR au festival ImageSingulières
- Yves Marchand & Romain Meffre, Theaters, à la Polka Galerie
- Waii, l’œuvre gravé de Dennis Nona, Îles du Détroit de Torres, Australie













