Anne-Sarah Le Meur et Pontus Carle à la Galerie Charlot0 Commentaires

Par rédaction
Posté le 16 déc 2011 à 11:42

Anne-Sarah Le Meur

Pour une vision interactive

Anne-Sarah Le Meur crée un espace interactif avec des nombres. L’image numérique, paradoxalement inspirée par la peinture abstraite, en captant le regard du spectateur, entre en jeu avec celui-ci et l’incite à la contempler.

Le titre « Oeil-océan » renvoie à une image de l’océan devant nous : cet océan qui est regardé et en même temps qui « nous regarde ». Il s’agit précisément d’une image abstraite qui se dessine à partir d’une tache noire qui s’opère par les nombres négatifs, d’où surgit une forme modifiable et modifiant son entourage, agissant de sorte qu’elle éclairerait le champ autour de soi par une lumière noire. Cette lumière noire provoque un jeu de contrastes, que l’on pourrait associer au jeu des deux lumières, lesquelles se croisent et se superposent parfois de telle sorte qu’elles évoquent une pupille, avec cet élément noir au centre.

Dans « Oeil-océan », non seulement est interrogée la vision du spectateur, mais également la temporalité de l’artiste est en acte ….

Chaque « espace » serait un moment du fonctionnement des lumières et du surgissement des couleurs…

Extraits du texte de Natalia Smolianskaïa (Moscou-Paris) Artiste plasticienne et théoricienne de l’art, Directrice de programme « Crise du cadre: penser les langages de l’art » au Collège International de philosophie, Paris.

« Lorsque j’ai entendu parler pour la première fois d’art par ordinateur, c’était au début des années 1980, avec l’arrivée de Tron1 (1981, Lisberger, Walt Disney) en France. Je ne pouvais pas croire qu’un tel procédé existât. Je n’avais pas encore vu les images, mais je ne pouvais comprendre que des images « émotionnelles » puissent être créées avec/par/à travers les mathématiques et un processus de programmation. L’art est pour moi une question de sensibilité, de subjectivité, d’inconscient, et les mathématiques – ou la programmation – relèvent de la logique, de la rationalité, de la conscience. Art et mathématiques ne peuvent aller ensemble. Probablement parce que j’aime l’absurde et le paradoxe, je suis finalement allée voir quelle sorte d’art était possible avec ce procédé, et s’il pouvait générer quelque chose de nouveau, d’intéressant, suivant des critères artistiques. Pour cela, il me fallait garder le processus radical – ie. Je dois programmer moi-même l’image – dans le but de voir quelles étrangetés cet art pouvait amener.

Simultanément, ma vocation est d’être peintre. Appréciant le courant d’abstraction lyrique, je reste sous l’influence de ce langage visuel abstrait. Plus encore, les théories de la peinture m’ont appris l’idée que l’art casse, détourne les conventions, ou que l’on peut déconstruire un processus ou un système pour mieux le comprendre.

Effectivement, j’ai toujours trouvé mes idées dans la déconstruction et le questionnement du processus, des éléments visuels et des conventions de la 3D. J’ai pu ainsi voir comment ils se comportent et résistent à mon désir de distorsion.

Cependant, je dois reconnaître mon… immense… incapacité à programmer et mon besoin de comprendre ce que j’écris dans ce langage de programmation. Mon code doit donc rester très élémentaire, très simple ; aucun mystère ne doit s’y cacher. Cela prolonge l’idée que la complexité du code ne peut engendrer/expliquer l’art par ordinateur. Au cas où « de l’art » puisse sortir de ce processus de création, c’est ailleurs qu’il devra loger. Cela signifie aussi que les difficultés de programmations me font souffrir. Mais cette situation ambivalente est finalement très importante, car nombre de mes idées viennent de mes erreurs, ou de ma mauvaise façon d’écrire les commandes. » Anne-Sarah Le Meur

Biographie

Anne-Sarah Le Meur utilise depuis une vingtaine d’années l’ordinateur et le langage informatique pour créer ses images. Les nombres, les itérations et boucles, qu’elle mélange et malaxe, modulent les formes, les couleurs, les rythmes comme elle ne pourrait sans doute pas le faire sans eux. Tout en revendiquant un héritage pictural, Anne-Sarah Le Meur cherche les limites de l’image de synthèse (l’image 3D peut-elle être plane plutôt qu’ostensiblement tridimensionnelle ? Que produit l’effet graphique du maillage filaire ? Existe t-il le degré zéro de l’image 3D ? Les phénomènes lumineux de l’espace virtuel peuvent-ils différer de ceux de notre espace concret ? … Le corps de l’artiste influence-t-il encore la création lorsque celle-ci s’enracine dans l’informatique ?). Emerge ainsi un monde imaginaire, abstrait certes, mais vivant, grouillant, étrangement organique, quasi-sensuel.

Ses images adoptent diverses formes, fixes ou animées, enregistrées ou génératives, tirages photographiques ou projetées en performance. Sa dernière réalisation, Outre-ronde, propose au spectateur d’interagir avec l’image, par le regard, dans un écran cylindrique de 3.5 mètres de diamètre. ! Après avoir étudié l’image 3D artistique à l’Université Paris 8, Anne-Sarah Le Meur enseigne les pratiques numériques à l’Université Bauhaus-Weimar puis à l’Université Paris 1. Son activité de chercheuse se partage entre l’enseignement, la création et l’écriture d’articles, la participation à des colloques et à des festivals.


Pontus Carle

Pontus Carle

Lorsqu’on évoque le Big-Bang, on pense immédiatement à la gigantesque explosion synonyme de la naissance de l’univers. A priori, on n’était pas là pour y assister. De toute façon qu’aurions-nous pu voir de ce phénoménal éclatement…?

Car le problème avec les explosions – et on peut se référer là à d’autres manifestations plus communes et connues – c´est qu’il y a toujours un temps très bref qui nous échappe. On connaît l’état d’un réel avant la déflagration. On en découvre un autre après. Mais entre les deux, c’est un peu le trou noir. Apparemment, Pontus Carle n’assistait pas non plus au Big-Bang. Et il n’est pas particulièrement un spectateur abonné et assidu des explosions. Sauf d’une seule celle qui est à l’origine du phénomène de la création plastique qui, pour lui, procède nécessairement aussi d’un choc avec souffle et éclat. L’explosion donc et plus précisément dans sa phase active : au moment du mouvement, à l’instant de passage d’un état à un autre.

Tel est l’enjeu de son pari : saisir au vol, c’est le cas de le dire, les éléments en leurs métamorphoses, pointer du pinceau les particules affolées, dessiner les trajectoires tendues de l’éclatement et suspendre le tout hors du temps et de l’espace.

Rien d’étonnant alors à ce que, devant ses toiles, on éprouve l’impression première d’un indescriptible chaos. Et puis, rapidement, face à ce branle-bas général, des formes désarticulées commencent à se révéler – ici une roue, ailleurs une échelle – pour se désagréger aussitôt, au moment même où elles entraient dans le champ de possibles identifications. A l’image aussi de ses signes, soudainement veufs, qui fusent vers l’illisible alors qu’on s’apprêtait à en faire lecture.

Car toute la force de Pontus Carle est là : dans cette formidable capacité de fixer, sans se tromper de seconde, l’état furtif où les choses ne sont plus ce qu’elles étaient et ne sont pas encore ce qu’elles vont être, de leur conjuguer un présent impossible, composé d’un impératif de retenue, d´un futur entrevu et d’un passé, encore chargé de l’image initiale, tel qu’il peut, par exemple, se révéler dans les effets de persistance rétinienne.

Sa méthode même de travail témoigne de cette attention et de cette tension, qui le voit tout d’abord condenser simplement les éléments, matières, couleurs, au centre de la toile, pour les détruire ensuite avec une violence parfaitement maîtrisée et les reconstruire enfin partiellement, juste au point précis. Sans jamais perdre de vue le noyau : l’interrogation du monde et de la peinture. Henri-François Debailleux Préface du catalogue édité à l’occasion de l’exposition de Pontus Carle à la Galerie Maec Espinosa, 1991

Biographie/Biography

Pontus Carle est né en Suède en 1955. Il arrive en France avec sa famille à l’age de 4 ans et grandit à Paris. Entre 1973 et 1976 il apprends la gravure à l’Academie Goetz à Paris et poursuit ses études aux Beaux Arts de Paris, lithographie et peinture. Il part pendant une année en Suède pour perfectionner sa technique de gravure et de lithographie (Forum, Malmö)

Vit a New York de 1980 a 1989, ou il commence a exposer a partir de 1985. Depuis 1991, Pontus Carle vit entre Paris et Berlin. Il expose régulièrement en Europe et aux Etats Unis, et il est représenté dans nombreuses collections officielles et particulières dans le monde entier.

Pontus Carle was born in Sweden in 1955. He grew up in Paris where he arrived at the age of four with his family 1973-76: Learns etching at the academie Henri Goetz in Paris. He pursues his studies at the Beaux Arts in Paris, lithography and painting. Follows one year of study in Malmö, Sweden, etching and lithography. Lives in New York between 1980 and 1989, where he starts exhibiting his work since 1985. Since 1991, Pontus Carle lives and works in Paris and Berlin. He exhibits his work in Europe and United States, and is represented in numerous museums and private collections over the world.

  • Du 5 Janvier au 11 Février 2012

Galerie Charlot

 

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