L’exposition « Le Cosmos russe » se déroule dans le cadre de l’Année de la langue et de la culture italienne en Russie et de la langue et de la culture russe en Italie ainsi qu’à l’occasion du 50-e anniversaire du vol du premier homme dans l’espace. Elle est centrée autour de l’analyse des liens entre l’idée de « cosmisme », lancée par les philosophes, scientifiques et artistes russes du début du XXe siècle et l’art russe contemporain.
L’énormité du territoire, les dures conditions climatiques et un penchant naturel pour la rêverie du peuple russe ainsi que sa foi en un paradis proche – telles furent les prémices de la génèse en Russie de l’idée de cosmisme et du rêve de la conquête de l’espace.
C’est le philosophe orthodoxe Nikolaï Fedorov (1829-1903) qui est à la source de la doctrine du cosmisme. Sa doctrine se fonde sur la thèse que tous les habitants de la Terre doivent s’unir dans un travail scientifique et pratique commun au nom de la résurrection physique des ancêtres précédemment décédés pour ensuite se répandre – les ressuscités avec les vivants - dans l’espace cosmique. Les idées philosophiques de Fédorov sont reprises et développées par son élève, le grand scientifique russe Constantin Tsiolkovski (1857-1935), qui pose les bases scientifiques de l’ère cosmique à venir et développe parallèlement l’idée de la transfiguration rayonnante des hommes qui doit les rendre immortels et leur permettre de voyager éternellement à travers les espaces cosmiques.
Les idées du futur ont toujours prédominé en Russie sur celles du présent. Au début du XX siècle elles sont une source d’inspiration pour les écrivains et les artistes de l’avant-garde russe : le poète Velimir Khlebnikov, les artistes Casimir Malévitch, Alexandre Rodtchenko, Vladimir Tatline, Ilia Tchachnik, Vladimir Sterligov, Nikolai Souétine, Vassili Tchekryguine et d’autres. Ainsi Vassili Tchekryguine crée en 1922 un cycle au titre de « La résurrection » consacré spécialement aux idées de Fédorov. L’esthétique de l’avant-garde russe est en somme la tentative d’incarner visuellement l’idée d’un mouvement vers un avenir radieux provenant moins d’une transformation du réel que de la conquête des espaces cosmiques infinis.
Ces utopies ont trouvé leur matérialisation dans les développements technologiques du constructeur russe Serguei Korolev (1906/1907-1966) qui rendirent possible le lancement du premier satellite artificiel et du premier homme dans l’espace. Après la révolution d’octobre 1917 le nouveau pouvoir soviétique soutient activement l’avant-garde russe et la science, inspirée par les idées de la transformation de l’avenir. Cependant le régime ytotalitaire qui s’est installé dès les années 1930 est entré en confrontation avec les idées avantgardistes. A une époque où le socialisme réaliste est imposé par les autorités et les scientifiques, dont Korolev lui-même, se voient poursuivis, les artistes de l’avant-garde russe n’ont rien à faire. L’Union Soviétique d’après guerre, pays victorieux mais technologiquement très en retard du monde en développement se reprend, fait revenir les scientifiques des goulags à la recherche et fait renaître l’idée de la conquête de l’espace qui devient un mythe non seulement technologique mais aussi idéologique. En 1957 ce myrthe se matérialise : l’URSS lance le premier satellite artificiel dans l’espace. En 1961 la nouvelle du lancement du premier homme dans l’espace l’Union Soviétique et le monde entier frappe l’Union Soviétique et le monde entier.
Le projet « Le cosmos russe » réunit dans un seul espace d’exposition les travaux des artistes de l’avant-garde russe et des scientifiques comme Constantin Tsiolkovski avec les travaux des artistes russes à partir du dégel de l’époque de Khrouchtchev (1956) jusqu’à ceux d’aujourd’hui. La série de Francisco Infante « Projet de reconstruction du ciel étoilé » (1965-1967) montre que la génération des peintres d’après-guerre a une nouvelle vision des idées de l’avant-garde russe dont ils étaient coupés pendant tout le temps des interdits. D’une part ils utilisent le système plastique de l’avant-garde russe, d’autre part ils revoient complétement l’idée même de la transformation du monde, y compris dans son rapport avec le Peojet de son perfectionnement total. Il s’agit de la réflexion post-totalitaire de cette génération correspondant à la critique khrouchthcevienne des idées totalitaires de Staline. L’oeuvre de Francisco Infante représente le dualisme romantique et ironique à la fois de son attitude envers les idées suprématistes des artistes du début du XX siècles qui ont travaillé avant lui.
Le cosmisme est le seul des mythes soviétiques activement imposé en Union Soviétique dès le milieu des années 1920 qui n’a toujours rien perdu de sa force énergétique. C’est ce mythe avec son aspect héroïque qui forme les idéaux d’héroïsme de plusieurs générations d’enfants soviétiques. Pendant plusieurs décennies les aires de jeux dans les cours soviétiques sont aménagées avec des fusées et autres attributs cosmiques qui stimulent le rêve enfantin d’être plus tard cosmonaute. Le jeune photographe Ivan Mikhailov montre ces rêves romantiques dans sa série « L’aire de jeux » (2010) ! Les gourous de l’art contemporain russe et international, Ilia et Emilia Kabakov, crée leur version deu mythe cosmique – la série « Le centre d’énergie cosmique » (2003). Cette oeuvre semble dialoguer directement avec les dessins de Constantin Tsiolkovski , son « Album des voyages cosmiques » (1933), réalisés pour le film culte « Le vol cosmique » (1935) qui fut une source d’inspiration non seulement pour de nombreux Soviétiqeus mais aussi pour Koubrik et Lucas. Ces dessins de Tsiolkovski, sa maquette d’un dirigeable ainsi que la cheminée « pour écouter la musique des sphères » de sa petite maison près de Kalouga où le savant a vécu toute sa vie sont pour la première fois présentés au public. Les oeuvres de Constantin Batynkov de sa série « Le cosmos » (2011) poursuivent le dialogue avec les idées de Fedorov sur l’aménagement des colonies humaines dans l’espace.
Le mythe du cosmos a survécu à l’époque de l’écroulement total des myhes soviétiques survenu au moment de la péréstrïka gorbatchévienne à la fin des années 1980. Il devient une source d’inspiration pour les nouveaux artistes de Saint-Petersbourg : Timour Novikov, du groupe « ASSA » (Timour Novikov, Gueorgui Ostretsov, Ivan Sotnikov, Oleg Kotelnikov), ainsi que pour Andrei Krissanov, Ilia Kitoup, Igor Véritchev (du groupe « Les nouveaux compositeurs »), Dmitri Goutov et d’autres. Après la chute de l’Union Soviétique en 1991 le mythe cosmique sort indemne de l’épreuve. Sous une forme d’interprétation romantique ou ironique il continue à se développer encore aujourd’hui dans les travaux de Serguei Choutov, du groupe « Les nez bleus », de Margo Trouchina et d’autres.
Aujourd’hui – époque de la démythologisation totale – le mythe cosmique est une source d’énergie vitale et permet d’espérer que nous sortirons de la crise globale dans laquelle le monde s’est trouvé plongé.
- du 16 décembre au 20 février
- Commissaire d’exposition : Olga Sviblova
- Commissaire adjoint : Youri Avakoumov
- Consultante : Olessia Tourkina
CASTELLO DI RIVOLI MUSEUM d’ARTE CONTEMPORANEA
Piazza Mafalda di Savoia 10098 Rivoli (Torino)

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