
Spectacles, concerts, débats, expositions… Rhône-Alpes célèbrera tout au long de l’année les 300 ans de Jean-Jacques Rousseau grâce à des centaines d’évènements. Jean-Jacques Rousseau appartient à l’Histoire de Rhône-Alpes. Le parcours de cet écrivain, penseur, philosophe, écrivain, musicien, est en effet étroitement lié avec ce territoire. Il y a eu trois temps, dans la vie de Rousseau (né à Genève le 28 juin 1712), qui lui ont fait traverser l’immense territoire rhônalpin, et pendant lesquels il y a vécu :
De 1722 à 1724 : Il est en pension, avec son cousin, chez le Pasteur Lambercier, à Bossey, (actuellement en Haute Savoie, au pied du Salève).
De 1728 à 1742 : c’est sa jeunesse, l’âge de l’insouciance, de la légèreté et du bonheur. C’est la période où il voyage beaucoup, très souvent à pied. Ce n’est pas la période de l’écriture mais celle où il constitue son « magasin d’idées ».
De 1768 à 1770 : c’est l’âge de la vieillesse, de la souffrance et du malheur. Interdit de séjour en France, exilé, chassé de tous les refuges qu’il a trouvés en Suisse après un séjour malheureux en Angleterre, il reviendra sur les traces de sa jeunesse, principalement à Lyon et dans le Dauphiné, pour tenter de trouver où vivre enfin. Il ne s’agit plus pour lui de marcher, mais de s’installer, de se( re)poser dans un lieu qui lui apportera consolation et quiétude. Quête perdue et sans doute d’avance. C’est finalement à Paris puis à Ermenonville (Oise) qu’il finira ses jours.
Il fuit la ville de Genève en mars 1728 (il a 16 ans) et, après un passage à Confignon, vient à Annecy pour rencontrer Mme de Warens qu’on lui a présenté comme pouvant le recueillir. Cette rencontre va orienter sa vie future. Elle va effectivement le prendre sous sa protection mais l’envoie à Turin abjurer sa foi protestante et adopter celle des catholiques, par le baptême notamment. Jean-Jacques Rousseau se rend à pied à Turin, en avril 1728, en passant par le Mont-Cenis. Il restera quelques mois en Italie et reviendra à Annecy en juin 1729, accueilli par Mme de Warens qui l’hébergera. En février 1730, toujours léger et insouciant, il partira à l’aventure jusqu’à Lyon, en passant par Seyssel et Belley. Petite escapade délicieusement racontée dans les Confessions.
De retour à Annecy, plus de Mme de Warens, partie pour une destination inconnue. Déconcerté, il envisage de partir à son tour pour de nouvelles aventures, ce qu’il fera en juillet 1730. Avant son grand départ, il fait, le 1er juillet, une excursion pédestre à Thônes, où il rencontre deux jeunes filles avec lesquelles il partage, dans une maison du hameau de Glapigny, un déjeuner champêtre resté célèbre dans les annales rousseauistes (l’idylle des cerises). La maison existe toujours et vient d’être achetée par la commune de Thônes dans un souci de préservation du patrimoine.
Après une déambulation très longue puisqu’elle durera plus d’un an et passera par Paris, il décide de retrouver Mme de Warens, qui vient de réapparaître et s’est installée à Chambéry. De Paris, il passera par le Forez et les bords du Lignon, sur les traces de « l’Astrée » d’Honoré d’Urfé, son roman de prédilection, passera une nuit à Lyon à la belle étoile (qu’il raconte avec truculence dans les Confessions) puis gagnera Chambéry par les Echelles, Chailles, la Cascade de Coux. Ces lieux, sur les contreforts du massif de la Chartreuse, sont un véritable pèlerinage pour qui veut marcher sur les traces de Rousseau.
En septembre 1737, se croyant atteint d’un polype au coeur et sur les conseils de Mme de Warens, il décide d’aller consulter à Montpellier. Après un passage au Monastère de la Grande Chartreuse et une nuit à Grenoble (où il ira, au théâtre, voir une pièce de Voltaire, qui, dit-il plus tard, lui arrachera des larmes d’émotion !), il part en passant par Moirans. Il y rencontrera une certaine Mme de Larnage qui, revenant d’un mariage, retourne dans son lieu de résidence, à Bourg- Saint-Andéol. Au cours d’un parcours qui les fait passer par St Marcellin et Romans, ils entament une liaison qui trouvera sa conclusion, apparemment inoubliable, à Valence, à l’auberge St Jacques. Mme de Warens en sera presque oubliée… Ils se quittent à Pont Saint-Esprit après s’être promis des retrouvailles à Bourg-Saint-Andéol, lorsque Rousseau remontera de Montpellier. Rousseau n’ira jamais à Bourg-Saint-Andéol, ni en Ardèche mais, à défaut d’avoir marché sur les terres ardéchoises, il en aura rêvé…
De retour à Chambéry, en février 1738, il a été remplacé dans le coeur de Mme de Warens et vivra une sorte de couple à trois qui ne lui convient pas vraiment…
Cette dernière période, qui va jusqu’en 1742, il la partagera entre de longues périodes de solitude aux Charmettes et, en 1740 et 1741, une installation à Lyon (à Bellecour), où il travaille comme précepteur pour le seigneur de Mably. Après de nombreux allers et retours entre Lyon et les Charmettes, il quittera définitivement cette région pour aller s’installer à Paris. Fin de la première partie.
Entre 1742 et 1768, il repassera une fois par Lyon et Chambéry, au moment de son départ pour l’Ambassade de Venise et, en 1764, alors qu’il vit à Môtiers, il traversera le lac Léman pour un très bref séjour à Thonon-les-bains. Comme on a pu l’écrire plus haut, il reviendra bien plus tard ; cette fois, c’est un vieil homme (en 1768, il a 56 ans). En rupture de ban, interdit en France, exilé, solitaire puisque ayant rompu ses liens avec les philosophes de l’Encyclopédie, en conflit avec Voltaire, c’est un homme malade, malheureux, en soupçon d’un complot visant à lui nuire, qui, après avoir échoué à s’installer en Suisse, puis en Angleterre, revient du côté des terres rhônalpines (terme anachronique bien entendu…) pour y trouver refuge. Il vit, à cette époque, sous une fausse identité : Monsieur Renou. En juin 1768, donc, il arrive à Lyon dans l’objectif de s’y installer. Il y retrouve Mme Boy de La Tour, une amie qui vit dans le village de Roche-Cardon (actuellement St Didier au Mont d’Or), où il ira régulièrement herboriser.
En juillet 1768, il part herboriser dans le Massif de la Grande Chartreuse, mais, fatigué par ses compagnons en botanique dont il n’apprécie pas, semble-t-il, la présence continuelle, il descend à Grenoble par la route du Sappey en Chartreuse. Accueilli par l’avocat Gaspard Bovier, il restera un mois à Grenoble, à la recherche d’une maison, et logera rue des vieux Jésuites (actuellement rue Jean-Jacques Rousseau et, par grande coïncidence, à deux pas de ce qui sera, quelques années plus tard, la maison natale de Stendhal).
Pendant ce mois, il va arpenter les environs de Grenoble (la vallée du Grésivaudan, Eybens, Tavernolles, Herbeys, les Angonnes, Seyssinet, Seyssins, Pont de Claix, Fontaine…). Le récit de ce séjour a été fait par Gaspard Bovier luimême, bien des années plus tard, lequel, écorché au passage par Rousseau dans la septième des Rêveries du promeneur solitaire, règle, dans ce journal de Gaspard Bovier ses comptes. Le livre, après avoir été édité en 1964 par les Editions Roissard, va l’être à nouveau par les PUG, en 2011.
Malheureux, toujours soupçonneux, échouant dans sa tentative de trouver une maison propice à la sérénité et la quiétude, Rousseau fuit Grenoble en août 1768. Il s’installe à Bourgoin où il « épouse » Thérèse le Vasseur, puis dans le petit village de Maubec, à quelques kilomètres, dans la ferme de Monquin. Ce lieu, éminemment patrimonial, est bien moins connu que les Charmettes et pourtant essentiel : il y achèvera l’écriture des Confessions.
C’est au cours de ce séjour à Monquin que se situe la fameuse expédition au Pilat, en août 1769 : un désastre pour Rousseau qui maudira tout à la fois, le temps, ses compagnons, la perte de son chien…Et pourtant, aujourd’hui, le PNR a inscrit durablement le sentier Jean-Jacques Rousseau dans ses parcours nature et culture, et l’auberge de la Jasserie, telle une « auberge Napoléon », a fait du philosophe un atout patrimonial pour développer son site touristique (qui et quoiqu’il en soit mérite largement le détour).
Il quittera Monquin en avril 1770, vivra encore à Lyon, place de la Comédie, jusqu’en juin 1770. Il décide alors de retourner vivre à Paris, contre vents et marées, et ne reviendra plus jamais. Il mourra à Ermenonville en juillet 1778. Il exerce, dans les descriptions qu’il fera plus tard de ce parcours, son goût pour les paysages escarpés, symboles de solitude et de nature sauvage. A cette époque déjà, il instaure avec la nature une intimité qui lui offre une véritable récréation du coeur et des yeux ; il saura décrire les paysages de façon tout à la fois lyrique et poétique. En octobre 1731, il arrive à Chambéry où il restera jusqu’en 1742. Avec des intermèdes toutefois : à Besançon, à Cluses (en 1733), à Lyon (en 1735)… Avant tout, celui des Charmettes, petite maison louée par Mme de Warens, en dehors de la bourgade de Chambéry.
Il a également sillonné la région, en marcheur infatigable. Les traces et les lieux patrimoniaux sont là pour témoigner de l’inspiration qu’il y a trouvée ; ses paysages, ses montagnes, ses torrents, ses campagnes et ses villes traversent l’œuvre de Rousseau. Bossey, Annecy, Thônes, le lac Léman, Chambéry et les Charmettes (haut lieu rousseauiste), Bourgoin-Jallieu, la ferme de Monquin à Maubec où il acheva la rédaction de ses Confessions, Valence, Lyon, Le Massif du Pilat, celui de la Grande Chartreuse…
Rousseau est un penseur aux horizons vastes et aux centres d’intérêt multiples : philosophie, politique, littérature, musique, éducation, nature, écologie, étude de l’Homme… La richesse et la diversité de Rhône-Alpes rencontrent à bien des égards les thèmes de Rousseau et permettent d’envisager un grand projet, transversal et collectif, mobilisant des secteurs aussi divers que la culture, l’université, l’éducation, l’environnement, le tourisme…
Témoin précieux de son temps, Rousseau est d’une grande modernité, d’une grande actualité dans les questionnements qui traversent son oeuvre : égalité, liberté, respect de la nature… autant de thèmes qui sont au coeur des débats d’aujourd’hui.
En témoignent ces quelques citations, extraites de son oeuvre, d’une troublante modernité :
- « L’homme est né libre, et partout il est dans les fers. » – Du Contrat social.
- « Pour être soi-même et toujours un, il faut agir comme on parle.» – Émile ou de l’éducation
- « On a tout avec l’argent, hormis des coeurs et des bons citoyens. » – Discours sur les Sciences et les Arts
- « Les plus sublimes vertus sont négatives. Ne jamais faire de mal à personne est mieux que faire du bien. » – Émile ou de l’éducation
- « La jeunesse est le temps d’étudier la sagesse ; la vieillesse est le temps de la pratiquer. » – Rêveries du promeneur solitaire
- « Jamais la nature ne nous trompe ; c’est toujours nous qui nous trompons. » – Émile ou de l’éducation
- « Tout homme est utile à l’humanité par cela seul qu’il existe. » – Julie ou la Nouvelle Héloïse
- « Le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours maître s’il ne transforme sa force en droit et l’obéissance en devoir. » – Du Contrat social
- « On a fait l’amour aveugle parce qu’il a de meilleurs yeux que nous. » – Émile ou de l’éducation
À bien des égards, Rousseau a été visionnaire. À travers l’immense étendue et la diversité des thèmes qu’il a explorés et questionnés, il a posé les jalons de notre histoire collective et trouve sa place au coeur de notre société contemporaine, traversée par bien des crises et des soubresauts qu’il avait pressentis, en un moment où tout nous oblige à repenser le lien social, le vivre ensemble.
Haï ou adulé, son influence a été multiple : Stendhal, Georges Sand, Freud, Claude Lévi-Strauss… Aujourd’hui encore et plus que jamais, Rousseau est au coeur de bien des débats, preuve de sa modernité.
Le 28 juin, pique-niques républicains :
Le 28 juin, des pique-niques républicains organisés partout en Rhône-Alpes La date la plus importante, la plus symbolique est certainement celle du 28 juin, anniversaire de Rousseau. Pour célébrer ses 300 ans, des pique-niques républicains seront organisés, sur le modèle des rassemblements populaires, thème cher à Rousseau.
Cette journée sera ouverte à tous, sur l’ensemble du territoire rhônalpin. Son principe : partager un moment de convivialité, autour du philosophe. Dans plus de 35 villes et communes de Rhône-Alpes, auront lieu des « veillées Rousseau », pendant lesquelles des extraits de ses oeuvres seront lus par des comédiens et lecteurs amateurs, en partenariat avec l’École Nationale Supérieure des Arts et Techniques du Théâtre (ENSATT).
Le 28 juin 2012, partout en Rhône-Alpes, les comédiens liront, à la même heure, les mêmes textes extraits de l’oeuvre de Rousseau. Le public rassemblé pourra, à son gré, aller et venir entre le lieu du pique-nique et celui des lectures, mêlant la réflexion sensible au plaisir de la convivialité.
Des pique-niques sont organisés à: Ambérieu-en-Bugey, Bourg-en-Bresse, Civrieux, Massieux, Oyonnax (01), Thueyts (07), Valence (26), Annecy, Annemasse, Thônes (74), Barraux, Bourgoin-Jallieu/Maubec, Grenoble, Montalieu-Vercieu, Sainte-Marie-du-Mont, Voiron (38), Marcoux, le PNR du Pilat, Saint-Étienne (42), Brindas, La Mulatière, Lyon, Saint-Didier au Mont d’Or (69), Aix-les-Bains, Chambéry (73)
Carte touristique Routes et sentiers Rousseau en Rhône-Alpes, destinée à valoriser de façon pérenne le patrimoine touristique rousseauiste en proposant des itinéraires à travers tous les lieux régionaux de mémoire ayant trait au philosophe.
S’ajoutent autour de cette carte :
- une application smartphone qui recense tous les évènements de l’année Rousseau en Rhône- Alpes et des informations pratiques (restaurants, hébergements…)
- des films courts sur les traces de Rousseau, diffusés sur Rhône-Alpes TV Culture
- Retrouvez toute l’actualité de Rousseau 2012 sur www.rousseau2012.rhonealpes.fr
- 3e édition au coeur des Alpilles du Festival a-part 2012
- Le Prix Françoise Sagan sera remis cette année à l'Hôtel Lutetia
- Du 6 juillet au 18 novembre, le Fort de Bard accueille une exposition inédite de Alberto Giacometti
- Barbara Bui s’habille en Olin "Absolute White"
- Le monde de l’Autographe, du 30 mai au 9 juin, au cœur de Saint-Germain des Prés













