
Vitrine©Didier Plowy MCC
Le 26 janvier, Frédéric Mitterrand a inauguré l’exposition « Le Ministère est au parfum» présentée dans les vitrines du ministère de la Culture et de la Communication, au Palais-Royal, et consacrée aux créateurs de parfums.
Des parfums d’anthologie. Le ministère de la Culture et de la Communication rend hommage au savoir-faire des parfumeurs en exposant, dans ses vitrines du Palais-Royal quelques-uns des plus beaux flacons et des plus belles fragrances de toute l’histoire de la parfumerie. Dans l’une de ces vitrines, c’est toute une paillasse de parfumeur qui a pu être reconstituée. Par ailleurs, un ingénieux système permet aux visiteurs qui s’approchent des vitrines de respirer quatre parfums d’anthologie tout spécialement recréés pour l’exposition : Eau de Cologne Napoléon (1820), Moment suprême, Patou (1931), La Rose Jacqueminot, Coty (1904), Un Air Embaumé, Rigaud (1912).
Du 23 janvier au 18 mars 2012 des parfumeurs-compositeurs, intégrés ou indépendants, d’hier et d’aujourd’hui, trop souvent méconnus du grand public, sont mis à l’honneur.
Annick Le Guérer, historienne du parfum, et commissaire de cette exposition, s’est attachée à mettre en scène les grandes familles de parfums et présente le savoir-faire de ces créateurs qui ont marqué notre histoire et notre mémoire, à l’exemple de la fragrance créée par Jean-Louis Fargeon pour Marie-Antoinette, ou celle que Brigitte Bardot portait dans ses cheveux.
L’exposition parle également du rôle de la révolution de la synthèse dans l’enrichissement et le perfectionnement de ce patrimoine culturel, avec la création notamment de deux nouvelles catégories de parfums: « les gourmands », et « les aquatiques ».
Par ailleurs, elle met en valeur l’Osmothèque de Versailles, unique conservatoire au monde à rassembler des senteurs déjà existantes et à faire renaître de grands classiques, dans la perpétuation de ce patrimoine culturel.
La révolution de la synthèse
Avec l’essor de la chimie organique, la fin du XIXe siècle marque un tournant décisif. Le parfum se libère de ses origines naturelles en associant des odeurs artificielles aux matières odorantes traditionnelles et en développant des fragrances inédites.
À la même époque, l’écrivain Huysmans célèbre dans son roman À Rebours l’avènement du parfumeur moderne qui se risque à s’écarter des sentiers battus et devient ainsi un véritable créateur : « L’artiste qui oserait emprunter à la seule nature ses éléments ne produirait qu’une oeuvre bâtarde, sans vérité, sans style… dans la parfumerie, l’artiste achève l’odeur initiale de la nature dont il taille la senteur, et il la montre ainsi qu’un joaillier épure l’eau d’une pierre et la fait valoir ».
Le principe odorant de la fève Tonka, la coumarine, est obtenu par voie synthétique, en 1868, par le chimiste William Henry Perkin. Ce produit évoquant l’odeur douce du foin coupé, encore très utilisé aujourd’hui, entrera, pour la première fois, en 1882, dans la fameuse Fougère Royale créée par Paul Parquet pour Houbigant.
En 1874, Tiemann et Reimer, fabriquent industriellement le principe olfactif de la gousse de vanille, la vanilline. Aimé Guerlain s’en servira une quinzaine d’années après pour créer le toujours célèbre Jicky.
Ernest Beaux
Né à Moscou, le 8 décembre 1881, de père français, Ernest Beaux appartient à cette génération de parfumeurs qui va savoir tirer parti de la révolution de la synthèse. En 1898, date de son entrée dans la parfumerie, tout l’art consistait encore essentiellement à préparer et à mélanger un nombre assez restreint de produits. « Jusqu’à la création industrielle de la vanilline, de l’héliotropine, de la coumarine, du musc de Baur… les formules étaient très simples et paraîtraient à un parfumeur d’aujourd’hui naïves et surtout peu variées. L’on y voyait revenir : rose, géranium, bois de rose, patchouli, girofle, bergamote, citron, néroli, petitgrain, lavande, etc. ». En 1898, il est engagé chez Rallet, une importante société française de parfumerie installée en Russie qui possède les méthodes et les matériels de fabrication les plus modernes et fournit les tsars, les grandes cours d’Europe et exporte aux confins de l’Asie occidentale et orientale l’Eau de Cologne Russe, conditionnée dans un flacon à vodka. C’est par l’intermédiaire du grand duc Dimitri Pavlovitch, cousin germain du tsar Nicolas II, que Gabrielle Chanel le rencontre.
Ce n’est qu’en 1924 qu’il entre chez Chanel. Il deviendra le directeur technique des parfums de la Maison qui lui doit outre le N°5, d’autres créations célèbres comme le N°22 (1922), Cuir de Russie (1924), Gardénia (1925), Bois des Iles (1926).
Au début du XXe siècle, le chimiste Darzens met au point de nouvelles molécules odorantes longtemps inexploitées par les parfumeurs à cause de leur violence et de leur manque de stabilité : les aldéhydes. En 1912, Robert Bienaimé, l’assistant de Paul Parquet les utilise en petite quantité dans Quelques Fleurs d’Houbigant. Mais c’est Ernest Beaux qui prendra le risque d’y faire pleinement appel dans le N°5 de Chanel, paru en 1921. Une réussite qui a donné naissance à toute une lignée de créations.
L’Osmothèque de Versailles
Conservatoire des parfums unique au monde, cette banque de données olfactives sans équivalent permet d’appréhender le travail des créateurs et l’univers des fragrances. C’est en 1987 que l’aventure commence lorsque Jean Kerléo reconstitue le fameux Crêpe De Chine de Millot, créé en 1925 par Jean Desprez. L’Osmothèque est fondée en 1990 avec un groupe de compositeurs convaincus de l’intérêt de sauver de l’oubli les anciens chefs-d’oeuvre.
L’entreprise bénéficie du soutien de trois cofondateurs : l’ex- Comité français du Parfum, la Chambre de Commerce et de l’Industrie de Versailles et la Société Française des Parfumeurs qui a pour but de promouvoir la qualité du parfum français et de mettre en valeur la créativité des compositeurs. L’Osmothèque (du grec osme = odeur et theke = rangement) a pour vocation non seulement de recenser et rassembler les senteurs existantes ou à venir mais aussi de retrouver la trace des grands classiques et de les faire renaître. Elle est présidée depuis 2009 par le parfumeurcompositeur Patricia de Nicolaï qui ambitionne d’en faire une « Maison de la culture du parfum ».
- Commissariat scientifique : Annick Le Guérer
Scénographie : Arielle Picaud, Garde-Temps
Direction technique : Michel Le Louarn
Dessins réalisés par Gwénaëlle Deredec-Sasaki
Vitrines du ministère de la Culture et de la Communication,péristyle et galerie de Valois, Paris 1er
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