Qu’évoque la Patagonie ? Un territoire du bout du monde aux contours flous, le mythe des géants patagons, des animaux fabuleux survivants de la préhistoire.
Le terme « Patagonie » prend son origine dans une construction imaginaire romanesque, que l’on peut dater du XVIe siècle. Elle a suscité depuis de nombreuses représentations visuelles et interprétations notamment dans les textes et légendes qui se sont mélangées les unes aux autres et enrichies au fil du temps.
L’exposition PATAGONIE, Images du bout du monde, présente cette diversité de représentations, de récits et de mythes attachés à la pointe australe du continent américain. Elle aborde ces territoires du bout du monde selon une géographie de la fiction mettant en perspective représentations imaginaires et réalité tangible. Poursuivant un fil chronologique, l’exposition propose au visiteur ce va et vient entre le réel et la fiction, à travers photographies anciennes et contemporaines, gravures et dessins sur 300 m² de la mezzanine Est du musée du quai Branly.
L’exposition invite à une déambulation visuelle et sonore, en partie chronologique, dans laquelle le visiteur se laisse porter par la magie du récit, alternant des évocations fantastiques et des retours à la réalité. Elle rassemble des oeuvres issues des collections du musée du quai Branly et de prêts provenant de collections françaises et allemandes.
Introduction
« Ces hommes vivent comme des animaux, ils sont très braves et farouches et mangent de la chair crue, produit de leur chasse dans les montagnes. Ils sont comme des sauvages et ne sont vêtus que des peaux des bêtes qu’ils tuent et ils sont si monstrueux que c’est merveille à voir. Mais ce n’est rien comparé à un homme qui vit maintenant parmi eux et qui s’appelle Patagon. Ils disent que ce Patagon fut engendré par un animal qui vit dans ces montagnes et qui est l’être le plus monstrueux qui soit au monde. Il est cependant très intelligent et aime beaucoup les femmes. Il a la figure comme un chien et de grandes oreilles qui lui arrivent aux épaules, des dents très grandes et très pointues qui lui sortent de la bouche recourbées et ses pieds ressemblent à ceux d’un cerf et il court si vite que personne ne peut le rejoindre » Libro Segundo de Primaleon, 1512
Afin de rappeler dès le début de l’exposition l’origine littéraire du mot Patagonie, le public est accueilli par des lectures de citations extraites du roman de Primaléon (1512) ou provenant du récit du navigateur Antonio Pigafetta. Le visiteur pénètre dans l’univers fantasmagorique de l’exposition avec une série de tirages du photographe argentin Hugo Aveta sur les immenses glaciers de Patagonie.
Du récit à l’image
Cette première partie de l’exposition plonge le visiteur dans un voyage à travers les représentations imaginaires de la Patagonie des XVIe et XVIIe siècles : le bout du monde où tout est possible…
Fictions cartographiques
Alors que les géographes s’interrogent sur l’existence d’un continent austral, la Terre de Feu apparaît comme une fin ou comme un début, le lieu des extrêmes. Les monstres fleurissent dans les blancs des cartes, participant de ce que le chercheur Frank Lestringant appelle la fiction cosmographique. « Regarder une carte est un art de l’espace : ce « voyage en esprit » permet même d’inventer la géographie réelle ».
Les images créées par les premiers illustrateurs sont réutilisées par leurs héritiers : on les retrouve dans des représentations d’auteurs et d’époques différentes, à peine modifiées.
Le cosmographe André Thevet (1516-1590) s’approprie le texte de Pigafetta sans se priver, pour plus de vraisemblance, de lui ajouter des détails de son cru.
Gyganstosléologie
Les géants décrits par Pigafetta connaissent une postérité certaine au long des XVIe et XVIIe siècles, étayée par la mention de géants dans la Bible. Leur existence est pourtant fermement contestée par plusieurs auteurs. Le récit de Byron en 1768 relance soudainement la popularité du géant pour un temps, avant qu’il ne soit définitivement relégué au rang de simple étrangeté anatomique, sans plus de lien avec la Patagonie.
Duplessis : Le voyage de Beauchesne en Terre de feu (1698-1701)
Entre 1698 et 1701, le capitaine de vaisseau Jacques Gouin de Beauchesne (1652-1730) conduit une expédition jusqu’au détroit de Magellan. Duplessis membre de l’équipage, rédige un journal très vivant, illustré de nombreuses aquarelles détaillant les côtes, la faune des lieux approchés, essentiellement poissons et oiseaux.
Il raconte également l’épisode de rencontre avec les « Sauvages du détroit de Magellan ». Il décrit de façon très précise et réaliste les échanges entre Européens et Indiens, dans un récit qui témoigne d’une réelle curiosité, sans prévention à l’égard des Indiens.
Le manuscrit de Duplessis, document rarement montré, est présenté accompagné d’un diaporama de pages de l’ouvrage.
Moins d’un siècle plus tard, Nicolas Restif de la Bretonne (1734-1806) situe l’action de sa fable utopique La découverte australe par un homme volant, ou Le dédale français en « Magapatagonie ». Il y invente une Patagonie totalement imaginaire : de l’autre côté du monde, elle est décrite comme une France inversée, dont la capitale s’appelle « Sirap » (« Paris » à l’envers).
Un album de gravures de Jacques Grasset Saint-Sauveur (1757-1810), illustre ce thème accompagné d’un diaporama de gravures de l’ouvrage de Restif de la Bretonne.
Toucher du doigt la réalité : explorations et relevés
Le 19e siècle voit s’étendre des explorations plus systématiques : la couverture géographique et ethnographique du monde s’étend et se précise. Le Voyage au Pôle sud et dans l’Océanie par Dumont D’Urville entre 1837 et 1840 traverse le détroit de Magellan. Comme leur homologue Duplessis, bien que de façon plus distanciée, les dessinateurs de marine vont s’efforcer de rendre fidèlement la physionomie des paysages et de leurs habitants par le dessin, puis la photographie. A la fin du siècle, la mission scientifique du cap Horn produit un enregistrement extensif de plusieurs aspects de la Terre de Feu.
A cette époque des pionniers occidentaux s’installent en Patagonie : ils établissent des frontières et tentent d’exploiter les ressources minières. A cette période, la vision des hommes de Patagonie se précise et devient plus réaliste. La Mission scientifique du cap Horn, qui s’installe longtemps en Terre de feu, établit des contacts privilégiés avec les Indiens qu’elle présente, à l’instar de Duplessis, comme des hommes et des femmes à part entière.
Des photographies réalisées par la Mission scientifique du cap Horn, ainsi qu’un manuscrit scientifique sont présentés au visiteur.
Si l’histoire des contacts entre Européens et Indiens de Terre de Feu voit des moments de rencontre, elle a aussi sa face sombre. La littérature s’est emparée du personnage bien réel de Juliu Popper en l’associant au processus génocidaire qui verra les Indiens rapidement éliminés de leurs territoires. Enfin les voyages transatlantiques ne furent pas le seul fait des Européens. C’est une toute autre gloire que celle de découvreurs qui fut réservée aux Indiens qui firent la traversée au XIXe siècle. En 1881, plusieurs Indiens Qawesqar et Yamana furent enlevés en Terre de Feu et exhibés dans plusieurs capitales européennes avant que leur état de santé n’impose leur rapatriement en Amérique du sud.
Martin Gusinde et la cérémonie du Hain
Entre 1918 et 1924, Martin Gusinde (1886-1969), prêtre et ethnologue, part en Terre de Feu. Formé à l’anthropologie au Chili, il consacre une grande partie de son temps à une étude extensive des populations qui peuplent le territoire. Il interroge, observe, photographie les Qawesqar et Yamana nomades des canaux, ainsi que les Selk’Nam de la Grande Île.
L’étude de Martin Gusinde se situe à un moment charnière, dans les débuts de l’anthropologie participante. Sa recherche, effectuée après les hécatombes de la fin 19e, témoigne d’une ethnographie de l’urgence.
Il est en outre l’un des premiers anthropologues à être initié sur son terrain, et l’un des rares à avoir pu observer la cérémonie du Hain, étudiée ensuite par l’anthropologue Anne Chapman (1922-2010). Ce rituel initiatique, qui peut se dérouler sur une année entière, est photographié par le missionnaire dans ses dernières manifestations.
Exposés pour la première fois, une quarantaine de tirages originaux sont visibles dans cette partie de l’exposition, et des photographies de Martin Gusinde sont projetées en grand format accompagnées de musique de cérémonie du Hain – rite d’initiation des jeune hommes Selk’nam – restituant l’atmosphère particulière et fantastique de ces rituels.
Représentations contemporaines
A l’heure actuelle, la Patagonie et ses mythes fascinent toujours, les artistes contemporains s’emparent du territoire, qu’ils revisitent eux aussi. L’exposition propose au visiteur de découvrir le regard de trois photographes sur la Patagonie :
Commissariat et scénographie
Commissaire d’exposition : Christine Barthe est responsable scientifique des collections photographiques au musée du quai Branly. Elle a été conseiller scientifique pour la photographie de l’exposition « D’un regard l’Autre » en 2006, commissaire des expositions « Le Yucatan est ailleurs. Expéditions photographiques (1857-1886) de Désiré Charnay » et « Camera obscura, premiers portraits au daguerréotype 1841-1851 » en 2007, et commissaire associée de PHOTOQUAI, biennale consacrée à la photographie non occidentale, en 2007, 2009 et 2011.
Conseiller scientifique : Peter Mason Diplômé de l’Université d’Oxford et d’Utrecht, Peter Mason a été consultant en art et anthropologie à la Fondación América de Santiago du Chili et pour l’atelier expérimental et l’exposition Cuerpos Pintados (Santiago, 2004). Il a beaucoup écrit sur les premières images européennes en Amérique et a été le coauteur de publications sur les peuples autochtones du Chili avec Christian Báez Allende et Carolina Odone.
Scénographie : Alexandra Plat et Christelle Lecoeur.
Ils sont peintres, sculpteurs, graveurs, photographes, musiciens, acteurs, vidéastes. Ils sont originaires des Etats-Unis, de Russie, de Taïwan, d’Uruguay, des Pays-Bas, de France …
Avec l’association «Artkara», ils investiront l’espace d’animation des Blancs Manteaux du 21 Février au 4 Mars 2012 pour interroger la notion de Temps.
Titre du projet : « Donner du temps au temps ».
Les philosophes et les scientifiques ont retourné le temps dans tous les sens, des artistes se proposent de le retourner à leur manière en se confrontant avec leurs idées et leurs savoirs.
Cet événement pluridisciplinaire est conçu pour établir un dialogue avec le public.
Au programme : création d’une œuvre monumentale éphémère, exposition des artistes, improvisations théâtrales, exposés scientifiques, vidéo interactive, créations sonores, débats…
Conférences, Tables rondes, Performances artistiques… deux semaines d’expériences et de rencontres !
Mardi 21 au Vendredi 24 Février
Une œuvre monumentale Sculpture Dessin, conçue spécialement pour ce lieu, sera réalisée par Masha S.Schmidt et Denis Tricot, conjuguant une double rencontre entre peinture et sculpture. Le public se trouvera au plus près de l’acte de création artistique. Denis Tricot utilisera ses matériaux, les lattes de peuplier assemblées en fils de bois, traçant des lignes et des courbes dans l’espace;. Masha S.Schmidt suspendra d’immenses papiers, rythmant la sculpture d’inserts dessinés à l’encre de Chine.
Mercredi 22 Février
Vendredi 24 Février
Samedi 25 Février
Dimanche 26 Février
Mardi 28 Février
Mercredi 29 Février
Jeudi 1er Mars
Vendredi 2 mars
Les artistes :
Espace d’animation des Blancs-Manteaux
Comme à son habitude, l’artiste met un point d’honneur à travailler autour d’une véritable réflexion, cette fois-ci liée à la question des traditions, du rite. «Paganisme» est une exploration au coeur de cultes imaginaires dédiés à d’étranges divinités, de rituels ésotériques, de vénérations absurdes.
Kashink cherche à questionner nos héritages culturels en proposant une vision transversale et universelle de la thématique de la spiritualité, du lien entre le corps et l’esprit. Son interrogation concerne surtout le côté charnel et organique du rite. Son travail s’articulera autour de plusieurs techniques pour nous présenter à la fois des céramiques, des sérigraphies, de la vidéo et aussi des toiles.
Bio :
Au cours des dernières années, Kashink expose lors du festival « RUE » au Grand Palais et participe plusieurs fois au festival de graffiti « Kosmopolite » à Bagnolet. Elle effectue une fresque rue de la Banque pour soutenir la cause des mal logés, expose ses toiles à Paris à la galerie l’Art de Rien et dans des lieux alternatifs (Les Frigos, le Théâtre de Verre, Le Lépoard, etc.).
Kashink expose également Londres dans le cadre du festival Ladyfest. Elle est aussi sollicitée pour décorer le bar mexicain « La Lucha Libre » à Paris, où au sous-sol un ring est installé pour les catcheurs débutants ou confirmés, et où elle a une exposition permanente. En 2009, elle est invitée en Espagne et en Autriche pour participer à des festivals de graffiti et participe à la Première Nuit du Street Art, place St Sulpice à Paris, où elle expose ses dernières oeuvres et réalise une performance de graffiti sur des toiles destinées à la vente chez ArtCurial.
Kashink participe ensuite à l’exposition collective StreetHeart organisée en partenariat avec le Tokyo Art Club (Palais de Tokyo), qui donnera lieu à une vente aux enchères en avril 2010 au profit d’Haïti.Ses projets se sont développés : des parutions dans les magazines « Vivre Paris », « Respect Magazine« , « Pop Corn » et « Rendez-Vous »ainsi qu’un portrait sur le site « Canal Street » présentent son travail. Elle participe à des expositions collectives : des sérigraphies en juin à la galerie Voskel, en juillet à la galerie La Friche.
Des produits dérivés de ses oeuvres, en série limitée, sont vendus au Musée Maillol à Paris, durant l’exposition consacrée aux vanités « C’est la vie ! ». Son premier solo show, « Mascalaveras », à la galerie All Over à Lyon, en septembre 2010, mêlant installations et toiles, a été un véritable succès et lui vaut la recon-naissance de critiques d’art contemporain. Elle effectue aussi des fresques pour la défense des droits des handicapés (« Défi’stival ») et pour la boutique Emmaüs au centre d’art contemporain le « 104 ». Le WIP de La Villette lui propose en octobre de réaliser une fresque pour le festival « Re-belles », au cours duquel elle participe à un débat à propos des femmes dans le graffiti, en compagnie d’autres artistes féminines ; elle donne une interview à Radio Nova. Pour 2011, ses projets sont déjà nombreux : un nouveau solo show à la galerie La Grille en Suisse, et deux expositions collectives dans les galeries Ligne 13 et Voskel à Paris.
Galerie Ligne 13
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