Au nom du métal et de la nature
Il suffit d’une pensée et l’image s’impose d’elle-même. Svetlana Ostapovici, artiste d’origine moldave naturalisée italienne depuis plus de dix ans, nous offre un corpus de travaux entièrement basé sur des réflexions au nom de la Nature, dans lesquelles elle affronte des thèmes profonds et importants avec une simplicité qui fait de son travail une œuvre de génie.
Initialement mosaïste, Svetlana Ostapovici travaille maintenant dans le monde de la photographie et de l’installation : son troisième œil enregistre des paysages dont le centre focal est constitué d’accumulations de débris de ferraille, tôles compressées et autres déchets issus des vicissitudes de la vie quotidienne, capturés au moment où ils sont mis à l’écart pour être ensuite oubliés.
C’est justement de cette absence qu’émerge l’existence de l’homme et son encombrante présence. À travers son objectif, Ostapovici affronte le difficile chemin du portrait, en focalisant son attention sur le paysage interprété, auquel elle confie un message à la fois important et salvateur. C’est comme si les déchets étaient comparés à des cathédrales architecturales, encadrés de manière à rendre justice aux magnifiques perspectives et lignes d’horizon qu’ils créent.
Les enroulements et les superpositions génèrent des formes qui se rapportent à ce monde si beau qu’il nous est donné d’habiter et que nous devons préserver, un monde fait de ciel, de terre et de tant d’autres choses et dont l’humanité n’est autre que l’un des nombreux passagers. Par d’habiles retouches photo, l’artiste intègre des statues et d’autres objets esthétiques précieux pour nous inviter à voir qu’il s’agit d’une sorte de ville futuriste, suggérant à qui observe ses œuvres un parcours agréable à suivre au milieu de ce qui est normalement regardé avec aversion ou même ignoré : le monde fait de ce qui est usagé et abusé, utilisé et jeté sans égards.
Cependant, Ostapovici ne concentre pas son attention sur la mélancolie qui jaillit de l’objet abandonné qui perd sa fonction : ce phénomène est inévitable une fois que l’objet n’a plus de rôle à jouer. La réflexion de l’artiste est bien plus élevée. L’objet jeté est considéré en tant que tel et non de manière émotive en relation avec ce qu’il n’est plus : le déchet est traité en tant que tel, c’est le lieu où il repose qui se modifie en beauté pour se montrer au monde comme un endroit qu’il faut respecter et continuer de générer, avec l’hypothèse empreinte d’affection et de « bizarrerie » qu’il pourrait devenir un lieu agréable à fréquenter. L’artiste nous demande de rester à l’écoute afin de nous souvenir que nos déchets ne cessent pas d’exister au moment où nous nous en débarrassons.
Les montagnes de déchets créent des Grand Canyons majestueux et des chaînes de montagnes contemporaines qui, au lieu d’être composés de sédiments naturels, sont constitués de ce qu’il n’est pas possible d’éliminer naturellement.
L’intention d’Ostapovici consiste à nous faire raisonner en nous faisant découvrir l’attrait hypothétique d’une situation que nous ne pouvons pas voir, pour nous inviter enfin à observer le monde avec plus de sensibilité : pour cela il nous suffit de porter notre regard sur les « autres choses » qui nous entourent…Viviana Siviero
SVETLANA OSTAPOVICI : In/NATURE/l
Svetlana Ostapovici respecte les urgences iconographiques de l’œuvre. Je dirais que tout son parcours est un défi fait d’équilibres et de contaminations, une tension constante pour mélanger message et forme finale, sans jamais que l’un prévale sur l’autre. Ce n’était pas facile étant donné le support choisi : la photographie. Encore moins facile lorsque la technique numérique construit des paysages autres qui inventent une seconde réalité fondée sur le monde concret. Les images provoquent des réactions, défient le regard par leurs vertiges hurlants. Elles s’habillent d’épidermes solides qui vibrent avec le crissement vivant des pierres, des métaux, des bois, des plastiques… La nature hurle sa souffrance et l’œuvre en amplifie les passions, se transformant en caisse de résonance acoustique qui fait résonner l’irrégularité du rythme cardiaque de la planète. L’artiste moldave écoute les blessures du paysage, caresse la pathologie tumorale qui lacère l’éden perdu. Elle regarde avec amour le malaise environnemental, sans dégoût ni ton nihiliste, montrant au contraire la lumière qui se cache derrière chaque tragédie et élaborant un deuil aux allures de lutte. Ses visions, tout en critiquant la culture du bien-être post-capitaliste, dépassent largement la rhétorique du problème et cherchent des espaces d’adaptation, l’alchimie dialectique entre opposés, une sorte de continuité historique qui établit les raisons du réel en mutation. Ostapovici nous raconte le côté sale de la planète sans aucun moralisme ; elle préfère l’émotion lucide et le sens de la protection de l’élément faible, soulignant la nature cyclique des événements et l’aspect inéluctable du changement. Ses projets évoluent dans la direction de la beauté dangereuse mais nécessaire, en pleine conscience du problème, et dépassent le mur de la nostalgie. Chaque œuvre parle avec des phrases métalliques, comme l’auraient fait James G. Ballard et Kurt Vonnegut s’ils avaient choisi pour s’exprimer les images à la place des mots. C’est l’art visuel qui incarne la vision globale espérantiste, un code ouvert aux interprétations et au passage de la contemporanéité. C’est le tableau qui assume la responsabilité du futur.
À propos du cycle « Metal Recycling » : d’énormes accumulations de matériaux compactés, une sorte de bibliothèque à ciel ouvert où surgissent, à la place des livres, les mémoires compressées de la civilisation industrielle. Dans ces espaces se découpent des sculptures figuratives témoignant clairement de symbologies morales, recréant des alchimies photographiques où cohabitent l’élévation de la pensée (la sculpture) et les rebuts de l’activité humaine (la décharge). Culture et vie, instinct et raison, beauté et horreur : tout se mélange en une vision qui réinvente le réel sur les cendres de l’excès collectif.
À propos de quelques œuvres « site specific » : des installations créées en se fondant sur les dimensions et les caractéristiques des espaces préalablement choisis, selon des physionomies morales qui coïncident avec les raisons thématiques du projet lui-même. Les ajouts numériques des cycles photographiques trouvent ici une nature spatiale qui redéfinit les relations entre tableau et volumes sculpturaux. Des œuvres dotées d’un fort impact émotionnel qui reprennent l’esthétique et les thèmes chers à l’artiste.
Cette exposition se tiendra sous le patronage du Haut Commissariat des Nations Unies pour les Refugiés (HCR) qui, dans le cadre de sa démarche d’ouverture au grand public, souhaite mettre l’accent sur une approche plus humaine et empathique de son action, trop souvent perçue sous l’angle juridique. Les oeuvres d’Yvelyne Wood constituent ainsi un vecteur de communication universel pour le HCR.
La Chair de la guerre, une histoire de femmes, s’ancre dans l’histoire intime des femmes en temps de guerre. En effet, qu’elles en soient actrices ou victimes, les femmes vivent la guerre de l’intérieur, de gré ou de force.
La chair, c’est donc celle des femmes, exposées à la barbarie humaine. Cela passe tout d’abord par la destruction du foyer, de la maison et de la famille, puis par l’exil forcé et le viol, utilisé partout à travers le monde, comme une véritable arme de guerre.
Yvelyne Wood, plasticienne, sculpteur et scénographe, consacre son oeuvre à la mémoire universelle des XXème et XXIème siècles. Se nourrissant des rencontres avec les détenteurs de cette mémoire, survivants et témoins directs, elle se définit comme une artiste engagée.
« Les guerres contemporaines et la mémoire de la Seconde Guerre mondiale, transmise en héritage, forment le magma de mon univers. La perte et la blessure sont à l’origine de l’oeuvre. » Yvelyne W ood
Comme le souligne Jean-Paul Deroche, historien d’art, le travail d’Yvelyne Wood opère une effraction dans notre quotidien. Cette effraction est à rapprocher de celle du photographe reporter Patrick Chauvel qui transpose des photographies de guerre dans notre paysage parisien ou métropolitain relativement paisible.
« Ce qui est loin est soudain à notre porte. La souffrance et l’horreur sont en face de nous, comme elles le sont aujourd’hui et l’ont été dans le passé » Jean-Paul Deroche, historien de l’art.
Les OEUVRES
Véritable parcours initiatique, l’exposition met en lumière le vécu des femmes pendant la guerre, grâce à des témoignages individuels et des matériaux chargés d’Histoire, caractéristiques du travail d’Yvelyne Wood : métal, rails de chemin de fer, vêtements, vidéo, archives de guerre. On traverse les guerres contemporaines, depuis la Seconde Guerre mondiale, pour arriver à l’installation TPIY qui quitte délibérément l’échelle humaine, pour prendre une dimension monumentale et évoquer l’ampleur des crimes de guerre, commis contre les femmes. La Galerie Soufflot et la Galerie Saint Jacques de l’Université Panthéon Sorbonne offriront au regard du public un ensemble de dix grandes installations d’Yvelyne Wood.
Yvelyne Wood, plasticienne, sculpteur et scénographe, se qualifie de « capteur de mémoire ». Ces mémoires, qu’elle recueille avec obstination, trouvent leur source dans l’héritage de l’humanité, et notamment dans ses zones d’ombres : le souvenir des guerres qui ont ébranlé le XXème et le début du XXIème siècle. Les matériaux qui composent ses installations sont tous chargés d’histoire. Ce sont des archives de guerre, des écrits originaux, des rails de chemin de fer, du métal oxydé, du plomb issu de vieilles toitures… L’âme de ses sculptures, ce sont les témoignages des détenteurs de ces mémoires, survivants ou historiens. Très tôt immergée dans le ferment de l’Histoire, à travers les récits de guerre qui ont peuplé son enfance, Yvelyne Wood fait de son parcours artistique un engagement, un témoignage qui nous donne à voir l’actualité à travers le filtre de l’Histoire et de son regard d’artiste. Après des études d’histoire de l’art à l’Ecole du Louvre, Yvelyne Wood quitte l’Europe avec détermination, répondant à une nécessité de mise à distance avec sa propre culture. Elle demeure pendant 8 ans au Japon, où elle s’initie à la sculpture et au modelage. En 1995, elle retrouve l’Europe et s’installe à Genève, au coeur de la vieille ville. Depuis, ses oeuvres ont été exposées en France, aux Etats-‐Unis et à Genève, notamment aux Nations Unies en 2002, sous le patronage du Haut Commissariat aux Droits de l’Homme. Aujourd’hui, Yvelyne Wood abat les murs de son atelier pour être en résonance avec le monde. www.yvelynewood.com
AUTOUR DE L’EXPOSITION À PROPOS DE L’EXPOSITION
Conférences : sous la présidence de l’UNHCR, des conférences seront organisées autour de l’exposition, en partenariat avec plusieurs historiens spécialistes des guerres modernes et contemporaines et feront l’objet d’une prochaine communication.
Exposition des photographies des oeuvres d’Yvelyne Wood et de nouvelles installations, à partir du 8 mars 2012 à la Galerie Saphir – 69 rue du Temple, Paris 3ème
À PROPOS DE L’EXPOSITION
Comité scientifique : Stéphane Ceccaldi, commissaire principal d’exposition, historien de l’art, conservateur. Jean-Paul Deroche, commissaire associé d’exposition, historien de l’art. Donald Kuspit, historien d’art, University Stony Brook, New-York. Daniel Palmieri, chargé de recherches historiques au Comité international de la Croix-Rouge. Scénographie de l’exposition : Yvelyne Wood et Jean-Paul Deroche
L’œuvre EU_tracer de l’artiste polonais Pawel Janicki transforme le trafic internet en une multitude de formes audiovisuelles. Les données provenant des institutions diverses de l’Union Européenne – notamment le Parlement et la Commission Européenne – sont transformées en structures visuelles et musicales complexes et deviennent les éléments d’une œuvre artistique.
La composante principale de EU_tracer est un logiciel créé spécialement pour l’occasion qui scanne les messages et les informations disponibles sur internet, non pas tant leur contenu que la dynamique de leurs interrelations, et les traduit en méta-structures graphiques et en formes musicales.
Le choix du lieu de chaque performance est un aspect significatif du projet. La localisation géographique, à partir de laquelle le programme se connecte à l’internet, donne un point de vue spécifique sur la circulation et l’accessibilité des données. L’œuvre va ainsi créer une trace cyber-cartographique dans l’univers de l’information numérique. Cette navigation sera rendue possible grâce à la participation d’un musicien invité, Benjamin Duboc, contrebassiste et compositeur électroacoustique, qui improvisera sur le flux de données à l’aide de sa contrebasse. Il aura un double rôle – de collaborateur (de son inventivité dépendra la forme finale de l’œuvre), mais aussi de délégué symbolique de sa communauté dans l’espace global de la communication numérique. http://benjamin.duboc.free.fr/index.html
Avec le projet EU_tracer, Pawel Janicki continue d’explorer les thèmes récurrents de son travail : l’usage des aspects esthétiques des systèmes d’information et le design d’interaction basé sur le comportement intuitif des spectateurs. EU_tracer est un prolongement de la performance web musicale de Janicki intitulée Ping Melody (présentée notamment au Centre Georges Pompidou à Paris, à la Gare du Nord de Bâle, et au Musée National à Wroclaw), l’installation Web/Net Eater et l’installation Mapping Chopin (qui a fait partie de la programmation du Warsaw Autumn Contemporary Music Festival 2010).
EU_tracer de Pawel Janicki est réalisé par WRO Art Center et commissionné par l’Institut Adam Mickiewicz dans le cadre du programme culturel international de la Présidence Polonaise de l’Union Européenne 2011. Après son lancement pendant la 14ème Media Art Biennale WRO qui a eu lieu à Wroclaw en mai 2011, EU Tracer a été présenté à Lvov et à Minsk. Après la galerie Plateforme à Paris, la performance clôturera sa tournée à Bruxelles au début 2012.
Biographie de Pawel Janicki
Pawel Janicki (né en 1974) crée des systèmes audiovisuels interactifs, des installations et des performances. Son travail se concentre principalement sur le micro-son et la composition algorithmique. Janicki a suivi des études culturelles à l’Université de Wroclaw, il collabore avec le WRO Art Center en tant que commissaire et dirige son département de R&D. Il enseigne dans le département d’intermédia à l’école des Beaux-Arts de Poznan. Sa performance musicale Ping Melody a été récompensée en 2004 par netarts.org, le grand prix de Machida City Museum of Graphic Arts à Tokyo et a été nominée pour le prix de Viper International Film, Video and New Media Festival à Bâle.
Plateforme
métro : Avron, Maraîchers, Buzenval Le vendredi 9 décembre 2011 – ouverture à 18h – performance à 20h -Entrée libre
Les œuvres d’Ingrid Luche ont la capacité certaine de déconcerter : le spectateur reconnaît dans ses sculptures et ses installations les formes usuelles et fonctionnelles dont elles s’inspirent mais dont elles se distinguent par un écart qui n’est autre que celui séparant la réalité du rêve. Les espaces que crée Ingrid Luche dans ses expositions sont des rémanences de lieux parcourus, traversés, porteurs d’un vécu devenu inconscient. La troisième exposition personnelle qu’Air de Paris consacre à Ingrid Luche, Le Lapin turquoise, repose sur des réminiscences d’un univers muséal – un musée particulier, dans lequel les objets sont affectés par les vertus magiques qu’ils sont censé représenter : amples vêtements inspirés des costumes de danses rituelles de tribus amérindiennes (série des Ghost Dresses), sculpture de caractère ethnographique (Monsieur Pigman), objet magique (Le Lapin turquoise). Le musée n’est plus présentation distante de pièces lointaines, mais expérience à part entière, non pas un lieu de connaissance mais de reconnaissance pour le spectateur. Cet espace parle alors de nos désirs et de nos souvenirs, il esquisse une histoire collective du temps présent, celle où subsistent des témoignages du passé comme autant de marqueurs de l’histoire que l’on veut voir maintenant.
Ingrid Luche vit à Paris et enseigne à l’Ensa de Bourges. Depuis ses études à la Villa Arson, elle développe notamment une recherche sur la perception sensible de l’architecture et des espaces publics et sa restitution par le biais de sculptures, photographies ou installations in situ. La Station à Nice ainsi que le Confort Moderne à Poitiers lui consacraient dernièrement deux expositions monographiques (Le Lapin turquoise et The May Riving Pavilion – au sein du programme estival « De la neige en été »). La galerie du Rutebeuf à Clichy présente actuellement son exposition Ailleurs (18.11.11-15.01.12).
Ingrid Luche
No question, Ingrid Luche’s works disconcert: in her sculptures and installations the viewer recognises the everyday functional forms she takes her inspiration from, but those forms are marked out by a gap that is none other than the one separating reality from dream. The spaces she creates in her exhibitions are remanences of places passed through and permeated with a now unconscious experience. « The Turquoise Rabbit », her third solo exhibition at Air de Paris, is based on reminiscences of a museumlike world; a distinctive museum in which the exhibits are affected by the magical powers they supposedly represent: loose-fitting garments inspired by Amerindian ritual dances (the Ghost Dresses series), ethnography-inflected sculpture (Monsieur Pigman) and magic objects (Le Lapin turquoise). Here the museum is no longer a detached presentation of distant objects, but an experience in its own right; a place not of knowledge but of recognition for the viewer. A space that speaks to us of our desires and our memories, and sketches a collective history of the present time: a history in which accounts of the past live on like markers of the history we want to see now.
Ingrid Luche lives in Paris and teaches at the National School of Architecture in Bourges. Since her study years at the Villa Arson school of art near Nice she has been exploring the sensory perception of architecture and public spaces and its recreation via sculpture, photography and site-specific installations She recently held a solo exhibition, Le Lapin Turquoise, at La Station in Nice and la Galerie Le Rutebeuf in Clichy-la-Garenne is currently presenting her solo show, Ailleurs (18.11.11–15.01.12). Last summer the large site-specific work The May Riving Pavilion was part of the exhibition De la Neige en Eté at Le Confort Moderne in Poitiers.
AIR DE PARIS
Pour la première fois depuis sa création en 2010, Lab’Bel, le Laboratoire artistique du groupe Bel, présentera du 12 janvier au 25 février 2012 à la Galerie 5, située au sein de la Bibliothèque Universitaire d’Angers, les neuf œuvres qui constituent les premières acquisitions de sa collection d’art contemporain. Elles seront associées au sein de l’exposition à d’autres œuvres des artistes représentés. Récentes, jusqu’à présent très peu ou jamais montrées en France, toutes ces œuvres sont facétieusement traversées par un même fil rouge lié à la conquête de la Lune, l’une des explorations majeures de notre temps. L’exposition représente selon Silvia Guerra, co-commissaire, « la volonté de Lab’Bel de renouer avec ce moment où la science- fiction et le désir de se rapprocher de l’inconnu, sans peur aucune, faisaient partie de nos vies ».
L’exposition « Touching the Moon/Toucher la lune » rassemblera dans une scénographie du collectif portugais « petit CABANON » les œuvres suivantes de la collection : l’installation « Earth-Moon-Earth » (2010) de la Britannique Katie Paterson dans laquelle la Sonate au clair de Lune de Ludwig Van Beethoven, métamorphosée en signal crypté et projetée vers la Lune revient quelque peu altérée sur Terre pour une interprétation sur piano mécanique; l’installation sonore « 0-10 » (2011) dans laquelle l’artiste d’origine pakistaine Ceal Floyer renverse de façon conceptuelle et minimale le compte à rebours du décollage de la fusée pour la mission Apollo II; la vidéo « Night and Day » des Britanniques John Wood et Paul Harrison, véritable traité sur la lumière et ses applications abordant de façon ludique les questions d’astronomie et d’exploration; la sculpture « Galet mou » (2011) en bonbons Kréma du Français Michel Blazy, sorte d’astre échoué qui n’est pas sans rappeler les imaginaires liés aux représentations des livres de vulgarisation scientifique; l’installation « Skis » du Suisse Roman Signer (2011) appelant à l’affranchissement terrestre et à la conquête d’autres champs d’interprétation; deux photographies de grand format de l’Allemand Robert Voit, « Mono Lake » et « Desert Mountain » (Série New Trees, 2006), mettant en scène des arbres factices, servant notamment à dissimuler des antennes, travestissements révélateurs des rêves de l’Homme à imiter, détourner, conquérir…; l’installation « Fontaine 1 » du Français Vincent Ganivet (2011) qui met en scène une fontaine de vaisselle en équilibre précaire rappelant de façon éloquente, drolatique et décalée le poids de notre quotidien terrestre; enfin la grande pirouette qu’effectue la Ménina I de « Grande Camera Oscura » de Jan Vercruysse (Cibachrome, 2002) fait figure de symbole du basculement total du centre de gravité au cœur de « cet autre type d’exploration, vers une bien drôle de planète – celle de l’art contemporain – qui comme la Lune renvoie étrangement aux Hommes le reflet de leurs désirs et de leur intériorité » (Laurent Fiévet, co-commissaire de l’exposition).
Autres œuvres présentées dans le cadre de l’exposition :
Lab’Bel :
Créé au printemps 2010, Lab’Bel, le Laboratoire artistique du Groupe Bel – en conformité avec les valeurs de partage, d’accessibilité et de plaisir soutenues par le groupe agro-alimentaire Bel – a pour ambition de défendre avec exigence l’idée que l’art contemporain est ouvert à tous au travers d’une grille de lecture qu’il propose sur le monde et ses acteurs. L’un de ses buts est de constituer progressivement une collection d’œuvres créées à partir des années 2000 qui seront régulièrement présentées dans le cadre d’expositions. Lab’Bel souhaite ainsi favoriser le contact du grand public avec l’art contemporain et accorder une attention toute particulière aux questions liées à la médiation et à la présentation des œuvres, mises en valeur par des scénographies ludiques et inventives. L’accompagnement de projets à moyen terme à travers l’assistance de certains artistes dans leur démarche de production (voyages d’études, mises en relation avec certains interlocuteurs, etc.) permettra également au Groupe d’affirmer sa position de mécène.
Principales interventions depuis 2010 : Exposition « REWIND » sur les pratiques liées à l’enfance en art contemporain (Maison de la vache qui rit, Lons-le-Saunier, été 2010), Stephan Brüggemann au Pavillon Mies Van der Rohe (Barcelone, mai 2011), Wood & Harrison, Superflex et Ignacio Uriarte respectivement aux Nuits Blanches de Metz 2009, 2010, 2011.
La Galerie 5 est située dans l’enceinte de la Bibliothèque Universitaire d’Angers.
Commissaires de l’exposition : Laurent Fiévet (président de Lab’Bel), Silvia Guerra (directrice artistique de Lab’Bel), Lucie Plessis (Galerie 5).
La galerie Alberta Pane présente la première exposition personnelle de Florence Girardeau, artiste française née en 1980 et diplômée de l’Ensba en 2005. Tout se fige alors – inspiré d’une phrase tirée du texte “Le Dépeupleur” de Samuel Beckett – résonne comme un possible danger. Empruntant formes et dynamiques au domaine de la géologie, les pièces réunies par l’artiste – objet, photographies, installation vidéo ainsi qu’une toute nouvelle série de dessins – se tiennent en équilibre à la limite de la fixité. Le travail de Florence Girardeau suggère d’infimes déplacements, de lents surgissements, ainsi que la mise en mouvement du regard, à l’instar du mythe de Persée, dont la vision mobile triomphe de l’oeil pétrificateur de la gorgone Méduse. Les oeuvres de l’artiste sont élaborées au moyen d’une technique minutieuse générant un univers fluide et délicat, presque insaisissable, poussant l’observateur à développer son propre système de perception. Celle-ci est depuis toujours au centre des préoccupations de l’artiste. L’expérience du vide et du plein, du vivant et du minéral, de l’apparition et de la disparition, sollicite l’ambigüité de la perception, qu’elle soit visuelle ou tactile.
Lacune est une vidéo réduite à une ligne de contour se projetant sur un panneau de bois enduit de graphite, qui évoque par sa forme l’Oreille de Dionysos, grotte située à Syracuse en Sicile. La ligne de vidéo est l’image fluctuante de la pierre humide séchant par endroits, s’humidifiant à d’autres, dans un rythme lent. Elle rappelle l’idée de porosité de la matière, qui est aussi, en pétrographie, le rapport du volume des vides au volume total d’une roche ou d’un sol. Les dessins, rhizomes nerveux et formes géométriques, se déploient dans l’espace de grands formats de papier. Ils font écho au jeu de la forme et contre-forme présent dans Lacune. Le triptyque photographique Reliefs réactualise des captures (réalisées en 2007 sans corrélation à l’origine) d’émergences de formes, le mot relief évoquant également les restes d’un repas. Enfin, l’objet Forer (2) scelle entre deux blocs noirs une image dont n’affleure que la ligne verticale du pli. La possibilité de creuser dans l’image apparaît ici de façon paradoxale.
Ainsi, c’est notre relation sensible à l’espace et au temps qui définit la pratique de Florence Girardeau. Touchant aux interstices, aux seuils, les pièces de l’exposition Tout se fige alors créent un réseau de connexions.
Galerie Alberta Pane
Sur l’invitation de la ville de Nantes et de Rennes Métropole, Zoo Galerie, à Nantes, et 40mcube, à Rennes, deux associations reconnues dans le monde de l’art contemporain, ont imaginé RN 137, une exposition commune présentant le travail d’artistes nantais et rennais. Le projet s’inscrit dans la dynamique de coopération culturelle qui lie les deux collectivités afin de montrer l’importance, la diversité et le dynamisme de leur scène artistique. De fait, depuis 2009, les métropoles de Nantes et Rennes ont engagé un renforcement de leurs collaborations avec l’objectif d’optimiser leurs forces au service de leurs habitants, de leurs territoires et du grand Ouest.
À l’intérieur de ce réseau, 40mcube, à Rennes, et Zoo Galerie, à Nantes, ont développé des stratégies assez proches, bien que relativement divergentes, en direction des jeunes artistes : quand la première a choisi de mettre en avant la production pour l’élever au niveau d’un quasi centre d’art, la seconde a décidé de s’orienter vers la prospection de jeunes artistes étrangers, quand l’une crée un parc de sculptures attenant à son lieu et une salle de projection dédiée aux films d’artistes, l’autre développe la revue qu’elle édite, plaçant 02 au niveau d’un organe de presse national.
Riches de leur fonctionnement qui articule une extrême réactivité à la souplesse de leurs micro équipes, les deux associations visent le même objectif : permettre à des jeunes artistes d’émerger en leur offrant suffisamment de moyens et de visibilité pour démarrer leur carrière ou la faire décoller.
La route nationale 137 est l’axe qui relie Rennes à Nantes. Le moyen le plus efficace pour connecter deux capitales régionales avant que ne se profilent à l’horizon de nouvelles liaisons plus rapides, dans le cadre d’un grand rapprochement interrégional. RN 137, l’exposition, reprend le nom de ce trait d’union routier pour transposer dans le domaine des arts plastiques cette ambition de développement économique.
Le premier volet de RN 137 a eu lieu du 15 mars au 10 avril dernier à l’Atelier à Nantes, nouvel espace de 600m2 ouvert par la municipalité nantaise pour accueillir les propositions des associations ; le second volet prendra place dans les locaux mêmes de 40mcube, à Rennes, du 19 novembre au 17 décembre prochain. L’exposition regroupera des oeuvres de Bevis Martin & Charlie Youle, Armand Morin, Julien Nédelec, Blaise Parmentier, Ernesto Sartori et Mélanie Vincent côté nantais, d’Antoine Dorotte, Angélique Lecaille, Briac Leprêtre, Benoît-Marie Moriceau, Samir Mougas et Yann Sérandour côté rennais (peintures, dessins, gravures, sculptures, vidéos, installations et photographies).
Elle présentera donc le même listing d’artistes qu’à Nantes, artistes retenus sur des critères d’émergence à divers stades de maturité, l’essentiel étant de créer une sélection énergique capable de proposer des articulations significatives. À titre d’exemple, il existe des préoccupations similaires entre le travail d’édition de Yann Sérandour et celui de Julien Nédelec, on trouve des approches communes quant à « l’attaque » des matériaux dans les travaux d’Antoine Dorotte et de Mélanie Vincent ; Briac Leprêtre et Angélique Lecaille ont une pratique appuyée du dessin qu’ils partagent avec Antoine Dorotte. Benoît-Marie Moriceau, Ernesto Sartori et Samir Mougas ont tous les trois maille à partir avec le bâti qu’ils s’évertuent à déconstruire allègrement, tout comme Briac Leprêtre pour une autre part de son travail. Quant aux autres, leurs pratiques inclassables oscillent entre un goût immodéré pour la céramique (Bevis Martin & Charlie Youle), un penchant marqué pour la vidéo (Armand Morin) et une forte propension à revisiter le street art… (Blaise Parmentier). RN 137 est une proposition résolument singulière de réunion de deux métropoles voisines par leurs scènes artistiques. Le pari de l’exposition est aussi de prolonger cette dynamique : des projets sont déjà à l’étude pour l’exporter hors des frontières régionales et hexagonales afin de donner toute sa portée à cette initiative nantorennaise.
L’exposition regroupe des œuvres de : Bevis Martin & Charlie Youle, Armand Morin, Julien Nédélec, Blaise Parmentier, Ernesto Sartori et Mélanie Vincent côté nantais, d’Antoine Dorotte, Angélique Lecaille, Briac Leprêtre, Benoît-Marie Moriceau, Samir Mougas et Yann Sérandour côté rennais (peintures, dessins, gravures, sculptures, vidéos, installations et photographies).
Commissaires / Zoo galerie (Patrice Joly, Aude Launay), 40mcube (Patrice Goasduff, Anne Langlois)
40MCUBE
En avant-première de la sortie de son livre « Créer c’est résister » aux Editions Textuel, Pascal Colrat et deux artistes invités Damir Niksic et Patrick Pinon investissent la Galerie Talmart et exposent affiches, vidéos le 13 octobre. Cette installation est une collaboration entre plusieurs pratiques du street art et de l’art contestataire.
Le « photo-graphiste » Pascal Colrat confronte les images et les symboles. Il fait de l’affiche un art populaire, entre engagement politique et citoyen, communication pour les institutions culturelles nationales, commande de la presse écrite… Image à lire, invitation à l’échange plutôt qu’affirmation d’un message publicitaire, militant Pascal Colrat questionne le monde par sa rhétorique visuelle et aime brouiller les pistes avec des mises en scène impressionnantes. Ce langage sur l’image interpelle, provoque la réflexion.
Damir Niksic est un artiste complet de Sarajevo, qui touche à de nombreuses pratiques. Son œuvre présente cependant cette constante : l’engagement. Originaire d’une communauté musulmane en Bosnie-herzégovine, il traite avec humour et provocation toutes les questions et les embarras que l’islam cause à l’Europe. Initiateur de la 1ère Biennale Activiste de Sarajevo, son travail a été exposé dans une variété de lieux à travers l’Europe et les Etats-Unis dont la National Gallery de Bosnie-Herzégovine (Sarajevo), Ars Aevi Museum of Contemporary Art, New Temple Gallery, Musée National du Monténégro pour la décontamination culturelle.
Patrick Pinon aime s’engager. Artiste urbain, son travail de plasticien est en corrélation avec l’environnement dans lequel il évolue. Ses inspirations naissent des échanges avec les populations et des explorations des lieux qui l’entourent.
Selon un processus récurrent, la dualité ou l’unité entre l’homme et son environnement est le thème de son travail artistique. En travaillant dans différents lieux, il s’imprègne d’une nouvelle atmosphère et son travail évolue pour toujours se rapprocher du plus juste de l’homme face à son environnement social, culturel, naturel… Il essaie d’être son porte-parole. Il travaille avec des papiers de soie de couleur sur la toile, sur le mur, sur la fenêtre… une pellicule de couleur et de parole sur le monde.
Les « coups de gueule » graphiques de Pascal Colrat.
Vilipender Nicolas Sarkozy, soutenir les révolutions arabes, critiquer la société de consommation, soutenir les grandes causes humanitaires : chaque jour Pascal Colrat réagit à l’actualité en créant des images impressionnantes et engagées sur son blog.
Inventant des messages simples, reprenant des citations de Victor Hugo ou Bakounine ou illustrant à sa manière la devise « liberté, égalité, fraternité, », détournant les phrases chocs comme « fumer tue » imprimée sur les paquets de cigarettes, il dégaine à chaud par mail et en public revendiquant son geste de résistant.
Aujourd’hui ses « dazibaos », messages percutants aux images fortes et féroces circulent largement sur le net et la fréquentation de son blog ne cesse d’augmenter.
Grand voyageur, du Liban à la Biélorussie, Pascal Colrat traque les signes invisibles, inquiétants ou révoltants dans le monde et crée ses compositions graphiques qui oscillent entre reportages et œuvres d’art.
L’auteur
Pascal Colrat, né en 1969, photographe, graphiste, plasticien se plaît à mélanger les genres. Il choisit très tôt comme support d¹expression l’affiche et utilise des réseaux de diffusion variés pour croiser un public large et populaire. Il travaille pour différentes institutions culturelles et politiques : Amnesty International, Act Up, Le Tarmac de la Villette, l’Opéra de Lille… Il tient un blog qu’il met à jour quotidiennement avec ses affiches percutantes : pascalcolrat.canalblog.com. Il a publié aux éditions Textuel : Signes de la Biélorussie (2002) et 4 jours à Beyrouth (2007).
Les événements du 17 octobre 1961 désignent la répression sanglante qui a frappé une manifestation organisée par le Fédération de France du F.L.N. en faveur de l’indépendance de l’Algérie à Paris. Des dizaines à des centaines d’Algériens, selon les sources, sont morts lors de la confrontation avec les forces de l’ordre alors dirigées par le préfet de police Maurice Papon. Les manifestants internés dans des centres de détention pendant quatre jours y auraient subi des violences.
Jean-Marc Forax qui interroge l’image en la faisant glisser de son support photo au dessin puis à la vidéo, a recueilli la photo médiatique du cadavre d’un Algérien tombé dans les rues de Paris. Il la réinterprète au fusain et à la craie noire et en projettera le résultat sur le mur de l’église Saint-Merry.
1er octobre –
« Montaigne commença à écrire ses Essais en 1572, l’année de la St Barthélémy. Je ne crois pas un hasard. Montaigne cherchait un refuge dans l’écriture. Il s’agissait pour lui d’échapper à l’horreur de vivre dans un royaume éternellement divisé contre lui-même. Nous ne sommes pas sortis depuis quatre siècles des guerres de religion, les prétextes changent, non la haine, ni les attentats. De petits crimes au nom de grands principes. C’est presque toute l’histoire de la France. » François Mauriac, D’un Bloc-notes à l’autre, 1962
JEAN-MARC FORAX
La démarche de Jean-Forax se nourrit de diverses inspirations, du cinéma au dessin classique en passant par l’art vidéo. L’image se trouve au centre de son questionnement artistique : le rapport entre image fixe et animée est une question essentielle dans sa pratique. Et au-delà, le rapport de l’image avec la mort, le sacré. Son intérêt pour l’image cinématographique est vaste : il touche aussi bien les classiques de l’art européen que du cinéma japonais, dont il maîtrise la langue. Cela l’a conduit à élargir son approche du sacré.
La galerie Exit Art Contemporain donne Carte blanche à Anne-Flore Cabanis et Clémentine Poquet. Les deux artistes investiront l’espace de la galerie du 29 septembre au 26 octobre 2011 en jouant avec l’existant. Les univers de deux artistes femmes, très différents entre eux (du noir et blanc à la couleur, de la figuration à l’abstraction, du cartésien au passionné), nous offrent une relecture critique de notre société.
Anne-Flore Cabanis travaille la peinture et l’installation dans une perspective abstraite et géométrique. Elle s’empare des sols, des murs et des plafonds et redessine les lieux en comblent les espaces libres.
Le spectateur, élément de l’oeuvre, est invité à pénétrer le lieu et l’oeuvre même dans un but d’exploration introspective entre jeu et réflexion. Le travail d’Anne-Flore Cabanis s’inscrit dans le prolongement de l’Abstraction géométrique et des recherches faites à partir des années 1960 sur la vision optique et la dimension spatiale par l’Op Art et le Gruppo T.
Son oeuvre, mathématique et poétique à la fois, transforme des interrogations personnelles en explorations universelles. « Jusqu’où notre sens de la vue nous rend-elle la réalité et l’essence du monde spatial? » Si la perception visuelle n’est pas qu’une simple transcription du signal optique mais un processus cognitif par lequel notre cerveau reconstruit dans l’espace les formes, alors, les abstractions d’Anne-Flore Cabanis sont des espaces sculpturaux et ses installations des projections en volume de ses peintures. L’oeil et le cerveau sont moteur de l’oeuvre.
Dans sa peinture, la rencontre de 2 profondeurs ou 2 lumières de couleur crée la ligne et donne l’illusion du plan, ainsi se fait l’ambigüité entre le 3D et le 2D.
Métaphore de la société humaine, qui malgré une apparente construction reste hors de tout contrôle et en perpétuel doute, son travail suscite l’émotion et plonge l’esprit du spectateur dans un flottement introspectif…
Anne-Flore Cabanis
Née en 1979. Vit et travaille à Paris. Elle est actuellement en résidence au CENTQUATRE, établissement artistique de la ville de Paris.
” Je m’intéresse aux friches industrielles comme des architectures en suspens, des espaces transitoires où tout semble arrêté pour un moment, suspendu dans le temps. Je m’intéresse à ce moment de suspens qui questionne la friche dans sa dimension spatiale et temporelle. Les friches sont des espaces d’incertitude, des lieux interstitiels, en rupture avec la société urbaine, productiviste et contrôlante, où chaque espace a une fonction bien définie.”
Usines, centrales électriques, lieux imprévus d’un paysage extra-urbain oublié… La démarche artistique de Clémentine Poquet trouve écho dans l’approche de l’Art Urbain qui interroge la ville globale et ses modes de vie : l’inscription sociale, culturelle et politique de ces mondes du passé est mise en perspective au regard d’aujourd’hui. Clémentine Poquet redonne une mémoire à ses lieux et les réinvente.
Ces « portraits » à l’encre, libérés de tout détail, de tout luxe, dressent les squelettes des architectures.
Ainsi le noir et le blanc donnent l’impression de lumière, les aplats de matières et les réserves blanches créent les contrastes, les espacements entre les éléments et les lignes de force marquent le rythme du dessin. En particulier dans la série « Compensation », le spectateur est tiré à la recherche d’un équilibre venant du haut, surpris par ces formes sans contenu apparent se versant à l’infini dans un contenu sans forme…
Clémentine Poquet
Née en 1987. Vit et travaille à Paris.
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