L’œuvre EU_tracer de l’artiste polonais Pawel Janicki transforme le trafic internet en une multitude de formes audiovisuelles. Les données provenant des institutions diverses de l’Union Européenne – notamment le Parlement et la Commission Européenne – sont transformées en structures visuelles et musicales complexes et deviennent les éléments d’une œuvre artistique.
La composante principale de EU_tracer est un logiciel créé spécialement pour l’occasion qui scanne les messages et les informations disponibles sur internet, non pas tant leur contenu que la dynamique de leurs interrelations, et les traduit en méta-structures graphiques et en formes musicales.
Le choix du lieu de chaque performance est un aspect significatif du projet. La localisation géographique, à partir de laquelle le programme se connecte à l’internet, donne un point de vue spécifique sur la circulation et l’accessibilité des données. L’œuvre va ainsi créer une trace cyber-cartographique dans l’univers de l’information numérique. Cette navigation sera rendue possible grâce à la participation d’un musicien invité, Benjamin Duboc, contrebassiste et compositeur électroacoustique, qui improvisera sur le flux de données à l’aide de sa contrebasse. Il aura un double rôle – de collaborateur (de son inventivité dépendra la forme finale de l’œuvre), mais aussi de délégué symbolique de sa communauté dans l’espace global de la communication numérique. http://benjamin.duboc.free.fr/index.html
Avec le projet EU_tracer, Pawel Janicki continue d’explorer les thèmes récurrents de son travail : l’usage des aspects esthétiques des systèmes d’information et le design d’interaction basé sur le comportement intuitif des spectateurs. EU_tracer est un prolongement de la performance web musicale de Janicki intitulée Ping Melody (présentée notamment au Centre Georges Pompidou à Paris, à la Gare du Nord de Bâle, et au Musée National à Wroclaw), l’installation Web/Net Eater et l’installation Mapping Chopin (qui a fait partie de la programmation du Warsaw Autumn Contemporary Music Festival 2010).
EU_tracer de Pawel Janicki est réalisé par WRO Art Center et commissionné par l’Institut Adam Mickiewicz dans le cadre du programme culturel international de la Présidence Polonaise de l’Union Européenne 2011. Après son lancement pendant la 14ème Media Art Biennale WRO qui a eu lieu à Wroclaw en mai 2011, EU Tracer a été présenté à Lvov et à Minsk. Après la galerie Plateforme à Paris, la performance clôturera sa tournée à Bruxelles au début 2012.
Biographie de Pawel Janicki
Pawel Janicki (né en 1974) crée des systèmes audiovisuels interactifs, des installations et des performances. Son travail se concentre principalement sur le micro-son et la composition algorithmique. Janicki a suivi des études culturelles à l’Université de Wroclaw, il collabore avec le WRO Art Center en tant que commissaire et dirige son département de R&D. Il enseigne dans le département d’intermédia à l’école des Beaux-Arts de Poznan. Sa performance musicale Ping Melody a été récompensée en 2004 par netarts.org, le grand prix de Machida City Museum of Graphic Arts à Tokyo et a été nominée pour le prix de Viper International Film, Video and New Media Festival à Bâle.
Plateforme
métro : Avron, Maraîchers, Buzenval Le vendredi 9 décembre 2011 – ouverture à 18h – performance à 20h -Entrée libre
Les œuvres d’Ingrid Luche ont la capacité certaine de déconcerter : le spectateur reconnaît dans ses sculptures et ses installations les formes usuelles et fonctionnelles dont elles s’inspirent mais dont elles se distinguent par un écart qui n’est autre que celui séparant la réalité du rêve. Les espaces que crée Ingrid Luche dans ses expositions sont des rémanences de lieux parcourus, traversés, porteurs d’un vécu devenu inconscient. La troisième exposition personnelle qu’Air de Paris consacre à Ingrid Luche, Le Lapin turquoise, repose sur des réminiscences d’un univers muséal – un musée particulier, dans lequel les objets sont affectés par les vertus magiques qu’ils sont censé représenter : amples vêtements inspirés des costumes de danses rituelles de tribus amérindiennes (série des Ghost Dresses), sculpture de caractère ethnographique (Monsieur Pigman), objet magique (Le Lapin turquoise). Le musée n’est plus présentation distante de pièces lointaines, mais expérience à part entière, non pas un lieu de connaissance mais de reconnaissance pour le spectateur. Cet espace parle alors de nos désirs et de nos souvenirs, il esquisse une histoire collective du temps présent, celle où subsistent des témoignages du passé comme autant de marqueurs de l’histoire que l’on veut voir maintenant.
Ingrid Luche vit à Paris et enseigne à l’Ensa de Bourges. Depuis ses études à la Villa Arson, elle développe notamment une recherche sur la perception sensible de l’architecture et des espaces publics et sa restitution par le biais de sculptures, photographies ou installations in situ. La Station à Nice ainsi que le Confort Moderne à Poitiers lui consacraient dernièrement deux expositions monographiques (Le Lapin turquoise et The May Riving Pavilion – au sein du programme estival « De la neige en été »). La galerie du Rutebeuf à Clichy présente actuellement son exposition Ailleurs (18.11.11-15.01.12).
Ingrid Luche
No question, Ingrid Luche’s works disconcert: in her sculptures and installations the viewer recognises the everyday functional forms she takes her inspiration from, but those forms are marked out by a gap that is none other than the one separating reality from dream. The spaces she creates in her exhibitions are remanences of places passed through and permeated with a now unconscious experience. « The Turquoise Rabbit », her third solo exhibition at Air de Paris, is based on reminiscences of a museumlike world; a distinctive museum in which the exhibits are affected by the magical powers they supposedly represent: loose-fitting garments inspired by Amerindian ritual dances (the Ghost Dresses series), ethnography-inflected sculpture (Monsieur Pigman) and magic objects (Le Lapin turquoise). Here the museum is no longer a detached presentation of distant objects, but an experience in its own right; a place not of knowledge but of recognition for the viewer. A space that speaks to us of our desires and our memories, and sketches a collective history of the present time: a history in which accounts of the past live on like markers of the history we want to see now.
Ingrid Luche lives in Paris and teaches at the National School of Architecture in Bourges. Since her study years at the Villa Arson school of art near Nice she has been exploring the sensory perception of architecture and public spaces and its recreation via sculpture, photography and site-specific installations She recently held a solo exhibition, Le Lapin Turquoise, at La Station in Nice and la Galerie Le Rutebeuf in Clichy-la-Garenne is currently presenting her solo show, Ailleurs (18.11.11–15.01.12). Last summer the large site-specific work The May Riving Pavilion was part of the exhibition De la Neige en Eté at Le Confort Moderne in Poitiers.
AIR DE PARIS
Pour la première fois depuis sa création en 2010, Lab’Bel, le Laboratoire artistique du groupe Bel, présentera du 12 janvier au 25 février 2012 à la Galerie 5, située au sein de la Bibliothèque Universitaire d’Angers, les neuf œuvres qui constituent les premières acquisitions de sa collection d’art contemporain. Elles seront associées au sein de l’exposition à d’autres œuvres des artistes représentés. Récentes, jusqu’à présent très peu ou jamais montrées en France, toutes ces œuvres sont facétieusement traversées par un même fil rouge lié à la conquête de la Lune, l’une des explorations majeures de notre temps. L’exposition représente selon Silvia Guerra, co-commissaire, « la volonté de Lab’Bel de renouer avec ce moment où la science- fiction et le désir de se rapprocher de l’inconnu, sans peur aucune, faisaient partie de nos vies ».
L’exposition « Touching the Moon/Toucher la lune » rassemblera dans une scénographie du collectif portugais « petit CABANON » les œuvres suivantes de la collection : l’installation « Earth-Moon-Earth » (2010) de la Britannique Katie Paterson dans laquelle la Sonate au clair de Lune de Ludwig Van Beethoven, métamorphosée en signal crypté et projetée vers la Lune revient quelque peu altérée sur Terre pour une interprétation sur piano mécanique; l’installation sonore « 0-10 » (2011) dans laquelle l’artiste d’origine pakistaine Ceal Floyer renverse de façon conceptuelle et minimale le compte à rebours du décollage de la fusée pour la mission Apollo II; la vidéo « Night and Day » des Britanniques John Wood et Paul Harrison, véritable traité sur la lumière et ses applications abordant de façon ludique les questions d’astronomie et d’exploration; la sculpture « Galet mou » (2011) en bonbons Kréma du Français Michel Blazy, sorte d’astre échoué qui n’est pas sans rappeler les imaginaires liés aux représentations des livres de vulgarisation scientifique; l’installation « Skis » du Suisse Roman Signer (2011) appelant à l’affranchissement terrestre et à la conquête d’autres champs d’interprétation; deux photographies de grand format de l’Allemand Robert Voit, « Mono Lake » et « Desert Mountain » (Série New Trees, 2006), mettant en scène des arbres factices, servant notamment à dissimuler des antennes, travestissements révélateurs des rêves de l’Homme à imiter, détourner, conquérir…; l’installation « Fontaine 1 » du Français Vincent Ganivet (2011) qui met en scène une fontaine de vaisselle en équilibre précaire rappelant de façon éloquente, drolatique et décalée le poids de notre quotidien terrestre; enfin la grande pirouette qu’effectue la Ménina I de « Grande Camera Oscura » de Jan Vercruysse (Cibachrome, 2002) fait figure de symbole du basculement total du centre de gravité au cœur de « cet autre type d’exploration, vers une bien drôle de planète – celle de l’art contemporain – qui comme la Lune renvoie étrangement aux Hommes le reflet de leurs désirs et de leur intériorité » (Laurent Fiévet, co-commissaire de l’exposition).
Autres œuvres présentées dans le cadre de l’exposition :
Lab’Bel :
Créé au printemps 2010, Lab’Bel, le Laboratoire artistique du Groupe Bel – en conformité avec les valeurs de partage, d’accessibilité et de plaisir soutenues par le groupe agro-alimentaire Bel – a pour ambition de défendre avec exigence l’idée que l’art contemporain est ouvert à tous au travers d’une grille de lecture qu’il propose sur le monde et ses acteurs. L’un de ses buts est de constituer progressivement une collection d’œuvres créées à partir des années 2000 qui seront régulièrement présentées dans le cadre d’expositions. Lab’Bel souhaite ainsi favoriser le contact du grand public avec l’art contemporain et accorder une attention toute particulière aux questions liées à la médiation et à la présentation des œuvres, mises en valeur par des scénographies ludiques et inventives. L’accompagnement de projets à moyen terme à travers l’assistance de certains artistes dans leur démarche de production (voyages d’études, mises en relation avec certains interlocuteurs, etc.) permettra également au Groupe d’affirmer sa position de mécène.
Principales interventions depuis 2010 : Exposition « REWIND » sur les pratiques liées à l’enfance en art contemporain (Maison de la vache qui rit, Lons-le-Saunier, été 2010), Stephan Brüggemann au Pavillon Mies Van der Rohe (Barcelone, mai 2011), Wood & Harrison, Superflex et Ignacio Uriarte respectivement aux Nuits Blanches de Metz 2009, 2010, 2011.
La Galerie 5 est située dans l’enceinte de la Bibliothèque Universitaire d’Angers.
Commissaires de l’exposition : Laurent Fiévet (président de Lab’Bel), Silvia Guerra (directrice artistique de Lab’Bel), Lucie Plessis (Galerie 5).
La galerie Alberta Pane présente la première exposition personnelle de Florence Girardeau, artiste française née en 1980 et diplômée de l’Ensba en 2005. Tout se fige alors – inspiré d’une phrase tirée du texte “Le Dépeupleur” de Samuel Beckett – résonne comme un possible danger. Empruntant formes et dynamiques au domaine de la géologie, les pièces réunies par l’artiste – objet, photographies, installation vidéo ainsi qu’une toute nouvelle série de dessins – se tiennent en équilibre à la limite de la fixité. Le travail de Florence Girardeau suggère d’infimes déplacements, de lents surgissements, ainsi que la mise en mouvement du regard, à l’instar du mythe de Persée, dont la vision mobile triomphe de l’oeil pétrificateur de la gorgone Méduse. Les oeuvres de l’artiste sont élaborées au moyen d’une technique minutieuse générant un univers fluide et délicat, presque insaisissable, poussant l’observateur à développer son propre système de perception. Celle-ci est depuis toujours au centre des préoccupations de l’artiste. L’expérience du vide et du plein, du vivant et du minéral, de l’apparition et de la disparition, sollicite l’ambigüité de la perception, qu’elle soit visuelle ou tactile.
Lacune est une vidéo réduite à une ligne de contour se projetant sur un panneau de bois enduit de graphite, qui évoque par sa forme l’Oreille de Dionysos, grotte située à Syracuse en Sicile. La ligne de vidéo est l’image fluctuante de la pierre humide séchant par endroits, s’humidifiant à d’autres, dans un rythme lent. Elle rappelle l’idée de porosité de la matière, qui est aussi, en pétrographie, le rapport du volume des vides au volume total d’une roche ou d’un sol. Les dessins, rhizomes nerveux et formes géométriques, se déploient dans l’espace de grands formats de papier. Ils font écho au jeu de la forme et contre-forme présent dans Lacune. Le triptyque photographique Reliefs réactualise des captures (réalisées en 2007 sans corrélation à l’origine) d’émergences de formes, le mot relief évoquant également les restes d’un repas. Enfin, l’objet Forer (2) scelle entre deux blocs noirs une image dont n’affleure que la ligne verticale du pli. La possibilité de creuser dans l’image apparaît ici de façon paradoxale.
Ainsi, c’est notre relation sensible à l’espace et au temps qui définit la pratique de Florence Girardeau. Touchant aux interstices, aux seuils, les pièces de l’exposition Tout se fige alors créent un réseau de connexions.
Galerie Alberta Pane
Sur l’invitation de la ville de Nantes et de Rennes Métropole, Zoo Galerie, à Nantes, et 40mcube, à Rennes, deux associations reconnues dans le monde de l’art contemporain, ont imaginé RN 137, une exposition commune présentant le travail d’artistes nantais et rennais. Le projet s’inscrit dans la dynamique de coopération culturelle qui lie les deux collectivités afin de montrer l’importance, la diversité et le dynamisme de leur scène artistique. De fait, depuis 2009, les métropoles de Nantes et Rennes ont engagé un renforcement de leurs collaborations avec l’objectif d’optimiser leurs forces au service de leurs habitants, de leurs territoires et du grand Ouest.
À l’intérieur de ce réseau, 40mcube, à Rennes, et Zoo Galerie, à Nantes, ont développé des stratégies assez proches, bien que relativement divergentes, en direction des jeunes artistes : quand la première a choisi de mettre en avant la production pour l’élever au niveau d’un quasi centre d’art, la seconde a décidé de s’orienter vers la prospection de jeunes artistes étrangers, quand l’une crée un parc de sculptures attenant à son lieu et une salle de projection dédiée aux films d’artistes, l’autre développe la revue qu’elle édite, plaçant 02 au niveau d’un organe de presse national.
Riches de leur fonctionnement qui articule une extrême réactivité à la souplesse de leurs micro équipes, les deux associations visent le même objectif : permettre à des jeunes artistes d’émerger en leur offrant suffisamment de moyens et de visibilité pour démarrer leur carrière ou la faire décoller.
La route nationale 137 est l’axe qui relie Rennes à Nantes. Le moyen le plus efficace pour connecter deux capitales régionales avant que ne se profilent à l’horizon de nouvelles liaisons plus rapides, dans le cadre d’un grand rapprochement interrégional. RN 137, l’exposition, reprend le nom de ce trait d’union routier pour transposer dans le domaine des arts plastiques cette ambition de développement économique.
Le premier volet de RN 137 a eu lieu du 15 mars au 10 avril dernier à l’Atelier à Nantes, nouvel espace de 600m2 ouvert par la municipalité nantaise pour accueillir les propositions des associations ; le second volet prendra place dans les locaux mêmes de 40mcube, à Rennes, du 19 novembre au 17 décembre prochain. L’exposition regroupera des oeuvres de Bevis Martin & Charlie Youle, Armand Morin, Julien Nédelec, Blaise Parmentier, Ernesto Sartori et Mélanie Vincent côté nantais, d’Antoine Dorotte, Angélique Lecaille, Briac Leprêtre, Benoît-Marie Moriceau, Samir Mougas et Yann Sérandour côté rennais (peintures, dessins, gravures, sculptures, vidéos, installations et photographies).
Elle présentera donc le même listing d’artistes qu’à Nantes, artistes retenus sur des critères d’émergence à divers stades de maturité, l’essentiel étant de créer une sélection énergique capable de proposer des articulations significatives. À titre d’exemple, il existe des préoccupations similaires entre le travail d’édition de Yann Sérandour et celui de Julien Nédelec, on trouve des approches communes quant à « l’attaque » des matériaux dans les travaux d’Antoine Dorotte et de Mélanie Vincent ; Briac Leprêtre et Angélique Lecaille ont une pratique appuyée du dessin qu’ils partagent avec Antoine Dorotte. Benoît-Marie Moriceau, Ernesto Sartori et Samir Mougas ont tous les trois maille à partir avec le bâti qu’ils s’évertuent à déconstruire allègrement, tout comme Briac Leprêtre pour une autre part de son travail. Quant aux autres, leurs pratiques inclassables oscillent entre un goût immodéré pour la céramique (Bevis Martin & Charlie Youle), un penchant marqué pour la vidéo (Armand Morin) et une forte propension à revisiter le street art… (Blaise Parmentier). RN 137 est une proposition résolument singulière de réunion de deux métropoles voisines par leurs scènes artistiques. Le pari de l’exposition est aussi de prolonger cette dynamique : des projets sont déjà à l’étude pour l’exporter hors des frontières régionales et hexagonales afin de donner toute sa portée à cette initiative nantorennaise.
L’exposition regroupe des œuvres de : Bevis Martin & Charlie Youle, Armand Morin, Julien Nédélec, Blaise Parmentier, Ernesto Sartori et Mélanie Vincent côté nantais, d’Antoine Dorotte, Angélique Lecaille, Briac Leprêtre, Benoît-Marie Moriceau, Samir Mougas et Yann Sérandour côté rennais (peintures, dessins, gravures, sculptures, vidéos, installations et photographies).
Commissaires / Zoo galerie (Patrice Joly, Aude Launay), 40mcube (Patrice Goasduff, Anne Langlois)
40MCUBE
En avant-première de la sortie de son livre « Créer c’est résister » aux Editions Textuel, Pascal Colrat et deux artistes invités Damir Niksic et Patrick Pinon investissent la Galerie Talmart et exposent affiches, vidéos le 13 octobre. Cette installation est une collaboration entre plusieurs pratiques du street art et de l’art contestataire.
Le « photo-graphiste » Pascal Colrat confronte les images et les symboles. Il fait de l’affiche un art populaire, entre engagement politique et citoyen, communication pour les institutions culturelles nationales, commande de la presse écrite… Image à lire, invitation à l’échange plutôt qu’affirmation d’un message publicitaire, militant Pascal Colrat questionne le monde par sa rhétorique visuelle et aime brouiller les pistes avec des mises en scène impressionnantes. Ce langage sur l’image interpelle, provoque la réflexion.
Damir Niksic est un artiste complet de Sarajevo, qui touche à de nombreuses pratiques. Son œuvre présente cependant cette constante : l’engagement. Originaire d’une communauté musulmane en Bosnie-herzégovine, il traite avec humour et provocation toutes les questions et les embarras que l’islam cause à l’Europe. Initiateur de la 1ère Biennale Activiste de Sarajevo, son travail a été exposé dans une variété de lieux à travers l’Europe et les Etats-Unis dont la National Gallery de Bosnie-Herzégovine (Sarajevo), Ars Aevi Museum of Contemporary Art, New Temple Gallery, Musée National du Monténégro pour la décontamination culturelle.
Patrick Pinon aime s’engager. Artiste urbain, son travail de plasticien est en corrélation avec l’environnement dans lequel il évolue. Ses inspirations naissent des échanges avec les populations et des explorations des lieux qui l’entourent.
Selon un processus récurrent, la dualité ou l’unité entre l’homme et son environnement est le thème de son travail artistique. En travaillant dans différents lieux, il s’imprègne d’une nouvelle atmosphère et son travail évolue pour toujours se rapprocher du plus juste de l’homme face à son environnement social, culturel, naturel… Il essaie d’être son porte-parole. Il travaille avec des papiers de soie de couleur sur la toile, sur le mur, sur la fenêtre… une pellicule de couleur et de parole sur le monde.
Les « coups de gueule » graphiques de Pascal Colrat.
Vilipender Nicolas Sarkozy, soutenir les révolutions arabes, critiquer la société de consommation, soutenir les grandes causes humanitaires : chaque jour Pascal Colrat réagit à l’actualité en créant des images impressionnantes et engagées sur son blog.
Inventant des messages simples, reprenant des citations de Victor Hugo ou Bakounine ou illustrant à sa manière la devise « liberté, égalité, fraternité, », détournant les phrases chocs comme « fumer tue » imprimée sur les paquets de cigarettes, il dégaine à chaud par mail et en public revendiquant son geste de résistant.
Aujourd’hui ses « dazibaos », messages percutants aux images fortes et féroces circulent largement sur le net et la fréquentation de son blog ne cesse d’augmenter.
Grand voyageur, du Liban à la Biélorussie, Pascal Colrat traque les signes invisibles, inquiétants ou révoltants dans le monde et crée ses compositions graphiques qui oscillent entre reportages et œuvres d’art.
L’auteur
Pascal Colrat, né en 1969, photographe, graphiste, plasticien se plaît à mélanger les genres. Il choisit très tôt comme support d¹expression l’affiche et utilise des réseaux de diffusion variés pour croiser un public large et populaire. Il travaille pour différentes institutions culturelles et politiques : Amnesty International, Act Up, Le Tarmac de la Villette, l’Opéra de Lille… Il tient un blog qu’il met à jour quotidiennement avec ses affiches percutantes : pascalcolrat.canalblog.com. Il a publié aux éditions Textuel : Signes de la Biélorussie (2002) et 4 jours à Beyrouth (2007).
Les événements du 17 octobre 1961 désignent la répression sanglante qui a frappé une manifestation organisée par le Fédération de France du F.L.N. en faveur de l’indépendance de l’Algérie à Paris. Des dizaines à des centaines d’Algériens, selon les sources, sont morts lors de la confrontation avec les forces de l’ordre alors dirigées par le préfet de police Maurice Papon. Les manifestants internés dans des centres de détention pendant quatre jours y auraient subi des violences.
Jean-Marc Forax qui interroge l’image en la faisant glisser de son support photo au dessin puis à la vidéo, a recueilli la photo médiatique du cadavre d’un Algérien tombé dans les rues de Paris. Il la réinterprète au fusain et à la craie noire et en projettera le résultat sur le mur de l’église Saint-Merry.
1er octobre –
« Montaigne commença à écrire ses Essais en 1572, l’année de la St Barthélémy. Je ne crois pas un hasard. Montaigne cherchait un refuge dans l’écriture. Il s’agissait pour lui d’échapper à l’horreur de vivre dans un royaume éternellement divisé contre lui-même. Nous ne sommes pas sortis depuis quatre siècles des guerres de religion, les prétextes changent, non la haine, ni les attentats. De petits crimes au nom de grands principes. C’est presque toute l’histoire de la France. » François Mauriac, D’un Bloc-notes à l’autre, 1962
JEAN-MARC FORAX
La démarche de Jean-Forax se nourrit de diverses inspirations, du cinéma au dessin classique en passant par l’art vidéo. L’image se trouve au centre de son questionnement artistique : le rapport entre image fixe et animée est une question essentielle dans sa pratique. Et au-delà, le rapport de l’image avec la mort, le sacré. Son intérêt pour l’image cinématographique est vaste : il touche aussi bien les classiques de l’art européen que du cinéma japonais, dont il maîtrise la langue. Cela l’a conduit à élargir son approche du sacré.
La galerie Exit Art Contemporain donne Carte blanche à Anne-Flore Cabanis et Clémentine Poquet. Les deux artistes investiront l’espace de la galerie du 29 septembre au 26 octobre 2011 en jouant avec l’existant. Les univers de deux artistes femmes, très différents entre eux (du noir et blanc à la couleur, de la figuration à l’abstraction, du cartésien au passionné), nous offrent une relecture critique de notre société.
Anne-Flore Cabanis travaille la peinture et l’installation dans une perspective abstraite et géométrique. Elle s’empare des sols, des murs et des plafonds et redessine les lieux en comblent les espaces libres.
Le spectateur, élément de l’oeuvre, est invité à pénétrer le lieu et l’oeuvre même dans un but d’exploration introspective entre jeu et réflexion. Le travail d’Anne-Flore Cabanis s’inscrit dans le prolongement de l’Abstraction géométrique et des recherches faites à partir des années 1960 sur la vision optique et la dimension spatiale par l’Op Art et le Gruppo T.
Son oeuvre, mathématique et poétique à la fois, transforme des interrogations personnelles en explorations universelles. « Jusqu’où notre sens de la vue nous rend-elle la réalité et l’essence du monde spatial? » Si la perception visuelle n’est pas qu’une simple transcription du signal optique mais un processus cognitif par lequel notre cerveau reconstruit dans l’espace les formes, alors, les abstractions d’Anne-Flore Cabanis sont des espaces sculpturaux et ses installations des projections en volume de ses peintures. L’oeil et le cerveau sont moteur de l’oeuvre.
Dans sa peinture, la rencontre de 2 profondeurs ou 2 lumières de couleur crée la ligne et donne l’illusion du plan, ainsi se fait l’ambigüité entre le 3D et le 2D.
Métaphore de la société humaine, qui malgré une apparente construction reste hors de tout contrôle et en perpétuel doute, son travail suscite l’émotion et plonge l’esprit du spectateur dans un flottement introspectif…
Anne-Flore Cabanis
Née en 1979. Vit et travaille à Paris. Elle est actuellement en résidence au CENTQUATRE, établissement artistique de la ville de Paris.
” Je m’intéresse aux friches industrielles comme des architectures en suspens, des espaces transitoires où tout semble arrêté pour un moment, suspendu dans le temps. Je m’intéresse à ce moment de suspens qui questionne la friche dans sa dimension spatiale et temporelle. Les friches sont des espaces d’incertitude, des lieux interstitiels, en rupture avec la société urbaine, productiviste et contrôlante, où chaque espace a une fonction bien définie.”
Usines, centrales électriques, lieux imprévus d’un paysage extra-urbain oublié… La démarche artistique de Clémentine Poquet trouve écho dans l’approche de l’Art Urbain qui interroge la ville globale et ses modes de vie : l’inscription sociale, culturelle et politique de ces mondes du passé est mise en perspective au regard d’aujourd’hui. Clémentine Poquet redonne une mémoire à ses lieux et les réinvente.
Ces « portraits » à l’encre, libérés de tout détail, de tout luxe, dressent les squelettes des architectures.
Ainsi le noir et le blanc donnent l’impression de lumière, les aplats de matières et les réserves blanches créent les contrastes, les espacements entre les éléments et les lignes de force marquent le rythme du dessin. En particulier dans la série « Compensation », le spectateur est tiré à la recherche d’un équilibre venant du haut, surpris par ces formes sans contenu apparent se versant à l’infini dans un contenu sans forme…
Clémentine Poquet
Née en 1987. Vit et travaille à Paris.
DOM Watts expose actuellement sur les Champs-Elysées à Paris jusqu’au 1er novembre 2011. Hommes d’affaire, employés actifs, dirigeants sur-actifs, promeneurs, clubbers, et résidents de ce quartier chic du 8° arr pourront s’offrir une « flash exposition » … Un cadeau coloré éphémère… une bouffée de couleurs bienvenue par le choix de toiles iconographiques référentielles : une interprétation moléCUBaire de Barbie et Ken. La troisième toile présentée est aussi colorée, de jour comme de nuit avec des touches phosphorescentes, à l’image d’un dancefloor lumineux tendance, une toile musicale à mi-parcours de la peinture abstraite. A travers ses peintures acryliques, le thème, l’énergie colorée, DOM Watts aborde la question identitaire de l’individu, la place de l’homme qui rêve d’un ailleurs, autrement, dans un autre monde, puis soudain se questionne : « j’ai oublié d’être moi même, mais qui puis-je être autrement, maintenant ? » Soyons nous même avant qu’il ne soit trop tard… Y a t-il une vie avant la mort ? DOM Watts livre une réponse en pleines couleurs : OUI
Un regard carré et inspiré, une palette de couleurs chaudes et tranchées. Une ambivalence entre cette peinture expressive et la pudeur d’expression des modèles, dont l’artiste Dom Watts livre un ADN pictural géométrique. DOM Watts joue avec des contrastes de la vie en masquant ces modèles superstars de lunettes fumées tout en les exposant dans la lumière. Un paradoxe saisissant qu’il développe dans un second chapitre de sa peinture
Quelques mots sur l’Artiste :
Dom Watts débute à Brooklyn, il y a quelques années, avec une peinture d’un tout autre style. Pour se faire connaître, il réunira quelques amis et galeristes à un vernissage sauvage improvisé dans une laverie automatique du quartier de bedford.
Dom Watts ou l’interprétation ADN moléCUBaire de l’individu. Influencé de l’art cinétique et des maîtres Vasarely, du style figuratif teinté d’abstrait géométrique déstructuré, Dom Watts s’imprègne de minimalisme dans l’utilisation des formes. Ce fractionnement fait naître des sujets décalés, des icônes, des symboles mis en relief dans sa peinture par le choix d’une palette éclatante et joyeuse…
Une standardisation formelle, des jeux de paradoxes donnent un résultat d’harmonie à des visuels qui réveillent. Héritier des richesses du street art, Dom Watts explore la couleur et la gestuelle sur grands formats puis travaille ensuite sur des découpages géométriques. Figuration géométrique invitant le spectateur à devenir lui même créateur du visuel qui se profile sous ses yeux. Des éclatements d’images reconstitués par une accumulation de carrés colorés, dOM Watts les nomme les « cubimorphoses ».
L’expression de chaque sujet traité dans l’oeuvre permet un rapprochement avec le sujet lui même. Pas d’intrusion, ni voyeurisme. Un rapport d’échelle existe; « l’infiniment petit » flirte avec « l’infiniment grand »… C’est une question de point de vue. La représentation se joue du réel dans le seul but de maintenir intacte « la bulle », l’espace vitale du sujet représenté, ou en tout cas d’en maintenir les limites. Respect !
Hustler Club – 13-15, rue de Berri 75008 Paris
L’artiste polonaise Joanna Malinowska, récipiendaire, entre autres, d’un Guggenheim Award, se considère volontiers comme une « anthropologue culturelle ». Culture de l’art, de la musique, des peuples et des oeuvres en voie de disparition. Malinowska explore le monde, les cultures, voire l’absence de culture du centre des Etats-Unis, avec une inquiétude passionnée : « Ce que je trouve fascinant dans le fait d’étudier d’autres cultures, dit-elle, c’est le sentiment de relativité que j’en retire, une relativité cosmique qui me dit que rien n’est définitif. » Au cours de ses voyages, « à partir » d’eux comme au retour, l’artiste travaillera alors aussi bien à recréer le monde des Inuits par l’intermédiaire de la seule musique de leur langue, qu’à recréer le sèche-bouteilles de Duchamp avec des dents de morse ou la tasse de thé de Meret Oppenheim avec des fourrures artificielles.
Pendant longtemps cependant, le travail de Joanna Malinowska s’est inspiré avant tout de l’immatériel. Se référant explicitement au travail de Bas Jan Ader (In Search of the Miraculous, 1975 ; Exposition Ailleurs, 2010), Malinowska recherche elle aussi le miracle, dans la musique notamment, de Glenn Gould à John Cage, de Masami Tomihisa à Piotr Anderszewski, et dans l’écoute fervente qu’elle sollicite en nous (In Search of the Miraculous, continued, 2006). L’artiste ira jusqu’à créer, avec Masami Tomihisa, un quintette pour deux violoncelles, deux altos et un cadavre (2008), une performance-concert explorant le silence de la mort.
Les explorations de Malinowska nous conduiront aussi à la rencontre de peuplades oubliées par nos cultures, qu’il s’agisse d’Inuits, d’habitants ancestraux du pourtour du lac Titicaca ou des déserts du centre des Etats-Unis, ou encore de SDF polonais à New York. Et peu à peu, dans le monde de Malinowska, au fil de ces rencontres, « les choses changent » – ou plutôt, elles apparaissent. Malinowska se met à rencontrer les objets. Et l’inspiration se déplace : la voilà qui s’intéresse aux travaux de Graham Harman, qui affirme l’autonomie des objets, appelle à un « retour aux choses en tant que choses mêmes » et considère que la vie réelle des objets peut être le sol fertile d’une métaphysique nouvelle, révèlant un étrange réseau souterrain de relations interobjectales. Mais l’attrait nouveau de Malinowska pour les objets n’est pas seulement théorique : il y a une joie du « fabriquer », toucher, mélanger, créer plus grand que soi, comme le désormais célèbre « boli*», immense sculpture (254 x 264 x 396 cm) faite de bois, de plâtre, de colle, de lambeaux de L’Ethique de Spinoza, d’un litre d’eau du Détroit de Bering et d’un pullover de Evo Morales, obtenu par voies diplomatiques… (voir The Shape of Things to Come, New Sculpture, Saatchi Gallery 2011). Ainsi transporté, transformé par les mains de l’artiste, de la matière dont il est fait à une vie intelligente, le boli de Malinowska admire une toile de Malevitch. Ou quand le pouvoir secret des choses rencontre celui de l’art. « Je ne crois pas tout à fait que mon boli puisse changer le monde, dit l’artiste, mais j’aimerais lui laisser le bénéfice du doute. » Un bénéfice qu’elle s’accorde à elle-même aussi, quand elle se décrit non sans ironie comme un « oiseau rare » à New York avec son étrange accent polonais et sa manière politiquement incorrecte de redorer le blason des mythes de la colonisation américaine.
Le doute, pour Malinowska, est toujours un moteur, jamais un frein. Et en s’intéressant aux objets, elle ne s’éloigne finalement pas tant de ses amours premières pour la musique que l’on ne pourrait le croire : d’une certaine manière, elle ne fait que poursuivre sa quête de représentation de l’invisible, de revitalisation du potentiel métaphysique caché au détour des notes comme de la matière.
Dans Umanaqtuaq, Malinowska s’approprie le musicien inuit Jimmy Ekho, star du grand nord qui incarne un Elvis Presley d’autrefois, et s’accorde à elle-même « le droit de jouer » et d’exploiter sans remords tous les contrastes et toutes les rencontres des cultures no-ccidentales qui la fascinent. Plumes, tissages, céramiques, viennent ainsi contraster son monde d’images en mouvement, d’images en musique. « Il y a des choses sous la surface, des choses implicites », dit-elle, des choses vivantes, A Sudden Wave of Material Culture, qui peut encore nous éveiller à l’écoute fascinée du chant des baleines, à la poésie, à l’Ailleurs. Ami Barak
Joanna MALINOWSKA
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