Montrées pour la première fois à Paris, après avoir été dévoilées au printemps 2011 au Centre d’Art de l’Isle-sur-la-Sorgue, les pièces d’ « Histoires naturelles » de Catherine Noury transcendent les leçons de choses en moments poétiques.
Ce nouveau travail qui entrecroise broderie, photographie et dessin s’inscrit dans le sillage des Louise Bourgeois, Annette Messager et de bien d’autres artistes contemporaines dont les pièces textiles revendiquent avec la broderie la dimension féminine de la fabrication et leur rapport au temps très particulier.
“Je crée des réserves de temps. Je brode à la vitesse où ça pousse en réalité“ nous dit Catherine Noury.
Rêver la réalité…
« Observer, c’est remarquer un détail puis le détacher de son ensemble et ainsi mettre en valeur l’infime partie repérée comme curieuse, intéressante voir étrange. Une forme qui devient essentielle pour être transformée en œuvre sculptée de fils, entre autre. Avec un fragment pris à la réalité, Catherine Noury embarque dans une histoire propre à son œuvre, une histoire où la dimension du rêve est réalité. C’est un monde où le merveilleux s’épanouit dans les entrelacs de soie et de coton.
L’univers poétique de Catherine Noury se développe pleinement dans une recherche de l’intime non confiné. Là où le monumental n’est pas nécessaire pour l’étonnement. C’est dans un espace aux petites dimensions que l’émoi vous envahit et que vous commencez à découvrir puis voir ses sculptures et ses dessins.
(…) Ces différents projets, aux respirations captées dans la nature, l’entraînent à créer des œuvres en mutation, entre végétal issu de la terre et représentation sophistiquée du même végétal, dans un travail de « fourmi brodeuse ». Ainsi Catherine Noury dresse lentement une série Algues en fil de coton d’un vert éclatant, qui sent bon le printemps, qui hors de la couleur s’apparente à une structure pulmonaire. Ces rameaux composites sont peut-être l’image d’une symbiose entre la respiration et le monde végétal et animal et celui de l’être humain, et pourquoi pas l’étendard d’une forme de manifeste pour un équilibre terrestre rêvé. La métamorphose commence à s’accomplir lorsque Catherine Noury ramasse, sur les plages bretonnes, des brins de fucus qu’elle fait sécher pour lui permettre de réaliser enfin ses premières greffes de coton et de fil d’or : « Algue noire » la première algue mutante se concrétise et accède au statut d’œuvre. Dans le même laps de temps et toujours dans cet état d’esprit avec, « Poumon » elle sculpte trachée et bronches dans des coloris teintés de romantisme avec des fils noir bleu profond et rouge, ornés de fils d’or.
(…) Catherine Noury, avec son travail avec le fil, nous permet de découvrir ce qui n’est pas décelable et visible à l’esprit commun, les références sont libres puisqu’elles appartiennent au monde de la nature accomplie, entre humaine et végétale, là où la brindille devient bronche où la branche devient algue et l’algue devient poumon qui devient nuage. Une nature où les histoires font des ricochets jusqu’aux nuages. » Yves Sabourin Inspecteur de la création artistique
A propos de CATHERINE NOURY
Née à Lorient, Catherine Noury vit et travaille à Paris. Après des études de littérature et de linguistique, elle devient photographe en 1989. Elle démarre en 2004 un projet sur le portrait qui l’amène à réaliser une série de silhouettes cousues. Ce sera le point de départ de son travail avec le fil, dans lequel elle étudie au plus près, -avec une technique de broderie en volume- les motifs du paysage et de l’anatomie.
Galerie SIT DOWN
Du 15 mai au 13 juillet 2012, l’exposition « Seasons » présente deux collections « sœurs » du designer allemand Valentin Loellmann : la collection actuelle, « Fall/Winter », déjà distribuée en exclusivité par la Galerie Gosserez et très remarquée au Pavillon des Arts et du Design, et la nouvelle collection, justement nommée « Spring/Summer ». Ces deux séries de pièces de mobilier témoignent de la recherche d’une expression organique du design, loin de la grammaire géométrique habituelle, visant à ouvrir un nouvel espace de création où le design ne cherche pas tant à donner forme à la nature qu’à en tirer son origine même.
Fall/Winter. La collection Fall/Winter comprend une série de mobilier aux dimensions, structures et usages différents. Bien que variées en tailles et dispositions, toutes les pièces partagent une signature commune, avec un piétement en noisetier assemblé par tenons et mortaises à un plateau de chêne. Un mélange de sciure et de résine est utilisé pour enrober ces assemblages et créer une esthétique résolument organique dont toute forme saillante a disparu.
Les pièces sont ensuite brûlées et passées à la cire, après quoi le plateau est poncé au sable, poli et traité à l’huile. Les branches de noisetier, choisies pour leur robustesse et leur droiture, donnent à ces structures leur mouvement dynamique et confèrent à chaque objet son caractère distinct et unique immédiatement reconnaissable. Chaque pièce est fabriquée à la main, signée et numérotée.
Spring/Summer. La Galerie Gosserez présente une avant-première exclusive de la nouvelle collection Spring/Summer du designer Valentin Loellmann, qui s’inscrit dans la continuation et comme un écho à la série très remarquée Fall/Winter. Cette nouvelle collection, à laquelle de nouvelles pièces pourront s’ajouter au fil du temps, se décline autour d’objets associant un plateau ou une assise en chêne, sur lequel on vient modeler un piétement en métal forgé.
La base métallique est ensuite plongée dans une solution électrolyte pour la recouvrir d’une peau de cuivre. La partie en chêne est longuement travaillée, polie, brûlée puis passée au sable, pour obtenir un magnifique fini cuir mat. Le corps de métal sculpté autour de l’assise permet d’introduire un élément plus minéral mais sa patine cuivrée irradie de chaleur et vient se marier avec le plateau de chêne noir, évoquant les couleurs changeantes des saisons dont l’exposition tire son nom.
Valentin Loellmann, né en 1983 en Allemagne, a grandi dans un environnement familial très créatif, éveillant très tôt en lui une vocation artistique. Après son diplôme à l’académie des Beaux-Arts de Maastricht, aux Pays-Bas, il y ouvre un studio de design, et se met immédiatement à créer son propre univers et à réaliser des commandes spéciales, s’attirant rapidement une reconnaissance et une clientèle internationales. Mêlant ses inspirations de chineur, de rêveur, d’amoureux du bois, de designer et d’artiste, Valentin Loellmann explore continuellement les allers-retours et les correspondances entre le passé et le présent, l’ancien et le nouveau, le naturel et l’artificiel.
Galerie Gosserez
Le Prix HSBC pour la Photographie s’associe à la Galerie Seine 51 pour présenter les oeuvres de ses lauréats 2012. Léonora Hamill et Eric Pillot ont été remarqués parmi plus de 500 photographes par Rafael Doctor Roncero, conseiller artistique.
Léonora Hamill, Franco-Britannique, née en 1978, vit et travaille entre Londres et Milan, définit sa série, Art in Progress (2012) : « Je photographie les ateliers vides dans les écoles d’art, des espaces marqués par le passage du temps et par le passage des étudiants. La création qui a lieu dans ces espaces se fonde sur un dialogue qui jaillit des recoupements continuels entre passé et présent et sur un équilibre précaire entre l’expérience individuelle et l’expérience collective. »
Eric Pillot, Français, né en 1968, vit et travaille à Paris, présente sa série, In Situ (2010) : « Pour moi, l’animal représente à la fois une figure de l’autre et une porte d’entrée privilégiée vers l’imaginaire. Mes photographies d’animaux dégagent à la fois de la tendresse et une certaine mélancolie, liée à la condition d’être vivant ». Le Prix HSBC pour la Photographie accompagne ses lauréats en publiant avec les éditions Actes Sud leur première monographie et en organisant une exposition itinérante de leurs oeuvres dans des lieux culturels renommés.
Galerie Seine 51
L’artiste plasticienne Elisabeth de Castro Barbosa, dite Eliz Barbosa, vit et travaille à Paris, après des études aux Beaux-arts de Bourges.Elle naît et grandit dans la région Centre. Elle intègre l’école des Beaux-Arts de Bourges (1996-1998) et obtient deux mentions au DNAP et au DNSEP. Elle vit et travaille à Paris. Fondatrice des éditions de l’Horizontale, qui édite des livres d’artistes, elle expose régulièrement ses oeuvres en France et au Portugal.
« La botanique est une érotique féconde, disent les traits exquis d’Eliz Barbosa, délicate impertinente, qui convie à l’émerveillement. Le travail toujours sensible de l’artiste explore la nature dans son immense et fragile amplitude. Le détail, qu’il soit racine, pétale, bulbe, tige ou feuille dit chaque fois le grandiose en sa finesse. Dans ces compositions, le vivant se lit dans des tracés inouïs. Le support, soigneusement façonné est un sillon, la cire est une sève. La croissance merveilleuse, la vie fulminent : l’artiste les saisit dans le flamboiement d’une tige rouge. C’est l’exquis. L’humus est palpable. Les sens émoustillés. Après les libellules lubriques, la chair écorchée, le papier du désir découpé, l’hybride animal, Eliz Barbosa continue son exploration espiègle et attentive du vivant. Le végétal redit l’humain : ses racines, tel un rhizome postmoderne, conquièrent des profondeurs insondables. Les fines arborescences s’aventurent dans un devenir d’incandescente blancheur. La nature n’est pas morte. Jusqu’où ira le trait ? » Anne-Sophie Jouanneau, éditrice et Chroniqueuse
La Galerie Depardieu
Christian Depardieu a ouvert le 8 juillet 2004 un espace avant-gardiste dédié à l’art contemporain au 64, boulevard Risso à Nice, face au Musée d’Art Moderne et d’Art Contemporain. Depuis vingt ans, Christian Depardieu est au contact du milieu de l’art en France et à l’étranger. Face à un vaste mouvement d’uniformisation et de mise en réseau des cultures, certains artistes affirment leurs différences sans toujours pouvoir les faire reconnaître.
C’est pour offrir à ces individualités fortes, nationales et internationales, un espace de rencontre dans une ville cosmopolite comme Nice où les artistes, célèbres ou pas – ont si souvent choisi de vivre et de travailler – que la galerie Depardieu accueille 5 à 6 expositions par an. La galerie s’attache à montrer, dans un choix très éclectique, des artistes travaillant sur des divers médiums : peinture, sculpture, photographie, vidéo, art numérique, installations… Afin de favoriser l’accès à l’art contemporain, la galerie met en place de manière permanente des médiations culturelles de l’art envers différents publics. Rencontres d’artistes, conférence, manifestations musicales, performances sont également organisées afin d’inciter le public à se confronter à l’art contemporain.
Du 31 au 25 août 2012, la Galerie VU’ expose pour la première fois en France, Stiller Besuch de Ester VONPLON, jeune artiste suisse qu’elle représente depuis quelques jours.
Ester Vonplon a derrière elle une première carrière de snowboardeuse et de skateboardeuse professionnelle lorsqu’elle achète, sur un marché au puces en 2003, son premier appareil photo. Elle glane sur Internet des rudiments de technique et entre, quelques années plus tard, à la Fotografie am Schiffbauerdamm de Berlin dont elle sort diplômée en 2007.
Elle réalise un premier travail dans une salle illégale de free fight en Allemagne avant de renoncer à toute approche documentaire pour faire de la photographie la compagne de ses déambulations solitaires, d’abord en Europe de l’est et dans les Balkans, puis dans sa Suisse natale.
Ester Vonplon, dont le travail a tout d’abord été salué en Suisse, obtient une reconnaissance internationale en 2011 : elle est l’une des lauréats du prix Talent du Foam. Après avoir présenté pour la première fois ses photograhies en France à l’occasion de Paris Photo 2011, la Galerie VU’ est heureuse d’offrir la totalité de ses espaces à cette jeune artiste qui est par ailleurs, et depuis ses débuts, soutenue par un artiste majeur de la Galerie VU’, Michael Ackerman.
L’exposition Stiller Besuch (Visite silencieuse) présente deux séries de travaux unis par une dialectique paradoxale du lointain et du proche, du familier et de l’étrange.La série Wenn das Wetter nicht mehr kaputt ist, werden wir spazieren gehen (Quand le temps ne sera plus cassé, nous irons nous promener) a été réalisé au Kosovo entre 2007 et 2009.
Son goût pour l’errance dans des pays dont elle ignore tout conduit l’artiste dans le village de Rahovec/Orahovac où elle finit par partager, dans cette enclave serbe du Kosovo, le quotidien d’une famille Rom. Ester Vonplon répond d’abord à la demande de photos souvenirs des Gashi puis photographie pour elle-même, en interaction constante avec la famille. Les accidents et les imperfections sont largement dus à l’ancienneté du matériel et aux conditions de développement des pellicules sur place. Ils ne sont pas particulièrement recherchés mais ils traduisent sans doute quelque chose de la dureté et de la précarité de la vie de cette minorité rejetée. Néanmoins, la série, traversée par une énergie et un merveilleux féerique tout enfantins, rend surtout compte de la complicité que l’artiste a su créer avec les plus jeunes.
Après cette plongée dans un inconnu qui lui est devenu familier, Ester Vonplon décide en 2009 de se tourner vers la région suisse de la Surselva où vit une partie de sa famille. La série Surselva (2009-2011) alterne paysages montagneux, vues d’extérieurs de chalets en ruine et d’intérieurs étrangement préservés. L’artiste, pour être au plus près des émotions ressenties et des sentiments à exprimer, passe du Polaroid à la chambre photographique, et d’un noir et blanc âpre à des couleurs improbables. Comme l’écrit Simon Maurer, directeur de la Helmhaus de Zurich qui a présenté récemment une partie de la série, « Ester Vonplon ne montre pas une Suisse de carte postale. Mais une Suisse dont les Suisses eux-mêmes ne sont pas familiers, ou qu’ils préfèrent peut-être simplement ignorer. » De fait, la nature apparaît hostile et semble recouvrir petit à petit les dernières traces fragiles d’une occupation humaine passée. La série Ruinaulta, réalisée cet hiver et entièrement inédite, radicalise le propos : les paysages blancs pris au Polaroid dans la vallée austère et encaissée du Rhin antérieur dialoguent avec les photographies de portraits d’habitants aujourd’hui décédés.
La Galerie VU’ présentera également d’autres séries d’Ester Vonplon sous la forme d’un slideshow et de livres d’artiste qu’elle conçoit et fabrique elle-même. A découvrir également Cudesch da visitas, publié en édition limitée par b. frank books, qui rassemble les séries réalisées en Suisse.
BIOGRAPHIE Née en 1980 à Zurich. Vit et travaille à Zurich et Castrisch. Diplômée de la Fotografie am Schiffbauerdamm, Berlin, en 2007.
Galerie VU’
“Avant, j’étais comme un rien. Aujourd’hui, je suis une personne parlante.” Pume
Pume par Jean Loup Pivin
Pume fait partie de ces artistes qui construisent une vision du monde, de la réalité, qui leur est propre. Comme l’Ivoirien Bruly Bouabré ou le Béninois Georges Adeagbo, Pume offre des formes intrigantes que l’on peut appeler artistiques, qu’il intègre dans un discours, une morale, une “vision” explicites du monde.
L’observation de la société, des sociétés dans leur actualités et leurs permanences, des phénomènes naturels, de la faune et de la flore, de tout ce qui touche de près ou de loin à l’humain, les nourrit dans une logique qui peut échapper parfois à l’entendement : la démonstration que la mathématique de l’univers peut exister sans réduction de poésie, la démonstration que le monde de la Raison reste une terre inexplorée en est le corollaire. Chaque oeuvre de Pume va forger la “preuve” que l’utopie est possible. Puisque Pume peut en donner une image, c’est donc non seulement que l’utopie est possible, mais qu’elle est réalité.
Roland Barthes évoquait la dimension littéraire des utopistes Sade, Fourrier, Loyola en montrant que toute pensée ne peut s’abstraire de la forme qu’elle revêt. Si Barthes évoque ainsi la forme littéraire, pour Pume, la forme est la sculpture, la maquette, le dessin. Et c’est donc l’oeuvre avec ou sans élément contextuel, avec ou sans discours éclairant ou obscurcissant, qui nous raconte une histoire, une idée qui fera sourire, intriguera ou émerveillera. Si l’on pose une question, il ne s’agira jamais de réponse, mais bien de la Nature de la réponse, son esprit. Comme un Grand Esprit pour ne pas dire le Saint-Esprit, même si pour Pume il est important de rappeler que Dieu est en nous.
De ses “Chaussures croissantes”, devenues ses indiscutables best seller pour collectionneur, à la très récente sculpture métaphorique “Métamorphose”, il construit les grands chapitres de la découverte des “mystères de l’invisible”, en espérant participer à faire naître l’harmonie du monde et de la société, dans ce chaos que Dieu nous a donné comme épreuve à notre sagesse. Et si Dieu est Dieu, et à vénérer dans toutes ses inventions, Pume est néanmoins le chercheur, l’ingénieur, l’architecte, le mécanicien, l’inventeur de ce nouvel ordre de l’humanité tout en restant cet homme de l’art, cet artiste qu’il reconnaît être en lui, pour assumer cette intuition qu’il a de l’harmonie.
Dans un sourire complice, il crée ce double “Bylex” bien plus puissant que lui car il est désincarné, il n’a pas la faiblesse de la chair, il a la puissance de la prophétie. Bylex est cette vision qui seule est capable de définir une globalité. Ce n’est pas un surnom, c’est un produit, c’est un système, c’est un ordre du monde. Bylex a son drapeau et se décline sur tous les supports du plus prosaïque au plus théorique. Et Pume peut en être le porte-parole, jusqu’à parfois confondre les « je P P ume » ou les « je Bylex ». Quelle gymnastique de l’esprit pour résoudre logiquement ce qui ne peut pas l’être !
Dés lors que Bylex, la géniale invention de Pume, est créé, Bylex n’a plus qu’à se développer pour convaincre et séduire le monde. Jean Loup Pivin, mars 2012
Pourquoi pas Bylex ? par Pume
Bylex n’est pas une personne, c’est une marque qui définit l’organisation du monde que s’est créé Pume et dans laquelle vit Pume. On pourrait croire que Bylex est un pseudonyme dont l’artiste Pume parle comme d’une entité carnée ( ? ), désincarnée ( ? ), à la troisième personne, sauf qu’il en est le créateur. Bylex est une proposition de Pume : son « pourquoi pas ? » fondateur.
« Pourquoi pas ? » dit Pume en opposant cette question à celle qu’il reconnaît tout aussi fondamentale du « pourquoi ? » mais qu’il juge stérile ou prétexte à toutes les élucubrations et les pugilats, sans solution. Alors que le « pourquoi pas ? » propose. L’œuvre de Pume est une proposition, qui force chacun à se poser au moins une seconde la question du « pourquoi pas ? ». Avec le but ultime que chaque proposition permette d’atteindre le « satiayouga » terme japonais qu’aime citer Pume pour désigner la satisfaction totale, l’harmonie dans le monde.
Bylex nous convie à comprendre les forces du monde jusqu’à se « casser la tête ». À force de réfléchir, il – l’Homme – « a mal à la tête ». Il a besoin de se reposer en laissant ses formes vivre leurs vies encadrées, envitrinées. Le monde de Bylex nous « bylexe », nous rend ainsi plus riches et heureux et à commencer Pume.
Il y a bien longtemps, en 1996, Pume me disait « Il y a des gens qui se disent, voilà, la mouche est très sale, tout ça … Mais moi j’ai observé la mouche à travers la loupe. J’ai remarqué que la mouche est drôlement belle avec son vert métallique, avec la couleur jaune dorée. Et je m’étais dit que je peux composer une tenue (vestimentaire) à partir de la mouche ». Même si j’écrase toujours cette mouche devenue admirable – quand j’y arrive -, quand elle m’échappe, j’ai désormais un pensée pour Pume. Souvent aussi me revient une de ses paroles éclairantes : « Il n’y a pas que les riches qui n’aiment pas la pauvreté, les pauvres détestent la pauvreté ». Et oui, dire l’évidence est probablement une.
Bylex aurait pu être littéraire, il est avant tout une production formelle accompagnée de paroles, parfois d’écrits. Comment associer l’œuvre formelle de Pume à l’ensemble de sa parole, de son comportement, de sa pensée ? Une œuvre formelle essentiellement faite de maquettes de ce qui existera grandeur nature. Un jour. À n’en point douter dans un futur mais qui intéresse peu Pume puisque la réalité de son monde existe déjà. Le modèle réduit est là et il se suffit à lui-même.
Et comme le monde de Bylex est joyeux, on peut même conclure par un grand éclat de rire et comme le dit Pume : à bas les « frappes en l’air » (ceux qui remue l’air) à bas « les copistes ratistes » (le copiste ou plutôt le copieur tellement bête qu’il recopie les ratures) à bas « le bœuf-laid-raid » (l’idiot). Jean Loup Pivin, mars 2012
PUME-BYLEX
N é en 1968 Vit et travaille à Kinshasa, RDC ongo
Issu d’une famille d’artisans, son père est menuisier, il suit des études secondaires et reçoit un diplôme de pédagogue. Pume peu attiré par l’éducation des enfants décide de suivre son destin.
Il dit que sa fascination de la logique, de la relation de cause à effet, des sciences vient de son observation des machines de projection cinématographique, qu’il regarde tourner inlassablement dans les cinémas. “Ceux qui ont inventé cet engin ne sont ni Dieu, ni anges, … alors pourquoi pas moi ?” Il invente sa propre machine à énergie solaire, vendue dans une foire. Avec les gains, il s’achète un projecteur…
En 1988, une voix (la voix de Byl, l’ “homme” qui ne veut pas perdre son temps) lui chuchote que tout est possible, qu’il faut être calme, qu’il n’est pas venu sur terre pour rien. “Né dans une famille riche, je n’aurais jamais eu le goût de pousser aussi loin. Mais on n’est tout de même pas venu au monde pour embrasser la souffrance.”
Mais que faire ? Pendant quatre ans, il va méditer sur la “statue Byl”, représentation symbolique de son passage à l’art. Il raconte : “Les femmes ont une richesse cachée. Elles chérissent avec tendresse leur enfant pendant neuf mois. Si on ne devient pas artiste, on ne sera jamais en mesure de leur payer la facture pour les remercier de nous avoir mis au monde. Avant, j’étais comme un rien. Aujourd’hui, je suis une personne parlante”.
En 1995, Pume participe à une exposition au Centre Culturel Français de Kinshasa avec une sculpture, «La maternité”, qui permet à Revue Noire de le connaître. Un article et la couverture du numéro Kinshasa le mettront en lumière. Tous ses codes sont alors définis dans les différentes oeuvres qu’il réalise : bureau, fauteuil, costume, « baiser de cochons, la « cité touristique »,…, sont déjà là. De même que les codes formels qu’il ne cesse de développer comme le carroyage («l’échiquier”) de l’ordre et de la science, la vitrine qui protège le précieux prototype et ses codes couleurs dont les célèbres « noir-corail » ou « blanc-oyant ».
En 1997, premier voyage en Europe, à Paris, pour l’exposition collective de Revue Noire “Suites Africaines”. Puis s’enclenche une suite d’expositions collectives prestigieuses dont “Partage d’exotismes” (Biennale de Lyon de 2000) et à partir de 2004 “Africa Remix” (Düsseldorf en Allemage, Centre Pompidou à Paris, Londres, Tokyo…). Une exposition personnelle importante “The world according to Bylex” à Bruxelles en 2008 précéde la présente exposition «Pourquoi pas Bylex ?” conjointement à la galerie Revue Noire et à la Halle de la Gombe à Kinshasa.
MAISON REVUE NOIRE
Si la peinture existe grâce à la lumière, pour Yuuko Suzuki l’ombre est la lumière. A ce propos, l’artiste nous rappelle que dans sa langue maternelle, le japonais, il existe un même mot pour signifier ces deux termes. Le mot kagué est utilisé pour désigner aussi bien ce qui est lumineux et brillant (tel que la lumière de la lune : tsukikagué), que pour désigner le reflet de quelque chose sur l’eau, l’aspect d’un visage, la silhouette d’une personne ou bien l’ombre d’un arbre.
Cette exposition nous montre comment dans son travail de l’encre et des couleurs, l’artiste n’oppose pas l’ombre à la lumière, mais crée plutôt un univers où l’ombre et la lumière sont une seule et même chose.C’est dans cette absence de dualité que Yuuko Suzuki se sent vraiment libre d’explorer les mille et une subtilités de l’encre, pour laquelle elle utilise toujours des bâtons de très bonne qualité (certains ont plus de 100 ans).
« Je laisse jouer l’encre telle qu’elle est, nous dit l’artiste, je me laisse guider par la clarté et la transparence de l’encre qui amènent très loin, au-delà du temps ». Installée depuis 25 ans à Paris, Yuuko Suzuki constate que l’esprit qui permet à l’encre et aux couleurs de se révéler sur le support est encore très largement méconnu en Occident. La luminosité raffinée de l’encre dépend aussi de ce qu’on appelle « les quatre trésors du lettré »: qualité du bâton d’encre, de la pierre à encre, des pinceaux et du papier. Elle se révèle également sur d’autres supports, tel que la soie, très utilisée par l’artiste.
L’art de Yuuko Suzuki nous fait voyager dans les rêveries de l’expression d’une encre joyeuse qui renouvelle fortement ce que l’on connaît déjà dans ce domaine. Pour cette exposition, seront présentées des créations contemporaines à l’encre avec encadrement en kakejiku ainsi qu’en édition de bibliophilie, réalisées notamment, avec les papiers des illustres maîtres artisans de la Maison Fukunishi du Mont Yoshino, dont l’extrême qualité est reconnue depuis plusieurs générations et qui « font vivre la joie de l’encre » nous dit-elle.
La Maison Fukunishi et le Mont Yoshino
Située au Mont Yoshino dans la préfecture de Nara, la Maison Fukunishi est actuellement dirigée par le cinquième et le sixième maître dans l’art de la fabrication du papier : papiers pour le marouflage, la restauration des oeuvres classées « Trésor National », papiers pour la création, notamment des papiers colorés avec des teintures végétales totalement naturelles.
Le papier est fabriqué selon des procédés entièrement traditionnels et artisanaux à partir de leur plantation de kôzo, une variété de mûrier. Un film produit en 2009 par la chaîne de télévision TBS retrace les multiples étapes très complexes de la fabrication de leur papier.
En dehors du Japon, la Maison collabore avec des musées en Europe (le Louvre, le British Museum, et le Museum National de Norvège), aux USA, ainsi que dans le reste de l’Asie. Le Mont Yoshino est considéré comme le berceau de l’art de l’encre au Japon. C’est une région connue pour ses cerisiers en fleurs, on en compterait environ 100.000. Ces arbres sont considérés comme sacrés.
C’est aussi un lieu très important pour la culture ancestrale japonaise. Le Mont Yoshino est un haut lieu des religions: le shugendô, fondé ici il y a 1.300 ans à partir du culte chamanique des montagnes, le bouddhisme et le shintoïsme. En 2004, les chemins de pèlerinage du Mont Yoshino ont été inscrits au patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO.
Lorsque Yuuko Suzuki travaille avec un support papier, elle apprécie énormément le papier de cette Maison pour son immense savoir-faire et son profond respect de la nature, ainsi que son amour de la transmission.
« On sent la pureté de l’eau et la lumière propre au Mont Yoshino dans le papier. Les reflets de l’encre et des couleurs sont uniques, » nous dit l’artiste. Dans le cadre de l’exposition « L’ombre est la lumière », elle a invité le sixième maître de la Maison Fukunishi et son épouse, partenaire indispensable dans la fabrication du papier, à venir présenter leurs papiers dans sa galerie les 2 et 3 juin.
Biographie de Yuuko Suzuki
Peintre et calligraphe originaire d’Osaka au Japon, Yuuko Suzuki débute son apprentissage de la calligraphie à l’âge de 6 ans auprès de grands maîtres renommés, notamment le maître Nanboku Sumiyama. Elle réside en France depuis 1987 et c’est l’une des calligraphes japonaises les plus réputées à Paris où elle a enseigné plus de vingt ans, dont au Musée National des Arts Asiatiques Guimet où elle dirigea les ateliers d’art japonais et d’art bouddhique de 2002 à 2011.
Yuuko Suzuki a réalisé de nombreuses expositions ainsi que des performances en public, dont une au Musée Guimet en 2010 lors de la Nuit Européenne des Musées.
Elle est l’auteur de l’ouvrage “Calligraphie japonaise” (éd. Fleurus) et de plusieurs publications artistiques en collaboration avec des écrivains et poètes français. Elle publie également des poèmes au Japon et a réalisé des logos pour des entreprises, entre autres pour les parfums Kenzo.
L’artiste utilise toujours des matériaux précieux dans ses créations : papier japonais, pinceaux et encres de la région de Nara, berceau de l’art de l’encre depuis plus d’un millénaire, où oeuvrent toujours les meilleurs maîtres artisans. Ces trois éléments, auxquels s’ajoute la pierre à encre, constituent les quatre trésors du lettré.
Sa démarche artistique s’oriente dans deux directions :
La galerie Yuuko Suzuki – Clair d’encre
Ouvert en octobre 2011 au Village Saint-Paul dans le quartier du Marais à Paris, cet espace est né de la rencontre il y a plus de 10 ans entre une peintre, Yuuko Suzuki, et un poète, Pierre Godo. Responsable de la galerie, Pierre Godo est un fin connaisseur et amoureux de la culture japonaise depuis son premier voyage au Japon effectué à l’âge de 11 ans.
Il est aussi philosophe, domaine qu’il a enseigné pendant 14 ans, plus particulièrement l’esthétique et la philosophie de l’art. En tant que poète, il a publié plusieurs recueils de poésie, dont trois avec les peintures de Yuuko Suzuki qu’il accompagne durant des performances.
Galerie Yuuko Suzuki – Clair d’encre
Pour commencer l’été 2012 en beauté, le Musée du Vin donne Carte blanche à Sylvie Hauser pour organiser une exposition d’art contemporain dans ses trois magnifiques salles voûtées. Ainsi, 6 artistes (peintres et photographes) présenteront une cinquantaine d’oeuvres sur le thème du vin du 2 juin au 14 juillet 2012 aux visiteurs du Musée : Colette Bouriat ( lithographie), Anne Damesin (peinture), Christophe Daubié (peinture), Michel Gomart (photographie), Henka (peinture), Pascale Simonet (peinture).
Bacchus et Dionysos ont été honorés bien souvent, et certains peintres, tel Van Gogh et La vigne verte ont témoigné de la beauté des paysages de vignes.
Aujourd’hui, ces artistes contemporains vous offrent leurs créations inspirées par le vin et la vigne. Situé à deux pas du Trocadéro, le Musée du Vin présente une collection de milliers d’objets sur la vigne et le vin exposés dans ses galeries souterraines situées dans la colline de Passy. Anciens celliers de l’Abbaye de Passy, construite au XVème siècle, ils furent utilisés par les Frères de l’Ordre des Minimes du Couvent de Passy pour y entreposer leur vin jusqu’à la destruction de l’Abbaye par les révolutionnaires en 1789. Aujourd’hui, le Musée du Vin propose ces espaces à la restauration, à la dégustation, aux cours d’oenologie et aux événements d’entreprise.
Musée du Vin
Photographe né voici trente 39 ans dans l’est de la France, Tiery B. est à sa manière propre un héritier de Pierre Klossowski. On se souvient que l’auteur de la Révocation de l’Édit de Nantes, au terme d’un long temps consacré au roman, renonça sur le tard à l’écriture au profit du dessin. Ce faisant, Klossowski recherchait une formulation plus directe, plus sensitive aussi, de ses fantasmes d’auteur.
Tiery B., qui a écrit deux romans, a pareillement choisi de se concentrer en priorité sur l’image, photographique en ce qui le concerne, en une identique quête de concordance entre le vif et l’exprimé. « La photographie est venue lorsque j’ai réussi à faire le deuil de l’écriture, explique-t-il. L’écriture avait tendance à magnifier ce qui pouvait traverser ma vie. Elle était plus trompeuse. En revanche, en photographie, je veux restituer quelque chose vécu dans l’instant, quasiment sans réglages, sans artifices. »
« Leur confiance de pauvres travailleurs, rien que cela, il me la faut. Je renonce au reste, aux louanges. Je marcherai donc. Et peut-être que mes pas, bientôt, ne feront plus qu’écraser mes derniers délires. Qu’importe, j’ai eu le temps de danser. Et surtout je n’ai plus besoin de Lui. J’ai fait connaître ce qu’il voulait qu’on sache. Son message est plein. Les désirs et les rires s’élèvent par-dessus les toits, ma ferveur passée est morte, je ne sais plus comment croire et douter. Le vent a soufflé. Parce qu’une fois j’ai marché dans la nuit, je peux goûter le mystère le jour, quand je le veux, et puisque l’idée abstraite n’a pas atteint son plus haut sommet, me taire, comme toute chose qui ne doit point périr charge l’éternité de la raconter. Prince, tu ne parles plus, tu m’as trompé : il n’appartient qu’à moi désormais de prolonger ta misère, de jouer jusqu’au bout. A cause de toi je ne songe plus qu’à une chose : vivre ou mourir; à une autre parfois, la plus pénible des deux : vivre en me taisant, non plus comme toute chose impérissable, mais en accomplissant ce que mes proches attendent de moi, c’est-à-dire au fond peu de chose. » Tiery B.
Maison de la Mutualité
C’est un bien précieux qui est au coeur du travail photographique de Georges Saillard. Celui du temps. Le temps que nous ne prenons pas, ou que nous ne prenons plus. Celui qui nous permet de nous poser et d’être disponible. Prêt et ouvert à la rencontre. À l’autre.
Au cours de sa longue carrière de photo reporter puis de photographe de mode, Georges Saillard a ressenti de plus en plus fortement la pression imposée par le rythme des campagnes de publicités, des collections de mode… Une course contre la montre qui lui et inexorablement apparue vaine, au regard des rencontres qu’il faisait en parenthèse des commandes qui l’ont amené aux quatre coins de la planète.
En quête de sens, mais avec le beau comme impératif, il s’est donc mis bénévolement au service de plusieurs ONG. Au cours de ses nouvelles missions, de ces nouveaux voyages, il a pu «s’offrir» des espaces d’exploration photographique inédits, développer une écriture plus sensible, une recherche plus personnelle.
De ses apartés en Afrique ou en Inde, Georges Saillard a ramené des images hors du temps. Des rencontres et des liens construits et entretenus par une approche empathique de la photographie. Il a acquis la confiance des Massaïs et de Pygmées. Ce n’est pas l’image volée, ni le coup d’éclat visuel qui intéresse le photographe. C’est bel et bien le temps imprimé, mémoire de chaque rencontre. Retrouver le souffle de la découverte, l’apprentissage de l’autre en même temps que l’apprentissage de soi. Ces rencontres sont pour lui des moments hors temporalité. Sur les images de Georges Saillard, le temps est en marche, tactile, visible… Nous assistons à ces moments d’échanges, dans leurs hésitations, leurs pudeurs, leur confiance. Mais aussi au final leur lâcher prise.
En choisissant l’héliogravure au grain* pour ses tirages, Georges Saillard matérialise par le procédé ce travail du temps. Ses images nous incitent à l’arrêt. Elle deviennent sons et réminiscences. C’est toute la patience nécessaire pour installer la confiance et l’échange que nous expérimentons à notre tour.
Cette technique permet non seulement à Georges Saillard de jouer avec l’image, d’aller au-delà de la photographie, mais aussi d’isoler ses sujets, modèles et amis, dans une atmosphère un peu irréelle, par l’adjonction de couleurs. Il les soustrait à l’instant et nous invite à dialoguer avec eux, à entrer dans leur histoire, à partager avec eux l’écoulement du temps. Ils viennent chuchoter à nos oreilles et leur image s’imprime dans nos esprits.
L’exposition présentée par la Little Big Galerie, «Rencontres hors du temps», proposera aux collectionneurs et amateurs des héliogravures en édition limité, mais également des plaques originales. L’occasion d’acquérier des pièces uniques.
Élements biographiques
Georges Saillard est né en 1963. Pour son treizième anniversaire, il reçoit en cadeau un Instamatic. C’est le déclic. La photographie ne le quittera plus. Après avoir fait son apprentissage dans un laboratoire photo, aguerri au travail de tirage, il devient pigiste, notamment pour Le Parisien et France Soir. En découvrant quelques années plus tard le travail de Jean-Daniel Lorieux, c’est une nouvelle révélation : explorer le monde et la beauté féminine. Il travaille ensuite en indépendant pendant 15 ans pour la presse (Femme, Dépêche Mode, L’Officiel, Marie-Claire, Point de Vue) et pour la publicité (Kodak, Renault, Dim, Morgan, Léonard, etc.) Il voyage régulièrement en bénévole pour des ONG comme ASMAE Soeur Emmanuelle ou SOS Enfants. Sa rencontre photographique avec l’héliogravure ne l’empêche pas de poursuivre son travail de portraitiste et il continue d’exposer régulièrement en France mais aussi en Afrique du Sud, aux États-Unis et au Brésil.
*L’Héliogravure
C’est le plus ancien des procédés de reproduction des images photographiques. Vers 1826, Niepce jeta les bases des procédés photomécaniques en découvrant les propriétés photosensibles du bitume de Judée : il réalisa la première reproduction photomécanique, une gravure du Cardinal d’Amboise, qu’il réussit à graver sur une plaque d’étain.
Pendant près de 50 ans, le procédé va être amélioré par Talbot, Nègre et d’autres pionniers de la photographie. En 1879 un imprimeur viennois Karl Klic, reprenant les travaux de Talbot, Poitevin, Swan et Nègre, aboutit au procédé de l’héliogravure au grain pour produire des images aux dégradés de gris subtils à partir de plaques gravées.
Les photographes tels que Peter Henry Emerson, Alfred Stieglitz, Alvin Langdon Coburn et Edward Curtis, ou Heinrich Khün séduits par les qualités de ce procédé, l’ont privilégié pour réaliser la plus grande partie de leurs tirages.
La reproduction par héliogravure au grain se déroule en deux temps : le transfert de l’empreinte du cliché photographique sur une plaque de cuivre (opération photochimique complexe ayant pour effet de graver en creux les détails du cliché) et l’impression de cette empreinte sur un papier à estampes par le moyen d’une presse taille-douce et d’encres spéciales.
Le nom du procédé – héliogravure au grain – vient de ce que la plaque de cuivre subit au préalable une préparation particulière consistant à la couvrir de grains microscopiques de résine, lesquels sont ensuite chauffés, réduits en fines gouttelettes et fixés sur place. La présence de ces grains, en grand nombre, sur la plaque explique en particulier le fait qu’une héliogravure au grain observée à la loupe ne présente aucune trame, contrairement aux procédés typo, off set et héliogravure industrielle.
L’héliogravure au grain s’apparente à la famille traditionnelle des gravures et estampes. Comme l’estampe, l’héliogravure au grain demande un papier épais et de qualité, pouvant aller chercher l’encre dans les moindres morsures du cuivre. Comme l’estampe, l’héliogravure présente sur ses bords une cuvette, c’est à dire un léger enfoncement du papier laissé par la plaque de cuivre. Enfin, comme l’estampe, l’héliogravure au grain apporte une qualité d’image incomparable dans le rendu des noirs et de toutes les nuances de gris, même les plus subtils. Ajoutons que chaque héliogravure au grain, même tirée à partir d’une mê me plaque, diffère généralement quelque peu des autres : l’apport manuel de l’encre et le tirage à la main ne peuvent garantir une identité parfaite. C’est l’une des raisons pour lesquelles toute héliogravure au grain, a comme toute estampe valeur d’original.
Bien que les spécialistes s’accordent tous à trouver inimitable la gravure au grain celle- ci est quasiment tombée dans l’oubli, sauf dans le cas d’expérience ponctuelles et limitées : elle est considérée aujourd’hui comme trop coûteuse et trop lente dans sa mise en oeuvre.
Il en résulte que les spécialistes en ce domaine: photographes, artisans, éditeurs sont devenus très rares à travers le monde. Tout porte à croire qu’ils ne se comptent pas sur les doigts des deux mains. Quant à la dernière oeuvre majeure réalisée en héliogravure au grain, on la doit au grand photographe américain Paul Strand (1890-1976) avec son magnifique ouvrage, très recherché des bibliophiles, des collectionneurs et des musées, Mexican Porte-Folio publié en 1932.
La Little Big Galerie
Située dans le quartier de Montmartre, qui s’ouvre de plus en plus à la photographie, non loin du BAL, Little Big Galerie se consacre exclusivement à cet art depuis maintenant quatre ans. Loin des tendances mais en recherche constante de nouveaux talents, cette galerie suit ses coups de coeur tout en cherchant la qualité des images, le sérieux et une atmosphère propre à chaque photographe. Elle a exposé de jeunes talents qui se sont ensuite confirmés comme Estelle Lagarde, Sabrina Biancuzzi, Christophe Jacrot, Nadia Ferrouki, Vincent Goutal ou Thibault de Puyfontaine. Little Big Galerie offre un accueil chaleureux et personnalisé qui est très apprécié des ses clients et visiteurs.
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