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Second long métrage de l’actrice-réalisatrice Valérie Donzelli, La Guerre est déclarée a été projeté en ouverture de la Semaine de la Critique du Festival de Cannes 2011. Le film a aussi remporté le Prix du jury, le Prix du public et le Prix des blogueurs au Festival Paris Cinéma 2011.
L’histoire : La Guerre est déclarée. Un couple, Roméo et Juliette. Un enfant, Adam. Un combat, la maladie. Et surtout, une grande histoire d’amour, la leur …
Le sujet de La Guerre est déclarée est dramatique mais le film n’est ni un drame, ni une comédie. On a juste envie de se dire que c’est un film vivant.
Oui, j’aurais moi-même beaucoup de mal à qualifier le film. Je ne pense pas que ce soit une comédie dramatique, ni un drame ou un mélodrame. Avec le recul, on se dit avec Jérémie Elkaïm que c’est juste un film physique, intense, vivant … Au départ, j’avais la volonté de faire un film d’action, un western, un film de guerre. D’où le titre du film… C’était l’idée d’un geste, qu’on ait l’impression d’ouvrir une porte et de regarder ce qui se passe derrière : la rencontre d’un jeune couple auquel il arrive une vraie aventure, pas une aventure en carton-pâte. C’est comme si Roméo et Juliette s’étaient rencontrés pour vivre cette épreuve ensemble …
Le film est irrigué par la notion de destin, mais un destin que l’on accomplit, pas que l’on subit.
Oui, pour moi la vie est une succession d’épreuves à surmonter, plus ou moins lourdes, plus ou moins malheureuses ou heureuses. Et peu à peu, on gravit la montagne. Tout ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort. Adam est le fruit de l’amour entre Roméo et Juliette, pourquoi est-ce à lui qu’arrive cette maladie ? Quand Roméo pose la question à Juliette, elle lui répond : « Parce qu’on est capable de surmonter ça. » L’épreuve prend alors presque une dimension mystique, ce n’est plus une question de malchance ou d’injustice.
La Guerre est déclarée est l’histoire d’un enfant malade mais c’est avant tout celle d’un couple face à cette épreuve de la maladie que vous filmez.
Ce qui m’intéressait, c’était de raconter une histoire d’amour, mais qui passe par le filtre de cette épreuve-là. Roméo et Juliette sont deux jeunes amoureux insouciants, pas du tout préparés à la guerre – je pense qu’on est une génération d’enfants gâtés pas du tout préparée à la guerre – mais qui vont être surpris de leur capacité à la faire et devenir des héros malgré eux. Car c’est une forme d’héroïsme de mener cette guerre. Ils deviennent un couple face à cette épreuve, ils deviennent des adultes responsables.
J’avais aussi envie de raconter comment on est dépassé par ses propres enfants. Adam a une tumeur au cerveau, chose que ses propres parents n’ont pas vécue. Ils sont démunis face à ça, ils peuvent juste l’accompagner. Et les parents de Juliette et de Roméo sont à leur tour dépassés par ce que vivent leurs enfants, c’est un engrenage, une mécanique de poupées russes. Nos enfants ne sont pas des extensions de nous-mêmes, mais des individus, avec leur propre vécu. Et là, il se trouve que le vécu d’Adam commence très tôt – il a dix-huit mois quand cette maladie lui tombe dessus.
L’épreuve de la maladie va à la fois fortifier le lien qui unit Roméo et Juliette, et le détruire. Comme le dit la narratrice à la fin du film : « Ils étaient détruits mais solides. »
La relation amoureuse fonctionne sur un sentiment d’insouciance, la conviction que rien ne peut détruire l’amour mais Roméo et Juliette se retrouvent dans une forme de routine, l’hôpital les replie sur eux-mêmes. Pour que leur enfant survive, quelque chose doit mourir : leur couple. En même temps, cette épreuve construit et fortifie leur lien, ils se complètent parfaitement, ce sont vraiment un homme et une femme, le yin et le yang. Je voulais montrer un couple d’aujourd’hui, très contemporain. J’avais beaucoup de plaisir à ce que ce soit lui qui fasse le ménage et garde Adam pendant qu’elle va travailler. Ils sont en pleine construction, aspirent à un idéal mais sont obligés de faire des petits boulots alimentaires. Mon désir était d’être connectée à ma génération, de parler de ce que je connais, de ce que je vis. Le film est autobiographique dans le sens où Jérémie et moi avons eu un enfant qui est tombé gravement malade, la réalité des faits est très proche de ce qu’on a vécu, mais le film n’est pas pour autant notre histoire.
Comment passe-t-on de l’émotion intime et viscérale d’un drame vécu à un film auquel tout le monde peut s’identifier ?
C’est tout le propre du cinéma pour moi : partir de mon nombril et faire un zoom arrière pour raconter quelque chose de plus universel : le rapport à l’éducation, le fait d’être parents et d’être confronté au pire qu’il puisse arriver : avoir un enfant entre la vie et la mort. Raconter le rapport à la vie ! Jérémie a une formule très belle pour décrire le fait qu’on ait réussi à faire un film de cette histoire personnelle : « On s’est débarrassé du mauvais pour ne garder que le bon. » La Reine des pommes est un film qui parle d’une rupture et que j’ai fait à un moment où je me sentais déprimée. La Guerre est déclarée participe du même processus : utiliser quelque chose que j’ai vécu de manière triste pour en faire quelque chose de positif. Le film est resté en gestation longtemps au fond de moi et à un moment donné, j’ai compris que c’était le moment de le faire. Être dans le travail, dans la fabrication du film donne de la distance à son vécu. Le cinéma, c’est reproduire le réel et c’est un jeu. Tout est fabriqué, rien n’est vrai, mais il y a une volonté de vérité, de réalisme.
Vos personnages ne s’apitoient jamais sur leur sort.
Non, ils n’ont pas le temps, ils sont trop dans l’action. Roméo et Juliette, c’est une machine de guerre à deux têtes ! Face à ce grand malheur qui leur tombe dessus, les petits problèmes de contingences ou autres n’existent plus, ils n’ont qu’un ennemi à combattre, et un ennemi ciblé, c’est souvent plus facile que dix mille petits ennemis dont on ne connaît pas le visage. Ils savent quel est leur objectif et tirent leur force de ce savoir, d’autant plus que le cancer est une maladie très particulière, une maladie vivante, une forme d’alien que nous fabriquons d’une certaine manière puisque c’est une cellule qui se met à débloquer en nous sans qu’on sache pourquoi. Pourquoi ça se déclare chez untel ou untel ? Personne n’est à l’abri, d’ailleurs, le moment où Roméo et Juliette concluent à la guérison de leur enfant, le professeur Sainte-Rose rectifie, le tir en disant : « Oui, ça veut dire qu’il a autant de chance que n’importe qui de développer un cancer. » Face à cette épreuve terrible, tous les personnages tirent le meilleur d’eux-mêmes, pas seulement Roméo et Juliette. La mère de Juliette est présentée comme quelqu’un de toxique mais elle aussi gagne en grandeur. J’avais envie de faire un film plein d’idéal et d’espoir, c’est pour ça qu’il n’est pas du tout mélodramatique.
À la une du journal qu’ils lisent à l’hôpital, il y a ce titre : « Le pouvoir du rire. » Vu l’esprit de votre cinéma, j’imagine que ce n’est pas un hasard …
Oui et non ! Le jour où on a tourné cette scène, je suis allée au kiosque de l’hôpital et j’ai cherché les unes qui me plaisaient le plus. Je n’ai pas choisi au hasard mais c’est un hasard s’il y avait ce titre à la une de Aujourd’hui en France ce jour-là. Roméo, Juliette, Adam sont des prénoms à la résonance universelle, mythiques. Au départ, on ne savait pas comment appeler les amoureux, je voulais juste qu’on puisse d’emblée les identifier comme un couple. On cherchait : Paul et Virginie… « E t pourquoi pas Roméo et Juliette ?, m’a proposé Jérémie. – D’accord, mais il faut le jouer comme tel. » Du coup, ils se rencontrent dans une fête, ils ont un coup de foudre, s’étonnent de s’appeler Roméo et Juliette, s’interrogent sur leur destin tragique ensemble… Pour Adam, c’est une autre histoire. Je voulais un prénom très universel. Adam c’est le premier homme, il y a une forme de magie. Et puis c’est un prénom très doux Adam, on ne se lasse pas de l’entendre. C’était important car dans le film, il est souvent prononcé.
Vous avez réalisé La Reine des pommes dans des conditions très artisanales. Travailler avec un producteur installé ne vous faisait pas peur ?
Non, parce qu’avec Edouard Weil c’était une vraie rencontre. Je pense que le cinéma à quelque chose d’artisanal et Edouard a travaillé avec moi dans ce sens. Cet homme est absolument remarquable et il m’a accompagné tout au long de la fabrication du film, avec un seul mot d’ordre : « Je te fais confiance ».
La Reine des pommes, on était quatre pour le faire. C’était beaucoup de contraintes mais en même temps une telle liberté de travailler comme ça qu’il n’était pas question que je retombe dans un système de cinéma qui coûte très cher, où l’on est tributaires des autres. Quand j’ai rencontré Edouard Weil et lui ai raconté mon projet, il m’a demandé : « Tu veux tourner quand ? – En octobre. – Ok on le fait, de manière un peu légère comme ton précédent film. Sauf que là, je ne veux pas que ce soit toi qui beurres tes sandwiches ! » On a travaillé de manière confortable mais ce n’était pas un gros budget, il y avait une cohérence entre la production et l’esprit du film. Ce qui est agréable, c’est que l’argent est toujours allé dans le film. L’essentiel est de réunir la bonne équipe, d’être solidement entouré. Le cinéma est un art vraiment collectif, on ne fait pas des films tout seul.
Comment avez-vous réuni cette équipe ?
Je me suis entourée de gens que je connaissais. J’ai pris pour l’image et le son l’équipe bis de La Reine des pommes. A l’image, Sébastien Buchmann, et au son, André Rigaut. L’équipe était réduite à son minimum, du coup tout le monde avait plusieurs casquettes. Ce qui m’intéresse, c’est que les gens ne viennent pas sur un tournage mais travailler pour un film. Du coup, ils sont tous impliqués très tôt dans la fabrication. Je ne travaille pas de façon traditionnelle, je laisse beaucoup de place à la spontanéité de chacun, dès la préparation.
Même si le film n’est pas centré sur la maladie d’Adam, l’hôpital est très présent. J’avais envie de faire un film très ancré dans la réalité, la vérité de ce qu’est l’hôpital, donc ne pas fabriquer de décors mais tourner dans les vrais hôpitaux, ne pas avoir de figurants mais tourner avec les vrais gens qui se trouvent là. Il a fallu contacter les hôpitaux longtemps à l’avance, leur expliquer le projet sans les effrayer, les convaincre de nous donner leur accord. L’hôpital public aurait dit non, je ne sais pas comment j’aurais fait. A chaque fois qu’on avait l’accord d’un hôpital, Marie, la première assistante me disait : « C’est comme si on avait le CNC. » Et c’est vrai. C’était plus important pour moi que d’avoir le CNC.
Comment avez-vous convaincu le personnel hospitalier de soutenir votre projet ?
D’abord, ils se souvenaient très bien de nous. On a passé beaucoup de temps là-bas et puis notre fils est guéri, alors ils s’en souviennent encore plus … Ça n’a pas été compliqué de les contacter, après j’ai donné le scénario, expliqué le projet … Plus généralement, aucun décor n’a été touché à part l’appartement en travaux et l’appartement de Juliette et Roméo au début. On a pris les lieux tels quels. J’adore l’idée de fabriquer avec le réel, de « faire avec ».
Concrètement, comment fait-on pour tourner dans un hôpital en activité ? Le film a été très préparé. Avec Sébastien, on a cherché les endroits les mieux éclairés naturellement à l’Institut Gustave Roussy. On savait exactement où on allait tourner, il y a eu des imprévus, mais finalement pas tellement. Et à Necker, le plan de travail se faisait au jour le jour, en fonction des urgences. L’idée était d’être discrets, c’est pour ça qu’on a choisi de tourner le film avec un appareil photo.
Un appareil photo ?! Oui, on a fait tout le film avec un Canon, en lumière naturelle. Au festival de Locarno, où La Reine des Pommes était sélectionné, dans une soirée où je m’ennuyais un peu, je vois un photographe qui fait des photos. Je commence à me renseigner sur son appareil et il m’explique : « C’est génial, ça filme même en HD. » Un appareil photo qui filme, c’est dément parce que personne ne peut soupçonner qu’on fait un film… On a passé la soirée à faire des essais de lumière avec son appareil photo et je me suis dit : « La Guerre est déclarée, je le ferai avec cet appareil photo ultra discret. » La mise en scène a été pensée de manière à obtenir le meilleur potentiel de cet appareil. Par exemple, le point étant difficile à faire, alors que j’imaginais au départ un film à l’épaule, on a beaucoup plus découpé et filmé sur pied. Les seuls plans tournés en 35 mm, ce sont les plans de fin, car ils sont au ralenti, et je voulais de beaux ralentis, ce qui est plus difficile à faire avec l’appareil photo.
Votre désir d’ancrage dans le réel est aussi perceptible dans le son du film.
Oui, tout est en son réel et l’on a fait attention au mixage de ne pas trop le nettoyer pour conserver le côté minimaliste du film, sa part d’aspérité, de réalisme. Par ailleurs, hormis certains moments musicaux qui sont stéréo, tout est en mono, afin qu’on reste centré sur l’histoire, qu’on ait « la tête dans le film. »
Voix off, fermeture à l’iris, ralentis, musique … Vous faîtes feu de tout bois sans jamais perdre le ton du film, ni faire perdre le fil au spectateur. Je travaille actuellement avec Gilles Marchand sur l’écriture de mon prochain film et il me dit que dans ma façon de travailler, les problèmes de scénario se règlent de toute part : par un acteur, une musique, un costume … Tout est en gestation en même temps, tout le temps. C’est pour ça que j’aime accoucher très vite car sinon, ça devient vite épuisant ! La musique du générique de Radioscopie de Jacques Chancel, composée par Georges Delerue, tout le monde la connaît. Quand je l’ai entendue par hasard un jour à la radio, je me suis dit : « c’est exactement ce qu’il faut pour l’ouverture du film. » Vivaldi m’a aussi déclenché beaucoup d’envies. Jérémie est très mélomane et il connaît mes goûts, il me fait découvrir beaucoup de musiques. Celles-ci sont comme des ampoules qui s’allument, qui me permettent de voir les scènes à venir. Jérémie est plus qu’un co-scénariste et acteur pour moi, il est présent à chaque étape du film, on est en dialogue permanent.
La voix off est dite par des narrateurs différents …
Oui, un homme et deux femmes. L’homme, c’est Philippe Barrassat, le narrateur de La Reine des pommes. La première narratrice, c’est Pauline Gaillard ma monteuse. Il manquait une voix off, elle l’a enregistrée provisoirement dans la salle de montage et quand j’ai entendu sa voix, je me suis dit que ce serait super qu’il y ait plusieurs narrateurs, comme des gens qui se relayent pour raconter une histoire. La troisième voix, c’est Valentine Catzéflis, qui avait un petit rôle dans le film, mais dont la scène avait été coupée au montage. Elle a une voix sublime. J’adore utiliser des voix off, c’est un mode de narration qui permet une grande liberté au montage.
Et quand Juliette et Roméo se mettent à chanter ? A ce moment-là, la force de ce couple est de se dire à quel point ils s’aiment.
Vous ne semblez jamais vous poser la question de savoir s’il y a trop de musique, trop de sentiments, si « cela se fait » …
Non, je suis juste mon intuition. Pour moi, le cinéma est aussi un amusement, on joue à fabriquer quelque chose. C’est difficile, ça crée beaucoup d’angoisse et de remise en question, mais ce n’est pas grave, c’est joyeux de faire des films, il faut s’autoriser ce qu’on veut. C’est peut-être parce que je suis d’abord comédienne que je ressens si fort ce côté ludique.
D’où les apparitions magiques lors du réveillon ?
Oui, j’adore le n’importe quoi, qu’on tape des mains et qu’un sapin de Noël apparaisse ! J’aimerais bien un jour faire un film où il y a une baguette magique. « Le cinéma est plus joyeux que la vie », disait je ne sais plus qui…
Cette liberté de ton et cette joie contribuent à gommer la frontière entre drame et comédie, comme par exemple avec le personnage du pédiatre, limite burlesque alors que c’est par lui que va arriver la mauvaise nouvelle … Ce personnage, c’est l’association de plusieurs choses. D’abord, il y a l’actrice, Béatrice de Staël, mon idole absolue, qui jouait déjà dans La Reine des pommes. J’adore la mettre en scène ainsi, c’est une grande actrice burlesque. Je lui avais fait faire des lunettes qui grossissent les yeux, je trouvais ça rigolo qu’elle ait des yeux de chouette. Parfois, elle les mettait au bout du nez car elle n’y voyait rien et ça lui donnait un petit air intello, genre pédiatre soixante-huitarde à la Dolto. Et quand j’ai vu ce petit téléphone pour enfant sur ce vrai bureau de pédiatre plein de bordel, j’ai eu l’idée de demander à Béatrice de le saisir à la place du vrai téléphone au moment d’appeler son confrère. Je savais qu’elle ferait ça génialement. Ces idées sont sur le fil du rasoir, elles fonctionnent parce que tout le monde va dans le sens du film, partage la même vision, les mêmes sensations, la même confiance. C’est un peu magique. Et puis vous voyez le film fini, on n’a gardé que ce qui marchait.
Autre moment dramatique où le burlesque surgit : la scène où Roméo et Juliette s’imaginent le pire qui pourrait arriver à leur enfant.
Au départ, la scène était plus courte et réaliste, c’était de vraies peurs, mais Jérémie m’a dit que ce serait bien de pousser le principe plus loin. D’un coup, leurs peurs deviennent absurdes.
Comment dose-t-on des humeurs et des tons si différents ?
Le montage a été très compliqué, on était face à une matière un peu indomptable. C’était une question d’instinct et de dosage subtil, un peu comme de la dentelle. Très vite, une scène ou un plan pouvait tout déséquilibrer. Le film était fort mais l’équilibre du film était fragile, il ne fallait pas l’abîmer. L’essentiel était d’intégrer ces choses drôles sans perdre la tension du récit. Pauline Gaillard est une monteuse très intelligente, très sensible, avec qui j’ai une grande complicité. On adore travailler ensemble.
Le film repose sur le suspense des situations vécues au jour le jour mais vous ne jouez pas sur le suspense plus général de la résolution de l’histoire. D’emblée, du fait de la construction en flash-back, nous savons qu’Adam va sortir vivant de sa maladie.
Jouer sur le suspense de la guérison d’Adam, cela aurait été la prise d’otage absolue du spectateur. Dès le départ, je voulais qu’on sache qu’il va s’en sortir et qu’on s’interroge juste sur ce qui va se passer pour en arriver là. Encore une fois, c’est avant tout l’histoire du couple que le film raconte.
Et mettre en scène un enfant ? Au départ, j’imaginais prendre l’enfant d’amis mais je me suis rendu compte que c’était compliqué. Tout le monde n’est pas prêt à confier son enfant et se rendre disponible plus de vingt jours de tournage, c’était mieux de rendre les choses plus professionnelles. On a donc fait un casting. Quand j’ai rencontré César, qui joue Adam, ça a été l’évidence. Ses parents ont été très aidants, ils nous ont fait une confiance totale. Ils ne voulaient pas faire jouer leur enfant à la base, mais quand la mère de César a accouché, elle a fait des photos de son enfant et comme elle s’ennuyait, elle a créé un blog pour les y mettre. Le père de César a voulu ensuite les enlever mais elle ne savait pas comment faire alors les photos sont restées. Du coup, beaucoup d’agences de pub et de casting les ont contactés, mais ils avaient toujours refusé, jusqu’au jour où Karen Hottois, ma directrice de casting les a appelés et leur a raconté l’histoire de La Guerre est déclarée.
Et le choix d’interpréter votre propre histoire avec Jérémie Elkaïm ? La Reine des pommes, c’était facile de l’interpréter car Adèle est un personnage de comédie pure. Juliette, elle, je n’avais aucune envie de l’incarner au départ car elle était personnellement très proche de moi, et surtout, c’était un rôle très émotionnel. J’avais peur d’être mauvaise, et impudique. En revanche, je n’avais aucun doute pour Jérémie car même si lui aussi était très proche de son personnage, il allait être dirigé par moi et c’est un acteur que j’adore. Mais qui mettre en face de lui ? C’était compliqué. A un moment je me suis dit : « Alors ni lui non plus », mais comme je n’arrivais pas à donner ce couple à jouer à d’autres, je me suis finalement dit : « C’est plus simple, je vais jouer Juliette. »
Rejouer ces événements, revenir sur les lieux, n’aviez-vous pas peur de réveiller la douleur ? Au contraire, c’était très réparateur de revenir sur les lieux, mais en étant accompagnée, et dans l’action.
On ne sent pas pour autant que vous ayez fait le film pour exorciser une douleur … C’est vrai, je n’ai pas du tout fait le film pour exorciser quoi que ce soit, j’ai voulu faire un film, c’est tout. Je pense que le cinéma n’exorcise rien.
Et le reste du casting ? Pour le personnel de l’hôpital, c’est un mélange d’acteurs et de vrais soignants, comme le docteur Kalifa, qui est un vrai médecin. J’avais aussi demandé au professeur Sainte-Rose de jouer son propre rôle mais il m’a dit : « Je suis très mauvais comédien. » En revanche, il m’a prêté sa blouse, son bureau, sa secrétaire ! C’était compliqué de trouver l’acteur qui allait incarner Sainte-Rose. Le vrai Sainte- Rose est tellement exceptionnel de charisme. Et puis je me suis dit qu’il ne fallait pas coller à cette réalité et trouver quelqu’un de plus simple mais dont l’humanisme transparaitrait. Frédéric Pierrot, Jérémie m’en avait parlé et puis je l’ai croisé à la médecine du travail, dans la salle d’attente du docteur Zucharelli ! Je trouvais qu’il avait une très belle voix. Pour tous ces rôles secondaires, je voulais de bons acteurs mais pas trop connus du grand public. Pour Fitoussi, l’idée d’Anne Le Ny est arrivée tout de suite car c’est une actrice que j’aime beaucoup.
Souvent dans votre film, on pense à Truffaut – voix off, fermeture à l’iris, désir de filmer la jeunesse d’aujourd’hui, Vivaldi … – mais jamais on ne se dit que c’est une référence. En ce sens, vous êtes vraiment dans l’esprit de la Nouvelle Vague et de Truffaut, qui appelait de ses voeux des films personnels, qui ressemblent à leur auteur.
C’est vrai que je travaille de manière hyper personnelle. Nul doute que je fais des choses qui ont déjà été expérimentées par Truffaut ou d’autres cinéastes que j’apprécie, c’est comme ça, on est nourri inconsciemment de tout ce qu’on a vu et qu’on aime, mais ce n’est pas de la référence, c’est juste que c’est nécessaire au film.
Fnac Forum – Espace Rencontres – Galerie commerciale Forum des Halles Portes Berger ou Lescot – 1/7 rue Lescot – 75001 Paris
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Le pitch : Adolescent de 15 ans, Mike se rend à son tout premier jour de travail : il vient d’être embauché dans un établissement de bains publics de l’East End londonien. Sur place, sa collègue Susan est chargée de lui présenter les lieux. Le jeune homme est tout de suite attiré par cette jolie rousse plus âgée que lui. Alors qu’il découvre une atmosphère étrange autour de la piscine, Mike doit faire face aux avances d’une cliente échaudée. Peu à peu, Susan joue avec l’inexpérience du garçon, profitant de son admiration candide pour le faire plonger dans une dangereuse spirale de fantasmes et d’obsession…
A propos :
Sous ses apparences de comédie outrancière ou de joyeux bizutage, Deep End dissimule un drame cruel de l’adolescence qui navigue entre thriller psychologique et tragédie romantique. Avec un sens ahurissant de la composition plastique, Jerzy Skolimowski suit la déambulation d’un garçon hanté par l’image d’un amour insaisissable. Cette oeuvre au ton instable est une plongée frénétique dans l’East End, négatif sinistre du Swinging London qui invoque les ambiances de Répulsion (Roman Polanski) ou de Blow-Up (Michelangelo Antonioni). Traversé par la musique des seventies, de la folk-pop de Cat Stevens au rock expérimental du Groupe Can, Deep End est l’un des films emblématiques du cinéma indépendant.
En salles depuis le 13 juillet 2011
Jerzy Skolimoswki naît à Lódz en 1938. Son enfance est marquée par la brutalité de la guerre : son père, résistant, est tué par les nazis et sa mère cache notamment une famille juive chez eux. Un contexte douloureux qui, selon le cinéaste, fut déterminant sur son travail de réalisateur.
Après une scolarité agitée, Skolimowski étudie à l’université l’ethnographie, la littérature et l’histoire, tout en se passionnant pour le jazz et la boxe. Alors qu’il n’a qu’une vingtaine d’années, il écrit et a déjà publié plusieurs recueils de poèmes et de nouvelles lorsqu’il rencontre Andrzej Wajda, chef de « l’école polonaise » alors dominante dans le cinéma. En réponse au défi lancé par Wajda, Skolimowski écrit pour le réalisateur le scénario de son long-métrage « Innocent Sorcerers » sur lequel il est également engagé comme acteur. Skolimowski intègre la Lódz Film School et termine son cursus en ayant achevé son premier film, composé de scènes tournées au fil des années. Puis, il collabore avec Polanski, écrivant les dialogues de « Knife in the water ».
Entre 1964 et 1984, Skolimowski tourne douze longs-métrages, dont six en partie autobiographiques. Après un 1er tournage en dehors de Pologne avec « Le Départ », film en français avec Jean-Pierre Léaud, l’interdiction de son long-métrage « Hands Up », film anti-stalinien, contraint le réalisateur à l’exil. Il tourne alors « Deep End », 2ème film basé sur un de ses scénarios. Le film, sorti en 1970 n’est pas soutenu par son studio et disparaît malheureusement rapidement de la circulation. Le cinéaste y reprend un de ses thèmes importants, déjà présent dans « Le Départ » et « Walkower » : le passage à l’âge adulte, une période décrite de manière agitée et inquiétante. Le mélange de romantisme et de détachement proche du cynisme que l’on trouvait déjà chez Skolimowski fusionne ici autour du personnage de Mike, obsédé par sa collègue de bureau.
Le cinéma de Jerzy Skolimowski a participé au renouveau au cinéma en Europe centrale et orientale, dans le sillage de la Nouvelle Vague française. La plupart de ses films sont très personnels, Skolimowski ayant déclaré à plusieurs reprises tourner avant tout pour son propre plaisir. Le réalisateur a également affirmé : « En tant que poète, mon esprit suit un chemin d’associations poétiques . Je n’ai pas peur de m’éloigner d’une narration directe. Je me sens à l’aise avec une histoire qui vous tente à croire ou à ne à pas croire. »* En 2008, sort sur les écrans « Quatre nuits avec Anna ». Le film marque le retour de Skolimowski au cinéma, après dix-sept années d’interruption durant lesquelles l’artiste s’est notamment consacré à la peinture et au jeu d’acteur. Puis, il y a quelques mois est sorti « Essential Killing », récompensé par deux Polish Film Awards, dont celui du meilleur réalisateur/meilleur film. Skolimoswski vit actuellement en Pologne.
* As a poet my mind is trained along the path of poetic associations—I’m not afraid to wander away from direct narrative—I feel safe with a story that tempts you to believe or disbelieve.
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When You’re Strange
L’histoire : A l’origine, il y a Les portes de la perception, le livre d’Aldous Huxley sur son expérience de la mescaline et d’autres drogues hallucinogènes. La citation de William Blake, qui lui a fourni le titre de ce livre, inspira également Jim Morrison et Ray Manzarek pour le nom du groupe – The Doors – qu’ils fondèrent en 1965 à Venice Beach avec John Densmore et Robby Krieger. Ils allaient devenir l’un des groupes les plus importants et les plus influents du rock américain. |
Naomi
L’histoire : Ilan Ben Natan, professeur émérite de 58 ans, est marié à Naomi, une superbe jeune femme qu’il aime d’un amour obsessionnel. Un jour, il découvre que sa plus grande peur est devenue réalité : Naomi a un amant.Ilan demande conseil à sa mère qui lui recommande de ne pas s’en préoccuper. Elle-même a eu beaucoup d’amants !Mais Ilan suit sa femme à la trace et finit par rencontrer son rival, un peintre qui vit au bord de la mer, dans une petite maison isolée de tous.Fou de jalousie, Ilan ne voit qu’une solution… |
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La Prima Cosa Bella
L’histoire : Été 1971. Anna, jeune mère ravissante et frivole, remporte le concours de beauté d’une station balnéaire. Son tempérament inconséquent et jouisseur rend sa vie de famille quelque peu chaotique. 30 ans plus tard, toujours marqués par cette vie haute en couleurs, Anna et ses enfants, réunis à son chevet, sauront-ils se réconcilier ? |
My Little Princess
L’histoire : Hannah et Violetta forment un couple hors du commun : mère insaisissable et fillette en quête d’amour maternel, artiste fantasque et modèle malgré elle. Lorsqu’Hannah demande à sa fille si elle veut être son modèle, tout bascule dans la vie de Violetta qui vivait jusque là avec sa tendre grand mère. D’une enfance banale elle devient égérie du milieu branché parisien … |
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Ni à vendre, ni à louer
L’histoire : C’est enfin le week-end, un week-end de printemps sur le littoral atlantique. Ce week-end-là, deux retraités se rendent dans leur résidence secondaire, une maisonnette aussi vaste qu’un timbre poste, et croisent un couple de punks ayant pour gîte une maison dessinée sur le sable d’une plage. Plus loin, deux imposteurs vêtus d’orange et de vert se mettent au golf non loin d’une procession funéraire. Au même moment, un représentant en parapluies a rendez-vous avec une maîtresse sado-maso dans un hôtel du bord de mer où séjournent deux couples dont l’existence sera chamboulée par un cerf-volant perdu. Il est aussi question d’étudiants des beaux arts, de voitures de sport, de voitures sans permis, de voitures de golf, de voitures volées, de caravane, de toile de tente, de lecteur de code-barres, de cadre photo décoré de coquillages et de tempête nocturne. Un week-end où les destins, les classes sociales, les générations, les sentiments, les douleurs comme les joies, se croisent. Un week-end à la mer, en somme. |
Nicostratos le pélican
L’histoire : Yannis a 14 ans et vit sur une petite île grecque qui a su demeurer sauvage. Depuis la mort de sa mère, la relation qui l’unit avec son père, Démosthène, s’est durcie. Lors d’un voyage à Athènes, il sauve d’une mort probable un jeune pélican du nom de Nicostratos. Contraint de l’élever en cachette pour soustraire à la colère paternelle, Yannis devient bien malgré lui une vedette dans son île qui se trouve transformée par le tourisme grâce à ce magnifique pélican blanc, le plus grand oiseau d’Europe ! C’est un été unique, celui dont on se souvient tout le reste de sa vie. Yannis y découvrira l’amour que son père lui porte et qu’il n’avait jamais su lui témoigner. |
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