La sortie de POPEYE ET LES MILLE ET UNE NUITS dans toutes les bonnes salles de cinéma, voilà une bonne surprise ! Pour les grands autant que les plus jeunes spectateurs, ce programme qui met en scène trois aventures du marin le plus attachant du monde apparaît comme une vraie bouffée d’oxygène des vacances de printemps. Aux côtés de nombreux animaux grotesques que l’on veut désormais nous servir en 3D, Popeye débarque alors au milieu de cette jungle à partir du 13 avril.
Avec comme cadre le plus féministe des chefs d’œuvre orientaux (puisque la douce et belle Shéhérazade, rappelons-le, a conté avec sang-froid et 1001 nuits durant, ses histoires dans l’unique but d’échapper au sacrifice auquel la destinait sa crapule de mari), Popeye est bien le héros le plus masculin de l’histoire animée ! Bagarreur, courageux et toujours fou amoureux d’Olive. Dave Fleischer,heureux réalisateur du grand Gulliver et ses voyages en 1944, revisite à sa sauce (aux épinards), avec une joie non contenue et tour à tour, Aladin, Ali Baba et Sindbad le Marin. Le résultat ravira les petits pour qui le film est évidemment prévu en version française. Il est également prévu en version originale, car nous autres vieux spectateurs ne pouvons rester insensibles à son rythme enlevé et joyeux, à la générosité de son trait, et aux touches d’humour parsemée tout au long des aventures.
Au fur et à mesure, le plaisir est décuplé. On retrouve la douce et légère impression du ravissement des choses simples et c’est certainement cela qui donne sa force à POPEYE ET LES MILLE ET UNE NUITS. Et finalement, ces 53 minutes nous paraissent bien trop courtes.
Alexandra Leduc pour ArtéMédia
D’une durée totale de 56 minutes, Popeye et les mille et une nuits se compose de trois courts métrages mettant en scène le célèbre marin, et réalisés dans les années 1930 par Dave Fleischer : Aladdin et la lampe merveilleuse (1939), Popeye et Ali Baba (1937) et Popeye et Sinbad (1936).
La vie ne devrait pas être compliquée. Le sexe non plus. Et Gregg Araki nous démontre avec sa nouvelle petite bombe que le cinéma non plus. Oubliez donc tout. Entrez dans la salle et surtout ouvrez les yeux. Laissez-vous faire par ce réalisateur qui sait exactement ce qu’il veut. Nous faire rire. Le film est drôle, très drôle. On suit deux lycéens, de vrais partners in crime, à la sexualité débridée, celle qu’on a (ou qu’on rêve d’avoir…) à 18 ans, celle surtout qui nous rend adulte. Smith se demande s’il est bisexuel ou « simplement » gay et Stella, sa meilleure amie, (lumineuse Haley Bennett), impertinente et cynique à souhait l’écoute. A l’approche de ses 19 ans et à la suite de l’ingestion fortuite d’une substance illégale, Smith a une révélation qui emmène Kaboom à des années-lumière d’un scénario de plain-pied.
Et on aime ça. Est-ce que l’on y croit ? Peu importe. On jouit de cette histoire complètement surréaliste. Pari réussi pour Gregg Araki dont les films n’ont pas toujours été des plus joyeux (Sa trilogie adolescente et Mysterious skin sont d’une noirceur aveuglante, et pourtant à découvrir absolument). Car ici, tout est à voir, les poupées ultra lookées, leur œil de biche et leurs boucles d’oreilles, le beau surfeur de colocataire dont la créativité sexuelle est à mourir de rire, jusqu’à la jolie London (Juno Temple, vue récemment dans Greenberg avec Ben Stiller), philosophe à ses heures et experte des questions de plaisir. Au centre, un jeune premier, Thomas Dekker dont la proie au doute est saisissante et envoûtante. Kaboom en fait des tonnes, Araki se lâche, le récit est vrombissant, survitaminé. Et pourtant, du haut de ses cinquante ans, le réalisateur dévoile un film d’une tendresse et d’une fraîcheur inattendues.
Si certains parlent de teen-movie, de campus-movie ou autre mise en boîte bourgeoise, ils ont tort. Aucun campus ne ressemble à cette folie, aucune folie n’a amené un tel film. Et Kaboom est certainement le moins exhib des Gregg Araki. Rien de plus simple, de plus vrai, Kaboom on y va parce que c’est bon. Et comme une bonne partie de jambes en l’air, on crie encore ! quand le générique de fin commence.
Alexandra Leduc pour ArtéMédia
Résumé du Film : Smith mène une vie tranquille sur le campus – il traîne avec sa meilleure amie, l’insolente Stella, couche avec la belle London, tout en désirant Thor, son sublime colocataire, un surfeur un peu simplet – jusqu’à une nuit terrifiante où tout va basculer. Sous l’effet de space cookies ingérés à une fête, Smith est persuadé d’avoir assisté à l’horrible meurtre de la Fille Rousse énigmatique qui hante ses rêves. En cherchant la vérité, il s’enfonce dans un mystère de plus en plus profond qui changera non seulement sa vie à jamais, mais aussi le sort de l’humanité.
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SIMON WERNER A DISPARU. Jusque-là, on comprend. Suit la disparition de Laëtitia, la gothique, puis celle de Rabier, le fils de prof. Autour d’eux, toute une bande d’adolescents sinistres du début des années 90, le tout sponsorisé par les jeans Levi’s. Ensuite, suivez le fil blanc. Les deux jolies filles du lycée. Evidemment, l’une est blonde, c’est la plus populaire ; L’autre est brune et toute en discrétion. L’intrigue est lancée et les questions posées.
Mais voilà, SIMON WERNER A DISPARU et laisse place à une impétueuse vague de clichés aussi pompeux que la mise en scène. On est surtout crispé par les signes extérieurs de ringardise et de prétention de ce premier film. Disons que le seul talent de Fabrice Gobert est d’avoir rencontré et accroché les producteurs du génial PERSEPOLIS. Car sur le papier, les histoires d’ados sont intrigantes, exaltantes et souvent terriblement passionnelles. Mais n’est pas Gus Van Sant qui veut. Au contraire, celle-là multiplie les lieux communs, comme ces plans grotesques sur les vinyles ou autres appareils du Moyen Age que sont les baladeurs ! Les salles de classes et les chambres des gamins sont tristes à mourir, comprenez donc : Internet et les MP3 n’existaient pas ! Même avec quelques « nouvelles stars », comme le charmant Jules Pélissier (Jérémie) et la fille d’Hippolyte Girardot (la belle Alice), le film avance laborieusement.
Le chapitrage du film par prénom pour marquer les différents points de vue spécule sur un montage inefficace et charge le film d’une lourdeur insupportable. Fabrice Gobert a eu la bonne idée d’user du thriller pour explorer le désarroi psychologique des jeunes dans son film. Mais la noirceur qui s’en dégage, sûrement autobiographique, se révèle plus cafardeuse que cinématographique.
SIMON WERNER A DISPARU, tant mieux pour nous. Il avait qu’à avoir un portable.
Alexandra Leduc pour ArtéMédia
Résumé du Film : Mars 1992 dans une petite ville de la région parisienne. Lors d’une soirée bien arrosée, des adolescents découvrent dans la forêt un corps apparemment sans vie, enfoui dans les broussailles.
Quinze jours plus tôt. Au lycée Léon Blum, un élève de Terminale C, Simon Werner manque à l’appel. Des traces de son sang sont retrouvées dans une salle de classe. Fugue, enlèvement, suicide, meurtre ? Toutes les hypothèses sont envisagées par ses camarades.
Quelques jours plus tard, une élève de la même classe est notée absente sans que ses parents sachent où elle est. Une jeune fille apparemment sans histoire et sans lien direct avec Simon. Le lendemain, un troisième élève, toujours de la même classe, disparaît à son tour…
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DOUBLE TAKE n’est ni complètement un énième documentaire, ni une expérience formelle de cinéma, ni une histoire rocambolesque. Il est un peu tout ça à la fois. Et comme l’indique son titre, mieux vaut y regarder par deux fois. Une véritable curiosité dans une rentrée cinéma plutôt très classique, si ce n’est le très puissant Des dieux et des hommes de Xavier Beauvois.
Prenant comme point de départ la figure emblématique de Alfred Hitchcock, Johan Grimonprez met en scène le maître du suspens et son soi-disant double dans une histoire où vont se croiser l’Histoire, la publicité et la fantaisie.
Au premier abord superficiel, se structurent très rapidement les différents niveaux du film qui révèlent clairement l’ambition du réalisateur. Le spectateur y retrouve ainsi l’idée motrice selon laquelle la communication serait plus déterminante pour gagner le pouvoir que la puissance militaire ou la course scientifique. Un montage serré, extrêmement intuitif, qui met en parallèle le récit de la Guerre Froide et les avancées de la télévision dans les Etats-Unis d’après-guerre. A y regarder par deux fois comme nous invite le titre du film, ce documentaire est loin de l’austère dénonciation d’une quelconque propagande. Où l’on croise les grands de ce monde s’affronter sur les idéologies de l’époque, dont l’actualité est fascinante. La légèreté de la forme assouplit ainsi le sujet de Johan Grimonprez pour faire de son film une jolie surprise. L’efficacité du montage révèle l’intelligence du propos. L’on rit quelquefois jaune d’une telle lucidité. Où l’on sourit des facéties de Hitchcock qui savait si bien maîtriser son image et utiliser la télévision. Où nos yeux prennent un malin plaisir à suivre ce patchwork d’images pour nous mener vers de vraies idées.
Artiste plasticien, comme Michael Fassbender dont son premier film HUNGER, était d’une rare efficacité lui aussi, Johan Grimonprez nous démontre que le cinéma prend acte dans toutes les formes d’art possible, ici le collage.
Alexandra Leduc pour ArtéMédia
Alors que la guerre froide s’intensifie, la télévision prend peu à peu le cinéma en otage en s’immisçant dans les foyers américains. Les dirigeants des deux blocs s’efforcent désespérément de rester cohérents lors d’un débat à la télévision. Et, Hitchcock et son insaisissable double apparaissent de plus en plus obsédés par le meurtre parfait… de leur double respectif !
À partir d’un collage d’archives télévisuelles et cinématographiques, Johan Grimonprez, sur un scénario inspiré d’une nouvelle de Borges, détourne la figure mythique du « maître du suspense ». Sous la forme d’une intrigue ludique, il dissèque la paranoïa d’un individu comme métaphore de la crise politique et nous invite à réfléchir à notre propre rapport aux images.
Dans son dernier film, Double Take, l’artiste et cinéaste Johan Grimonprez explore des thèmes qui lui sont familiers : comment la télévision manipule les foules; effraie et brouille la frontière entre réalité et fiction. Encore une fois, au centre de l’oeuvre, une silhouette se dessine, Alfred Hitchcock. Ce film est en quelque sorte la suite du court métrage de Grimonprez, Looking For Alfred, qui joue de la même façon sur le thème de la duplicité, en décortiquant les apparitions d’Hitchcock dans ses propres films, et se demandant ce qui se passerait si Hitchcock venait à rencontrer…Hitchcock. A la différence que dans ce projet-ci, l’enjeu augmente considérablement.
Documentaire déroutant, Double take illustre remarquablement les méthodes de travail de Grimonprez, qui consistent à remettre en question les images reçues et à faire la guerre aux clichés.
D’autre part, c’est un clin d’oeil à ce que les spectateurs subissent avec la quantité d’images dont on les bombarde littéralement chaque jour.
Grimonprez s’est fait connaître en 1997 avec son film Dial H-I-S-T-O-R-Y, un documentaire traitant de détournements d’avions, oeuvre faisant figure de véritable prédiction pour beaucoup. Ce film étudie la fascination qu’exercent les piratages sur les spectateurs ainsi que les méthodes ingénieuses – parfois dignes des plus grands cinéastes d’avant-garde – avec lesquelles les media filment et présentent les actualités.
Né le 12 août 1962, à Roeselare, en Belgique.
Johan Grimonprez enseigne à la School of Visual Arts de New York et passe son temps entre New York et Bruxelles.
Encensé par le London Times et le New York Times comme étant «un incroyable tour de montagnes russes à travers l’histoire», le film Dial H-I-S-T-O-R-Y de Johan Grimonprez (1997), périple dans les annales des détournements d’avion, a raflé le prix de meilleur réalisateur aux festivals internationaux de San Francisco et de Toronto. Depuis son succès au Centre Georges Pompidou (Paris), le film a voyagé de par le monde.
Son film Looking for Alfred (2005) a été présenté au Festival du film de Rotterdam en 2005 et a remporté le Prix Spirit à New York, ainsi que le Prix international des médias du ZKM en 2005, et le Prix européen des médias en 2006.
La fiction How To Remind Your Dog, prévue pour 2010, explore le thème du happy ending dans un monde où règne un consumérisme acharné.
Filmographie (longs métrages)
HOW TO REWIND YOUR DOG, 2010
En développement.
DOUBLE TAKE, 80 min, 2009
Dial H-I-S-T-O-R-Y, 68 min, 1997
Grimonprez a acquis une renommée internationale grâce au vidéo-collage, Dial H-I-S-T-O-R-Y.
Son avant-première au Centre Pompidou ainsi qu’au Documenta X de Cassel en 1997 préfigura étrangement les événements du 11 septembre. Le film montre, à travers la thématique des détournements d’avions survenus depuis les années 70, comment notre rapport à l’information s’est métamorphosé. L’oeuvre est constituée d’images recyclées tirées des actualités, de films hollywoodiens, de cinéma d’animation et de spots publicitaires. Enfant de la première génération télé, l’artiste mêle réalité et fiction de façon innovante et présente l’histoire comme un sujet aux multiples dimensions, ouvert à la manipulation.
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Les chatrooms sont les salles de forums de discussion virtuels où se rencontrent pour la plupart les jeunes adeptes d’une vie cybernétique, les curieux, les timides, les complexés, etc. Jusqu’ici tout va bien…
Eva, Emily, Mo, Jim et William font alors connaissance et se retrouvent régulièrement dans une chatroom. Rapidement, les discussions privées deviennent intimes, les pseudos deviennent des confidents et la confiance opère. Les âmes les plus fragiles tombent alors dans le piège de William, le plus déséquilibré d’entres eux qui se révèle être surtout le plus dangereux.
Hideo Nakata est un spécialiste des films qui font quand même un peu peur (Ring, Dark Water…). Le réalisateur japonais revient ici avec un thème d’actualité – dépressifs s’abstenir – mais presque aussi fantasmagorique. La réussite de ce film tient principalement en sa mise en scène qui est d’une originalité et d’une efficacité redoutable. Chatroom nous offre une plongée vertigineuse dans les mondes virtuels des forums de discussion ; Les salles, parallèles de la vie rêvée des adolescents ? sont transposées sur la toile avec vivacité et intelligence, jusqu’aux mots de passe… C’est facile, attirant et extrêmement ludique.
A l’image de la toile mondiale, le film va vite, la tension est palpable et grandissante. Le passage du virtuel à la réalité est très fluide. Brillamment interprété par Aaron Johnson, l’un des supers héros du récent Kick-Ass (et futur jeune John Lennon en décembre dans Nowhere Boy !), le protagoniste le plus sombre de Chatroom est aussi l’un des plus convaincants.
Reste que le fond n’est peut-être pas suffisamment exploité pour que l’on s’accorde un vrai temps de réflexion sur le sujet. Les personnages sont à voir certainement comme des miroirs grossissants ; Ils reflètent néanmoins une réalité sinistre sur l’état psychique de nos chères têtes blondes et leurs tendances suicidaires. Mais en tombant dans certains clichés et sans vraiment approfondir son thème principal, Nakata nous livre une intrigue qui manque de nœuds intéressants et un dénouement à l’emporte-pièce nettement moins à la hauteur que la mise en scène, jubilatoire.
Alexandra Leduc pour ArtéMédia
Interdit aux moins de 12 ans
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Dawn et Peter vécurent heureux et eurent de beaux enfants.
Commençons par la fin pour évoquer ce très joli film. La fin, ou la décès brutal d’un père qui s’effondre au volant de sa voiture contre un arbre. Simone vit cette perte avec la maturité toute fragile d’une enfant de 8 ans. Courageuse, elle s’imagine alors que son père est rentré au sens propre dans cet arbre et que son âme habite désormais le majestueux figuier. La mère et ses autres enfants vont faire de même inconsciemment pour se consoler. L’arbre devient le gardien de la famille : puissant, masculin, indétrônable, peut-être trop…
On raconte que la réalisatrice a cherché longtemps cet arbre et a refusé qu’il soit construit comme un décor classique. Bien lui en a pris, ce figuier naturel est l’essence de l’authenticité du film qui est d’une douceur charmante. Sans mélodrame, le film dévoile un casting parfait et insuffle une grâce indicible : un regard de Simone, Morgana Davies dans la vraie vie, et on revoit la Ponette de Monsieur Doillon qui découvrait la mort. Avec elle, Charlotte Gainsbourg, belle comme une fleur, fragile et naturelle comme on l’aime, interprète une mère qui cherche comment rester femme. Les autres enfants méritent un film à eux seuls tant leurs personnages sont tranchés et différents, toujours brillamment interprétés. Ensuite un décor, l’Australie, choisit pour la production, l’australienne détenant les droits du livre dont l’histoire est tirée. L’arbre évolue alors sur des extérieurs baignés de soleil couchant. Le vent caresse les branches, c’est sublime.
Julie Bertuccelli réussi à faire passer à travers un simple récit toute la complexité des sentiments d’une famille qui implose. Pour ceux qui restent, vivre devient une épreuve. Le film démontre que c’est pourtant possible. Avec une tendresse infinie pour ses personnages, la réalisatrice nous révèle que c’est juste éminemment compliqué et douloureux. Après le délicat Depuis qu’Otar est parti, réalisé en 2003, L’arbre confirme Julie Bertuccelli comme l’une de nos auteurs les plus sensibles du cinéma français.
Alexandra Leduc pour ArtéMédia
Résumé du Film : En Australie, Dawn et Peter vivent heureux avec leurs quatre enfants à l’ombre de leur gigantesque figuier. Lorsque Peter meurt brutalement, chacun, pour continuer à vivre, réagit à sa manière. Simone, la petite fille de 8 ans, croit que son père vit à présent dans l’arbre. Un jour, elle initie Dawn à son secret… Peu à peu Dawn retrouve des forces, un travail. Peut-être un nouvel amour ? La vie reprend mais l’arbre devient envahissant : ses branches, ses racines, et même son peuple de grenouilles et de chauves-souris se lancent à l’assaut de la maison et menacent ses fondations ! Dawn n’a plus le choix : elle doit le faire abattre…
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Ne vous fiez pas à l’âpreté du titre. D’abord parce que sa poésie est inspirée de Serge Gainsbourg. Ensuite parce le Prix Jean Vigo récompense depuis 60 ans des réalisateurs dont la mise en scène est avant tout humaine. Primé cette année, Un poison violent mérite réellement d’être découvert, plutôt que de s’empiffrer de blockbusters américains qui prétendent nous faire rêver en nous gavant de scénarios indigestes…
Le film raconte un été qui bouleverse la paisible vie de Anna, jeune adolescente de 14 ans. Comme Camille ou Madeleine, les petites filles modèles de La Comtesse de Ségur, Anna est d’une douceur remarquable. Aux côtés du prêtre du village, elle prépare sa confirmation. Mais à l’aube de son engagement religieux, elle va s’interroger, fronder, aimer, le tout en une heure et demie.
Si la forme est un peu scolaire, le propos de ce premier long-métrage de Katell Quillévéré est délicieux. Il nous plonge délicatement dans la passion humaine que découvre l’œil encore innocent de l’adolescente. La lumineuse Clara Augarde, quasiment de toutes les scènes, endosse le rôle à la perfection. Autour d’elle, rodent mort et déchirement. Ils sont brillamment personnifiés par Lio, très convaincante en femme bafouée. On se régale de Michel Galabru en vieillard irrascible qui déborde de tendresse. Enfin, le père de famille qui a abandonné le domicile conjugal n’est pas le portrait d’un homme mauvais ou déviant, mais de celui qui souffre. Avec sa galerie complète de personnages (notez la malicieuse performance de Youen Leboulanger Gourvil qui interprète le jouvenceau Pierre !), le film met en lumière le désir naissant de l’autre. Il évoque ainsi très gracieusement la conscience du corps et les premiers tourments de l’âme de la jeune fille (en fleur).
Peu exprimés au cinéma, les croyances spirituelles et leur héritage souvent pesants sont pourtant un bel écrin de réflexion. Les questionnements de Anna révèlent la construction de chacun et le film est un petit bijou.
Alexandra Leduc pour ArtéMédia
Résumé du Film : Cet été-là, tout change pour Anna. A son retour de l’internat, elle découvre que son père a quitté la maison. Sa mère, effondrée par cet abandon, trouve refuge auprès du jeune prêtre du village. Anna se raccroche à son grand-père, tendre et fantaisiste. Elle prépare aussi sa confirmation, dernière étape dans sa vie de croyante. Mais la naissance de son désir pour Pierre, un garçon libre et solaire, la fait vaciller. Une part secrète d’elle même
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Versez une maman entière, Babou (Isabelle Huppert), arrosez délicatement de la présence de sa fille Esméralda (Sa vraie fille dans la vie, Lolita Chammah). Ajoutez tous les non-dits qui tourmentent cette relation ancestrale. Parsemez de personnages secondaires pour relever. Frappez le tout et passez-le dans un Nord magnifié. Et surtout, surtout, servez frais et drôle, avec une pointe d’amertume.
Voilà, vous avez un COPACABANA dont Marc Fitoussi nous régale jusqu’à la dernière goutte. Un peu long à préparer, le film démarre assez lentement, mais ne vous méprenez pas, COPACABANA est un délice.
D’abord parce qu’on est heureux de retrouver Isabelle Huppert. Toujours surprenante, on jubile de la voir dans ce rôle tant sa justesse donne le ton. Elle dirige le récit et ses protagonistes avec une main de maître. En perpétuel mouvement, Babou entraîne le spectateur dans ses déconvenues, pourtant bien loin du mélodrame que présuppose l’entrée en matière du film. A la fois joviale et excentrique, elle fait honte à sa fille qui décide de ne pas l’inviter à son mariage. Le film fait peu à peu apparaître une humanité déconcertante, un contraste qu’Isabelle Huppert interprète à la perfection entre la mère blessée et la femme exaltée.
On adore alors les allers-retours que fait le réalisateur entre l’émotion et l’amusement. Un beau jeu entre le froid et le chaud dans lequel on se perd avec simplicité. Cette opposition fait ressortir tout naturellement une galerie de personnages qui accompagnent la mère et la fille. Les quelques apparitions de Aura Atika en cadre rigide et celle de Noémie Lvovsky donnent toujours plus de contenance au film et de vie au sujet.
COPACABANA est un vrai leitmotiv, ou comment mettre en scène la dignité humaine sans un facile misérabilisme. Assez risqué d’embellir la région du Nord, mais quelle réussite ! La chaleur et la douceur des plages sucrées du Brésil n’ont jamais été si joliment évoquées que par ce film tourné entre la Côte d’Opale et les rues de Roubaix…
Un savoureux cocktail, à voir sans modération.
Alexandra Leduc pour ArtéMédia
Résumé du Film :
Inconséquente et joviale, Babou ne s’est jamais souciée de réussite sociale. Elle décide pourtant de rentrer dans le droit chemin quand elle découvre que sa fille a trop honte d’elle pour l’inviter à son mariage. Piquée au vif dans son amour maternel, Babou se résout à vendre des appartements en multipropriété à Ostende, en plein hiver. Dans l’étrangeté de cette station balnéaire hors saison, elle pourrait être tentée de se laisser vivre. Mais Babou s’accroche, bien décidée à regagner l’estime de sa fille et à lui offrir un cadeau de mariage digne de ce nom…
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Joachim, la quarantaine, producteur exilé aux Etats-Unis revient en France. Il emmène avec lui un groupe de strip-teaseuses américaines. Avec « ses filles », il commence une tournée baptisée New Burlesque, endiablée, extravagante, Nantes, La Rochelle, Bordeaux. Les hommes s’affolent et la France adore. Pourquoi donc n’iraient-elles pas jusqu’à Paris ?
Tournée est sans conteste le film le plus réjouissant de ce dernier Festival de Cannes. On découvre dès les premières images la fantaisie et l’énergie incroyable des actrices. On y retrouve un Mathieu Amalric acteur, parfait et sensible. Même la bande son bien agréable à nos oreilles nous promet un film qui va dépoter. Mais Mathieu Amalric est aussi l’un des figures artistiques les plus malines de notre paysage cinématographique français. Où l’on imagine deux heures d’euphorie, le monsieur nous transporte rapidement dans un univers plus grave. Et c’est avec délice qu’on accompagne le héros sur les routes, entre humour et émotion. Mathieu Amalric prend en main son sujet, le lâche, fait des tours et des détours aussi incongrus qu’une bonne drague dans une station-service ou une engueulade entre vieux amis…
Pendant que ses joyeuses strip-teaseuses tournent de façon surréaliste, leurs numéros sont inventifs et impeccablement filmés, le film déshabille le producteur en balançant ses costumes du passé. Dans toute la salle. Le spectateur s’abreuve goulûment de toutes ces révélations. On ne discerne alors bientôt plus où Mathieu Amalric souhaite réellement nous emmener et c’est bien là toute l’intelligence de l’acteur/réalisateur qu’on avait déjà décelée dans Mange ta soupe et le très formel Le stade de Wimbledon. Il nous révèle ainsi très joliment la nature des personnages. On assiste posément à une vague de sentiments qui nous retourne, coincé dans une loge, un couloir ou une voiture. Mathieu Amalric resserre un peu plus ses plans, démaquille ses actrices. Il veut nous dire beaucoup de choses, le rythme du film s’en ressent certainement. Mais il réussit à lâcher peu à peu le spectateur pour un final et un décor qui pour une fois n’ont rien à envier « au clinquant des hôtels » de la capitale. Mathieu Amalric a toujours tellement à dire, on attend donc déjà avec impatience son prochain film.
Alexandra Leduc pour ArtéMédia
Synopsis : Producteur de télévision parisien à succès, Joachim avait tout plaqué – enfants, amis, ennemis, amours et remords – pour repartir à zéro en Amérique à l’aube de ses quarante ans. Il revient avec une tournée de strip-teaseuses «New Burlesque» à qui il a fait fantasmer la France… Paris ! De port en port, l’humour des numéros et les rondeurs des filles enthousiasment les hommes comme les femmes. Et malgré les hôtels impersonnels, leurs musiques d’ascenseurs et le manque d’argent, les showgirls inventent un monde extravagant de fantaisie, de chaleur et de fêtes. Mais leur rêve d’achever la tournée en apothéose à Paris vole en éclats : la trahison d’un vieil «ami» fait perdre à Joachim la salle qui leur était promise. Un bref aller et retour dans la capitale s’impose, qui rouvre violemment les plaies du passé…
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En ces semaines de disette cinématographique, (seulement 5 films sortis ce mercredi !) et en attendant les trésors cannois, Dans Ses Yeux est un doux mélange des genres qui fait plaisir à voir. Le film a été primé pour l’Oscar du Meilleur Film Etranger en mars dernier. Un mois après sa sortie, il est encore à l’affiche de plus de 200 salles en France ; Ce qui a amplement le mérite d’être souligné.
Prenant comme postulat de départ un homme de loi à la retraite désireux d’écrire un roman sur un meurtre non résolu, le film oscille plutôt brillamment entre le drame, la comédie et l’enquête policière. Juan José Campanella, efficace réalisateur argentin des épisodes de la saison 5 de Docteur House ! connaît son boulot et ça se voit. Nous sommes à Buenos Aires, entre deux époques, le présent lourd de regrets, et le passé, vide de sens, en particulier pour le protagoniste principal. Assez démonstratif, Campanella use ingénieusement de fils scénaristiques pour nous installer dans une intrigue pourtant très classique. Au-delà de l’écueil académique, il s’est entouré de remarquables acteurs avec une mention spéciale à Guillermo Francella, en collègue ivrogne, dont l’allure parfois WoodyAllenesque gonfle le film d’une tendresse infime (ce talentueux acteur que l’on retrouvera avec plaisir en septembre aux côtés de Gaël Garcia Bernal dans RUDO Y CURSI, à suivre !). Le film trouve alors une grâce particulière dans un panaché de sentiments. Ainsi se mêlent amitié, rancœur, nostalgie, vengeance, intuition et nous voilà plongés dans l’émotion, au cœur d’une justice argentine frappée par la corruption.
Une ode au lâcher prise. Si notre héros, ou plutôt notre anti-héros – il met 25 ans à s’avouer un amour véritable pour sa langoureuse supérieure – avait été moins torturé, sa vie aurait-elle était plus « vivante », aurait-il enfin pu ressentir le fameux goût de la vie ? Et que dire du mari désespéré d’avoir perdu sa femme ? Parvient-il à pardonner ? L’intellectualisation du propos n’est pas recherchée Dans Ses Yeux.., on préfère le ravissement d’une jolie musique, celle de l’instant présent, avec une touche de romantisme et un questionnement final propre à chacun.
Dans Ses Yeux est un film qui prend le temps de vivre et que l’on emmène avec soi bien après sa vision, voilà pourquoi j’ai mis trois semaines avant de vous en parler.
Alexandra Leduc pour ArtéMédia
Synopsis : 1974, Buenos Aires. Benjamin Esposito enquête sur le meurtre violent d’une jeune femme. 25 ans plus tard, il décide d’écrire un roman basé sur cette affaire « classée » dont il a été témoin et protagoniste. Ce travail d’écriture le ramène à ce meurtre qui l’obsède depuis tant d’années mais également à l’amour qu’il portait alors à sa collègue de travail. Benjamin replonge ainsi dans cette période sombre de l’Argentine où l’ambiance était étouffante et les apparences trompeuses…
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