« Sous le ciel de Paris », « Les grands boulevards », « Les feuilles mortes »… et bien d’autres grandes chansons issues de l’incroyable catalogue laissé par Yves Montand ! 20 ans après sa disparition, la musique d’Yves Montand, ancrée dans l’inconscient collectif et notre patrimoine culturel, résonne en toute fraicheur et sincérité, alors que l’on assiste actuellement à une véritable engouement pour le rétro et la guinguette. En interprétant ces grands succès inoubliables, Julien Dassin renouvelle les liens artistiques entretenus pas son grand père et son père, Jules et Joe Dassin avec Yves Montand. Accompagné par Florence Coste, rencontrée lors des représentations de la comédie musicale « Il était une fois Joe Dassin », Julien Dassin rend hommage à Yves Montand !
Montand était un Monsieur, avec un grand M.
Dans les années 50, star de la chanson et du cinéma, politiquement engagé, il a défendu ses idées, mais aussi des hommes.
Jules Dassin, le célèbre cinéaste américain, et père de Joe Dassin, a été l’un d’entre eux.
1951… Le réalisateur est accusé par la commission Mc Carthy d’être un « sympathisant communiste ». Il choisit de s’exiler, avec Béatrice , sa femme, et ses enfants, Julie, Rickie et … Joe.
Quand il arrive en France, Montand devient son premier soutien officiel.
1958… Les autorités américaines refusent à Montand un visa indispensable pour se rendre à New York. Il devient à son tour un proscrit.
Jules Dassin s’apprête à y tourner « La loi ». Le réalisateur l’impose alors dans son film, contre l’avis du producteur.
Parmi les figurants, il y a Joe Dassin, qui enregistre aussi la bande originale. Il s’agit d’un essai qu’il ne compte pas transformer. Il rêve de devenir metteur en scène, comme papa.
Le destin et le public vont en décider autrement.
2012… Julien Dassin, fils de Joe, et petit-fils de Jules, ajoute un lien à cette chaîne de fraternité.
Au fil des représentations de la comédie musicale « Il était une fois Joe Dassin », il partage sa passion pour les classiques de la chanson française, avec Florence Coste, l’une des jeunes interprètes du spectacle. C’est ainsi que leur vient l’idée d’enregistrer en duo, quelques-uns des refrains à succès immortalisés par Yves Montand.
Ils choisissent des titres qui, à leurs jeunes oreilles, demeurent résolument dans l’air du temps et offrent un coin de ciel bleu quand les nuages s’amoncellent dans les cœurs.
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La team Big Bang Gang est de retour pour vous faire groover le 13 janvier 2012 avec le concert de Fafa Ruffino .
Avec « ilé« , Fafa Ruffino signe ici un 1er album, teinté de soul, jazz, blues, afrobeat et reggae, héritage culturel et musical de sa terre natale, l’Afrique. Après avoir fait ses 1ers pas dans les clubs de jazz de Cotonou, au Bénin, Fafa, artiste autodidacte, décide de faire des études de musicologie, en parallèle de sa carrière de comédienne.
Sur Ilé, elle voulait des couleurs soul, jazzy, funky, avec des instruments d’Afrique de l’Ouest et une voix roots. « Ce mélange, je l’entendais dans mon oreille », précise Fafa, convaincue que « ce n’était pas impossible d’y arriver » après avoir écouté Electro Bamako de Mamani Keita
La musique, son 1er amour, la conduit donc à Paris où elle fait la rencontre de la diaspora des artistes africains tels que Mory Kanté, Papa Wemba, Manu Dibango, les Touré Kounda, Amadou & Mariam et aussi de la scène internationale comme Archie Chep, Hank Jones, Rockin’ Squat et Cheik Tidiane Seck, avec lesquels elle signe, en tant que choriste ou chanteuse, des projets discographiques et scéniques.
Autant de collaborations qui renforcent sa maîtrise de la scène, lui permettent de parcourir le monde en se produisant dans des festivals réputés et des salles mythiques. Son frère, le bassiste Patrick Ruffino, arrange et réalise cet album pour lequel il a réuni la crème de l’afro-sphère musicale.
Riche de sa culture et de ses racines, Fafa, artiste complète, interprète les chansons qu’elle compose et écrit dans un arc-en-ciel de langues. Le Yoruba, le Fon, le Mina (quelques-unes des langues du Bénin, Togo, Nigeria) viennent tout naturellement épicer ses morceaux.
Si Fafa Ruffino a fait de l’humour sa philosophie, elle aborde dans cet album des thèmes de société pour le moins importants et qui touchent son âme d’artiste, tels que l’exil, la nostalgie de sa terre natale, la condition de la femme et de l’enfant…
Mais le spleen est très vite rattrapé par son incroyable optimisme et son inaltérable foi en l’homme. Signé sous Cano Production et Livin’ astro le label de Rockin’ Squat le leader du groupe Assassin. « ilé » est un voyage spirituel, poétique et linguistique au centre d’une Afrique exilée sur les terres parisiennes. Fafa Ruffino : Un diamant noir aux multiples facettes qui brille sous le soleil musical.
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Soldat Louis, l’équipage le plus festif et le plus joyeusement anar que notre douce France ait jamais enfantée. Autant dire, pour ce qui l’ignoreraient encore, que les gars de Soldat Louis ne sont pas exactement des enfants de chœur, ou alors supprimons le h, car du cœur, ils en ont gros comme ça.
Chez ces dangereux pirates de compact disc, pas de chichis, pas de tralala, mais de la tranche de vie boucanière, de la déclaration d’amour flibustière. De sa course au rhum, Soldat Louis rapporta un butin à donner des insomnies aux fronts bas effarouchés par sa verdeur : Double album d’or en France, platine au Québec et le prix de la Sacem, Vincent Scotto.
Hemingway aurait été de ses fans, en avoir ou pas ? Et de faire cultiver dans les dîners en ville, quelques données de base pour pratiquer presque couramment le Soldat Louis. L’univers de Soldat Louis est vaste et varié comme l’univers.
Il y a les landes amères, l’immense océan, le grand ciel, et puis les femmes de légende et les louches tavernes où l’on oublie sa peine. Qu’on le veuille ou non, c’est un univers poétique. Là dedans, il y a du Cendrars et du Mac Orlan.
Soldat Louis est de quelque part et l’affirme d’une manière magistrale au-delà des clichés du style Bretagne terre de contraste ! Il s’agit véritablement ici d’un engagement viscéral pour une terre, un pays, une culture, un peuple au sens noble du terme ; ici le verbe est romantique, solidaire, libertaire et naturellement assoiffé.
Qu’elle soit de Bretagne ou d’Irlande, de sel ou de sable, de bitume ou d’océan, la chanson est belle ! Autant dire, pour ce qui l’ignoreraient encore, que les gars de Soldat Louis ne sont pas exactement des enfants de chœur, ou alors supprimons le h, car du cœur, ils en ont gros comme ça ! Du Rhum, des femmes et d’la bière…
Désirant dès le début proposer un univers à la fois visuel et musical, les Soeurs moustache se sont inspirées des arts de la rue, peaufinant au fur-et-à-mesure un univers théâtralisé. Ainsi, dès leur entrée sur scène, les Soeurs moustaches posent le décor : affublées d’une paire de moustaches, de robes à pois et d’une valise sortie du grenier, elles laissent place à des instruments incongrus, toy piano, glockenshpil, mélodica qui côtoient guitare, violon contrebasse accordéon et batterie.
Elles s’inspirent de l’ambiance cabaret, créant un univers aux allures de « boîte à musique » où s’éveillent trois poupées et leurs musiciens. Elles développent alors trois personnages hauts en couleurs où folie, chicanerie et interactivité avec le public cohabitent. Elles nous invitent au voyage, à travers diverses émotions, chantant ainsi leurs joies, leurs peines, tout en prenant grand soin de réveiller l’enfant qui sommeille en chacun d’entre nous.
Avec près de 150 dates à leur actif (rues, bars, salles, festivals…) leur boulimie, leur envies de communiquer avec leur public ne les arrêtera pas de sitôt. « Pisse-froid » et autres grincheux s’abstenir, pour les autres à consommer absolument sans modération !
C’est avec Benoît Singier, de la compagnie « La Valise à Lucioles », puis plus tard dans le cadre de plusieurs résidences, aidées par le coach scénique Philippe Albaret, et Marion Maret metteur en scène, qu’elles créent un univers aux allures de boite à musique, teintée d’humour et sensibilité.
Pendant près de deux ans elles tournent sur diverses scènes, mettant ainsi en avant cet univers onirique, entre Tim Burton, Fréhel et Les Triplettes de Belleville.. Aujourd’hui c’est sans clown mais toujours avec cette même théâtralisation qu’elles traînent leurs moustaches…
Leurs sensibilités exacerbées, leurs plumes enfantines, nous livrent des textes intimes et fragiles portés par trois voix qui s’entremêlent. Jouant tantôt avec les notes, tantôt avec les mots, elles vous content sans retenue leurs joies, leurs peines, n’hésitant pas à se mettre à nu.
En avril 2010, Les Soeurs Moustache sortent leur premier album Gribouiile et Rafistole, après cinq années passées sur les routes.
Un an plus tard, en mars 2011, le spectacle « Gribouille et Rafistole » reçoit le prix du public lors du festival ‘ Le Mans – Cité Chanson’.
La même année, le groupe se produit aux festivals Terres du son (Monts) et Le Chainon Manquant (Cahors) et sur la scène de la Fédération Française de Chanson Francophone (La Fleury Goutte d’Or – Paris (75)). Les Soeurs Moustache sont également coachées par Emmanuel Urbanet (Joyeux Urbains) lors de leur résidence de création en septembre 2011.
Pour couronner cette année prolifique et espèrons-le déterminante, Les Soeurs Moustache se produiront à L’Européen, le 24 janvier 2012. Elles accueilleront à cette occasion des invités de marque : Syrano, Géraldine (Face à la mer), Guyom Touseul, Biskote et Gratordéon (Fred des Karpatt) assurera la premère partie.
Il y a quelque chose d’intemporel dans l’idée même d’une jeune femme qui chante avec sa guitare. Si Joan Baez et Joni Mitchell en ont créé l’archétype, des générations d’artistes, de Tracy Chapman à Laura Marling, l’ont entretenu. Non seulement Fatoumata Diawara se réapproprie à son tour cette image forte, mais elle la transpose dans une époque nouvelle, dans une autre culture, donnant ainsi une perspective résolument africaine au concept d’auteure-compositrice-interprète.
Avec la fraîcheur de son talent, un son bien à elle et une flopée de belles chansons, Fatoumata Diawara a publié le 1er octobre 2011 chez World Circuit son premier album Fatou. Grande, superbement élégante, au sourire radieux, elle mêle jazz et funk à un folk minimal. À travers une sensibilité pop instinctive, elle réinvente les rythmes rapides et les mélodies blues de son ancestrale tradition wassoulou. Au centre de sa musique, sa voix chaude et touchante, sa guitare rythmique et ses chansons magnifiquement mélodiques racontent avec force une vie bien remplie mais qui fut souvent difficile.
Damon Albarn, Toumani Diabaté, Herbie Hancock et John Paul Jones sont quelques-uns des musiciens les plus connus qui ont succombé au charme musical évident de Fatou, sa présence ayant illuminé les spectacles Africa Express, AfroCubism et le projet Imagine de Hancock.
Ayant grandi au Mali et résidant aujourd’hui à Paris, celle qu’on appelle simplement Fatou a déjà connu, à seulement vingt-neuf ans, toute la gamme des expériences africaines d’aujourd’hui ; elle s’est battue pour accomplir ses ambitions artistiques, elle a vécu les préjudices culturels subis par les femmes. Et puis, elle a rencontré le succès comme actrice avant de réaliser que son destin était dans la musique… Chant langoureux, picking hypnotique inspiré de la harpe wassalou et contrebalancé par un piano Rhodes en sourdine : Kanou en ouverture, donne le diapason de l’album. Bissa souligne par un groove funk discret une vision désabusée sur le droit qu’a une femme de choisir son conjoint, tandis que Boloco transcende par un chant plein d’amour le sujet difficile de l’excision, avec des touches de guitare et de luth ngoni joué par les jeunes musiciens Guimba Kouyate et Moh Kouyate. Le très entraînant Sowa, sur un tapis de percussions, raconte la pratique africaine de faire élever ses enfants par d’autres. Son message est fort : Avant d’envoyer vos enfants à la souffrance, regardezles dans les yeux !
En écoutant ce premier album dont elle a écrit toutes les chansons, leurs arrangements, et où elle assure en plus les choeurs et les percussions, on ressent une chaleur naturelle, une confiance et une spontanéité. C’est l’essence même de Fatou.
Bio
Fatoumata Diawara (tout le monde l’appelle Fatou) est née en 1982 en Côte d’Ivoire de parents maliens. Dès l’enfance, elle danse dans la troupe de son père ; elle rencontre un grand succès en exécutant l’extravagante danse didadi de Wassoulou, le pays de ses ancêtres au Mali occidental. Lors de son adolescence, son caractère indépendant lui fait refuser l’école et ses parents décident de l’envoyer – c’est une tradition africaine – vivre chez une de ses tantes à Bamako. Elle ne reverra pas son père et sa mère pendant près de dix ans.
Quelque temps après son arrivée, Fatou se retrouve sur un plateau de cinéma, à s’occuper du bébé de sa tante qui est actrice. Séduit par sa beauté, le metteur en scène lui confie une réplique dans le Pouvoir des femmes. Cela conduit Cheikh Omar Sissoko à lui confier l’un des rôles principaux de son film La genèse en 1999. Elle joue aux côtés du comédien Sotigui Kouyaté qui devient une référence dans sa carrière. À dix-huit ans, Fatou part à Paris pour jouer au théâtre dans Antigone de Sophocle mis en scène par Kouyaté. Après avoir tourné avec la troupe, elle retourne au Mali en 2001 pour le tournage de Sia, film dans lequel elle tient le rôle titre et qui raconte l’histoire d’une figure féminine légendaire d’Afrique occidentale. Il obtient un succès phénoménal dans de nombreux pays ; pour beaucoup de Maliens, de Guinéens, de Sénégalais et de Burkinabés, Fatou EST Sia. Mais malgré les propositions de rôles qui affluent, sa famille souhaite qu’elle se fixe et se marie… Fatou est alors contrainte d’annoncer en direct à la télévision qu’elle abandonne sa carrière d’actrice.
En 2002, le directeur de la compagnie Royal de Luxe vient à Bamako lui offrir un rôle dans son nouveau spectacle. Mais au Mali une femme célibataire n’a pas plus de droits qu’un mineur, et la permission de sa famille qui est requise lui est refusée. Après avoir réfléchi, Fatou décide de s’enfuir et parvient à embarquer dans un avion, évitant de justesse la police qui est lancée à ses trousses par sa famille pour « kidnapping ». Avec Royal de Luxe Fatou joue dans le monde entier. Pendant les répétitions et les moments de calme, elle s’amuse à chantonner en coulisses ; en l’entendant, le directeur la fait bientôt chanter pendant les spectacles. Encouragée par l’accueil du public, elle commence entre les tournées à se produire dans des clubs parisiens. C’est là qu’elle rencontre le musicien et producteur malien Cheikh Tidiane Seck qui la fait revenir au Mali pour faire les choeurs sur les albums qu’il réalise pour Oumou Sangaré (Seya) et Dee Dee Bridgewater (Red Earth). Fatou participe aussi aux tournées. À son retour en France, poussée par Rokia Traoré qui l’encourage aussi à jouer de la guitare, Fatou joue le rôle de Karaba dans la comédie musicale Kirikou et Karaba. Elle raconte en souriant : Une fille malienne avec une guitare acoustique, c’était une chose à la fois merveilleuse et audacieuse. Pourquoi la guitare serait-elle réservée aux hommes ? Fatou apprend donc la six cordes en autodidacte et commence à écrire des chansons. C’est là qu’elle comprend que la musique est sa vraie passion et qu’elle décide de s’y consacrer pleinement. Elle enregistre des maquettes sur lesquelles elle chante et joue tous les instruments. Oumou Sangaré la présente au label World Circuit, l’enregistrement de son premier album peut commencer..
Fatoumata Diawara interview Par Elisabeth Stoudmann. Paris, le 21 janvier 2011
Comment vous rappelez-vous votre enfance en Côte d’Ivoire ? Fatoumata Diawara : Ce fut une période assez mouvementée. Déjà toute petite, mon premier langage c’était la danse. Quand je ne dansais pas, mon père me disait : «qu’est-ce qui se passe, Fatoumata ?». Mais la danse a pris trop de place dans ma vie. Mon père avait une troupe de danse traditionnelle, et j’en étais le leader. Je créais les pas de danse et les adultes m’imitaient. Quand il y avait des manifestations ou que le président faisait une réception, ils me mettaient dans la foule et j’ouvrais les festivités. Puis je dansais toute la nuit. Les gens rigolaient, mais moi j’étais sérieuse. Cette danse s’appelle didadi. Elle est pleine d’énergie. Elle se fait dans la terre, en martelant avec les pieds et dégage beaucoup de poussière. Je ne pensais plus qu’à danser et je ne voulais plus aller à l’école.
Votre mère était-elle aussi impliquée dans cette troupe de danse ? Fatoumata Diawara : Petite, ma mère dansait et chantait. Malheureusement ses parents n’ont pas voulu qu’elle continue. Elle a été mariée à 19 ans. Et comme je suis sa fille aînée (la première de sept enfants), je pense que j’ai fait la révolution à sa place. Elle dansait seulement dans les manifestations et elle dansait très bien. Nous étions une trentaine d’enfants à la maison si l’on compte tous mes demi-frères et demi-soeurs. Mais je suis la seule à avoir choisi de devenir artiste.
Dans quelles circonstances partez-vous seule, adolescente, au Mali ? Fatoumata Diawara : Je suis partie en adoption parce que j’étais devenue trop active et trop libre pour mon âge. Mon besoin de m’exprimer tout le temps prenait des dimensions difficilement contrôlables pour mes parents. Je ressemble beaucoup à la mère de mon père. Pour cette raison, il m’a beaucoup gâtée. Étant enfant, j’avais déjà beaucoup d’attention pour mon père. Mais à la fin, les rôles s’étaient presque inversés. C’était mon fils et il ne me contrôlait plus. Alors mon père et ma mère ont décidé de m’envoyer chez une tante à Bamako. Et comme par hasard, c’était la comédienne de toute la famille Diawara.
Quels sont vos sentiments quand vous quittez vos parents pour aller à Bamako ? Fatoumata Diawara : J’aimais la découverte. J’ai toujours aimé les nouvelles choses, aimé aller de l’avant. Mais je me souviens encore du regard de ma mère qui était très, très triste. Elle savait ce qui se passait, Moi j’étais trop jeune pour me rendre compte que je partais pour longtemps. Je n’ai revu ma mère que quinze ans plus tard. Elle avait perdu deux enfants avant ma naissance. J’étais la troisième. J’étais un peu celle qui lui disait : «la vie est belle, ne pleure pas». Ma présence à côté d’elle était plus forte que ce que je pensais. J’ai compris avec le temps que j’étais bien auprès d’elle…
Votre tante est comédienne et vous amène sur un plateau. Que se passe-t-il alors ? Fatoumata Diawara : En 1996, elle partait en tournage dans le pays Dogon et venait d’accoucher. Je l’accompagnais pour faire la baby-sitter pour son fils. Je ne voulais pas être comédienne. J’aimais danser, j’aimais chanter. Je chante pour moi depuis que je suis toute petite. J’étais sur le plateau tous les jours et je me nourrissais de ce qui se passait. J’étais bien et je pense qu’ils l’ont ressenti. Le dernier jour du tournage le réalisateur dit qu’il aimerait que je sois dans son film parce que je les ai soutenus pendant tout le tournage. Il voulait m’intégrer à la scène finale. En Afrique, la coutume veut que d’autres réalisateurs viennent souvent assister au clap final. Sur ce tournage, ils sont venus à trois. Je ne disais qu’une phrase « Dina où étais-tu allée?», mais ils ont beaucoup aimé. Le film s’appelait «Taafe Fangan» (littéralement «Le pouvoir de la femme »). Le réalisateur était Adama Draboe qui vient de décéder. Paix à son âme. Dans ce film, les femmes sont en pantalon et les hommes en pagne. Ce sont eux qui portaient les enfants au lieu des femmes. Ces images étaient fortes. J’ai pris conscience qu’il est possible qu’un homme aide une femme, qu’une femme s’émancipe. J’étais là par hasard, mais je pense que c’est quelque chose qui m’a servi par la suite.
Vous rentrez à Bamako et vous allez à l’école ? Fatoumata Diawara : Ma tante n’a jamais prévu de m’envoyer à l’école. Je la servais comme une enfant, je l’aidais à porter ses enfants. Parmi les réalisateurs qui sont venus sur le tournage de « Taafe Fangan » il y avait Cheickh Omar Sissokho qui préparait son film «La Genèse». L’année suivante, il a repris contact avec moi pour me proposer le premier rôle dans son film. L’adaptation française de ce film était signée Jean-Louis Sagot-Duvauroux. C’est un homme qui a joué un rôle très très important dans ma vie. Il est écrivain, scénariste. Il vit à Paris. Quand il m’a croisé sur le plateau de Cheick Omar Sissokho, il a décidé que j’irais à l’école. Je jouais alors mon rôle sans connaître le scénario. Je savais un peu lire, mais on est parti du principe que je ne savais pas lire. De toute façon, j’étais trop jeune pour qu’on me donne le scénario entier. J’avais 15 ans et l’histoire est trop compliquée. C’est l’acteur Sotigui Kouyaté, qui jouait le rôle de mon père, qui me faisait répéter chaque soir ma scène du lendemain. Sotigui a aussi été une très forte rencontre, quelqu’un qui m’a beaucoup, beaucoup appris. J’ai découvert toute l’histoire de cette «Genèse» au moment de la première. Le réalisateur était surpris parce que bien que je ne connaisse pas l’histoire dans son entier, j’étais « juste » dans mes scènes. Ce fut le début de ma carrière de comédienne.
Entre temps-vous retournez à l’école ? Fatoumata Diawara : Jean-Louis Sagot-Duvauroux m’a payé pendant un an des cours particuliers pour que je rattrape mon retard Puis j’ai réintégré l’école. Il m’a fait comprendre que si je voulais pouvoir avancer, si je voulais pouvoir accomplir mes ambitions, je devais aller à l’école, apprendre à lire et m’intéresser au monde ! En fait, j’avais juste besoin que l’on m’explique. Je n’étais pas têtue. J’aime savoir. J’aime apprendre. Au final, j’ai fait mon bac.
Mais vous continuez à être actrice en parallèle ? Fatoumata Diawara : J’ai fait la Genèse en 1997, puis Jean-Louis Sagot-Duvauroux m’a proposé le premier rôle dans Antigone de Sophocle. Nous sommes partis avec la troupe Mandinka Théâtre répéter cette création à Paris en 1998. La première a été donnée début 1999.
Quelle est votre impression quand vous arrivez en France ? Fatoumata Diawara J’étais contente. J’avais l’impression de connaître déjà la France, comme si ça faisait partie des choses qui devaient arriver dans ma vie. Cette façon de vivre me plaisait. J’avais seize ans et les autres personnes de la troupe avaient plutôt dans les quarante ans. Durant toute mon enfance, je n’ai jamais eu de compagnons enfants, mais toujours des adultes. Enfant, je préférais rester avec mon père plutôt que jouer avec les autres enfants. Pendant cette période j’étais très proche de Sotigui Kouyaté qui avait alors plus de 50 ans. C’était un autre père en quelque sorte.
Quel effet cela vous fait de jouer dans la pièce classique Antigone alors que vous avez à peine 17 ans ? Fatoumata Diawara : Cela renforce le caractère ! Le théâtre a été mon école, il faisait le lien avec le passé, il parlait des grands thèmes : émancipation des femmes, révolution, éducation. Mais j’avais de la peine à me positionner dans ce monde d’adultes. Sotigui me disait tout le temps : «T’es une grande. Tu peux faire des choses !» C’est quelqu’un qui m’a aidé à avoir confiance, à savoir qui j’étais. Mon rapport avec Sotigui a duré deux ans Je pleurais souvent, Je me sentais trop jeune. J’étais un peu perdue, je me cherchais. Il me consolait et me disait : «Tu es plus forte que ce que tu crois. Ce n’est pas pour rien que tu es là !» Parallèlement, il y avait ce personnage d’Antigone, si fort, un personnage qui a porté toute une histoire. C’est sur ce plateau que j’ai arrêté de pleurer. Sotigui Kouyaté m’a appris que pleurer n’était pas une faiblesse, mais une façon de se nettoyer l’âme, une façon de se renforcer. Ça m’a servi jusqu’à présent. Quand c’est dur, je pleure et je continue. Sotigui m’a appris à grandir. Il m’a appris qu’on ne cesse jamais d’apprendre, que c’était bien d’accepter l’autre comme il est. Et c’est là, un soir en rentrant à l’hôtel que je me suis dit : « c’est le métier que je veux faire toute ma vie !» Jusque-là, les autres qui me choisissaient et là c’est moi qui ai choisi.
Arrivée à Paris, que faites-vous ? Fatoumata Diawara : Je suis tout de suite repartie pour le Vietnam. J’ai débarqué dans cette troupe de théâtre française où personne ne parlait bambara, Je découvrais l’Asie et je devais digérer le choix que je venais de faire. J’avais plein d’émotions, je n’avais pas eu de répit. C’est là que je me suis mise à chanter. Je savais que j’avais fait un choix radical, celui de l’émancipation. Un choix qu’aucune femme artiste de chez nous n’avait fait. J’avais dix-neuf ans, j’avais brûlé les étapes et je ne savais pas ce qui m’attendait dans le futur. Pendant les répétitions, je m’absentais, j’allais dans la cour et je chantais pour faire sortir l’émotion, pour respirer. Comme je chantais fort, tout le monde m’entendait, tout le monde m’écoutait. Et je ne m’en était pas rendue compte. Le metteur en scène a alors décidé de me faire chanter dans le spectacle. Pendant mes six ans au Royal Deluxe, j’ai toujours eu un interlude où je me déguisais et je venais chanter. Ce qui intéressait le metteur en scène, c’était ma voix. Il ne comprenait pas mes textes en bambara. Alors je mettais les mots que je voulais dedans. Pour me soigner, pour me guérir. Mon premier texte parlait de la difficulté d’être jeune en Afrique. J’y disais que la jeunesse est une forme de prison. Et je chantais ça tous les jours, a cappella, dans le spectacle. Cela dit, je continuais à me considérer avant tout comme une comédienne,. Après le spectacle, beaucoup de gens venaient me voir. Ils disaient qu’ils adoraient ce que je faisais et qu’ils revenaient voir le spectacle rien que pour écouter ma voix Ça se passait en Asie, comme en Corée du Sud, en France ou dans chaque ville où Le Royal Deluxe donnait ses spectacles. Avant, je chantais pour moi. Mais quand j’ai vu que le public arrivait à recevoir les petites caresses que je me faisais, je me suis ouverte, j’ai été d’accord de partager cette intimité. J’ai ouvert la porte au public.
À quel moment avez-vous commencé à penser que cela pouvait devenir un métier ? Fatoumata Diawara : Entre les spectacles du Royal Deluxe, on avait parfois un peu de temps. J’ai été engagée par Jean-Louis Sagot-Duvauroux pour une pièce à Paris. Là aussi, je commençais le spectacle par un chant. Un compositeur et producteur malien m’a vu dans le spectacle et m’a demandé de venir chanter en studio dans le cadre d’un projet dont il s’occupait. Je suis donc partie au fin fond de la banlieue parisienne pour poser ma voix. Abdoulaye Traoré, guitariste burkinabé qui vient de sortir le disque Debademba, a entendu ma voix. Il s’est dit «Il faut absolument que je trouve cette fille». Et un jour, il a sonné à ma porte et il m’a dit «Tu ne me connais pas, mais j’ai entendu ta voix et j’ai un morceau où je parle de ma mère et j’aimerais que ce soit toi qui la chante.». Il est rentré et on a tout de suite interprété cette chanson. C’est cette chanson qu’on peut entendre sur l’album Debademba. Quelqu’un a ensuite parlé de moi à Cheickh Tidiane Seck. Cheick est venu me voir dans un petit café, au Barock. Il m’a expliqué ce qu’il faisait et m’a proposé de travailler avec lui. J’avais plus de temps entre les spectacles du Royal Deluxe. Je me suis donc mise à faire les voix sur plusieurs de ses projets. Cheick m’a appris à faire les choeurs. Avant je ne chantais qu’en pleine voix, en leader. Et avec lui j’ai réappris ce que la plupart des chanteuses apprennent en premier lieu.
Comment avez-vous rencontré Oumou Sangaré ? Fatoumata Diawara : Au moment des répétions de l’Opéra du Sahel, Cheick Tidiane Seck était à Bamako pour le nouvel album d’Oumou Sangaré. Il est venu me prendre un soir et m’a amenée au studio où j’ai rencontré Oumou. ET elle me dit qu’elle a passé sa dernière tournée dans le car à regarder le film «Sia». Ayant été longtemps absente, beaucoup de rumeurs couraient sur moi au Mali. Oumou pensait que j’avais complètement disparu. Elle était vraiment contente de me rencontrer. Cheick lui a dit que je chantais et je me suis retrouvée à participer à son disque. On a bossé ensemble trois soirs de suite.
Une autre grande rencontre a été celle avec Dee Dee Bridgewater ? Fatoumata Diawara : J’étais rentrée en France pour un spectacle du Royal Deluxe. J’ai démissionné de l’Opéra du Sahel. Cheick Tidiane Seck avait également été l’arrangeur du disque « Red Earth » de Dee Dee Bridgewater. Trois ou quatre chanteuses maliennes avait participé à cet enregistrement. Il cherchait quelqu’un pour la tournée qui pouvait faire sur scène toutes ces parties vocales. Je suis donc partie en tournée avec Dee Dee Bridgewater pendant un an et demi. Ça c’était fort aussi. Oumou et Dee Dee sont les deux femmes que je côtoie et qui me font penser à ma mère. Elles n’ont pas d’ego, et m’ont respectée bien que je sois beaucoup plus jeune qu’elles. Elle me traitent d’égal à égal. Comme si nous avions un parcours commun. C’est en tournée avec Dee Dee que je me suis dit je chanterais toute ma vie. Dee Dee – comme Oumou – donne tout, à chaque représentation. Ça m’impressionnait. Je trouvais ça fabuleux de pouvoir chanter malgré tous les problèmes qu’elle avait pu avoir pendant la journée, malgré la fatigue, malgré un coup de fil contrariant. Le public était conquis parce qu’il sentait qu’elle lui avait donné le peu qui restait, tout ce qu’elle pouvait trouver au fin fond d’elle.
Pendant cette période, vous participez aussi à la comédie musicale Kirikou où vous jouez le rôle de la princesse Karaba ? Fatoumata Diawara : Je me suis de plus en plus impliquée dans la musique. Au Royal Deluxe, ils ont senti que j’évoluais, que je devenais un peu différente. Nous étions très complices avec Jean-louis Courcoult. Sur le dernier spectacle en Islande, il a senti que j’avais d’autres envies, que je voulais chanter. Arrivé à Paris, il m’a dit : «Tu sais que tu es libre, si tu veux chanter, vas-y. De toute façon, la porte te restera toujours ouverte. Tu fais partie de la maison». J’ai donc commencé à écrire mes chansons, Je jouais dans les bars à Paris. Je jouais avec Cheick Tidiane Seck, Oumou Sangaré, Dee Dee Bridgewater. C’est Rokia Traoré qui m’a appelée pour me proposer le job dans Kirikou.
Comment s’est passé l’expérience de Karaba ? Fatoumata Diawara : C’était fort. En jouant Karaba je pleurais tous les soirs. Il y a cette scène à la fin où on lui enlève l’épine dans le dos où elle crie. Ma voix c’est mon âme : quand je suis fâchée ma voix se casse. Quand je vais bien, elle s’ouvre. À quelques jours de la première, je n’arrivais pas à faire ce cri. Je pense que j’avais un peu peur. Je jouais le rôle de la méchante. J’avais peur que les enfants ne m’aiment plus. L’auteur, Michel Ocelot, m’a alors proposé d’enregistrer ma voix et de me faire jouer en playback. J’ai refusé alors même que ma voix n’étais pas revenue. Je ne savais pas pourquoi je disais non, mais je sentais que je devais le faire. J’ai compris plus tard que, à chaque fois que je criais, je me vidais de mon passé. J’ai compris que Karaba n’était pas une sorcière. C’était une femme qui avait une histoire lourde, qui avait souffert, qui avait été battue, violée, qui n’avait pas d’enfants. Une femme qui ne peut plus aimer et qui porte toute ça en elle… Avec ce rôle, j’ai réalisé que personne n’est méchante. C’est ta vie qui fait de toi, ce que tu es. Et j’ai compris tout ça à travers ce cri. Quand je criais, mes larmes coulaient et la salle pleurait en même temps. Les gens croyaient que je jouais, mais moi j’étais sérieuse ! J’étais face à ma vie. Ça se passait ainsi à chaque représentation. Je me suis rendue compte aussi que je n’avais jamais crié dans ma vie. Mon passé, si lourd soit-il, me donnait le droit de rire, mais pas de crier, de le partager pleinement. L’expérience de Karaka a été une libération. Moi, mon psy c’est ma voix. Elle me guérit.
Vous retrouvez Oumou Sangaré lors que vous jouez dans Kirikou? Fatoumata Diawara : Pendant le tournage de Kirikou, je reçois un autre coup de fil de Cheick pour me dire que Oumou cherche une choriste pour sa tournée. J’aime trop Oumou et j’ai dit oui alors même que je tournais encore avec Kirikou. C’était de la folie. Je me rappelle d’une date à Bordeaux où je jouais dans Kirikou à 19 h et avec Oumou à 21 h. Elle est allée voir le spectacle et juste après on est parti jouer. Et les comédiens sont venus voir le concert d’Oumou !
Est-ce que vous pensez que vous allez garder ces deux côtés, le côté artiste et le côté chanteuse ? Fatoumata Diawara : Je dois faire les deux. Au Mali être comédienne n’est pas reconnu comme un métier normal. Au Mali peu de jeunes veulent faire ce métier parce qu’ils voient ce que sont devenues les «anciennes» comédiennes. Elles ne sont pas mariées et n’ont pas d’enfants parce qu’elles sont jugées trop libres. Elles sont presque considérées comme des prostituées. Ou du moins comme faisant un métier qui n’est pas comme les autres. Moi, je veux de prouver que c’est un métier comme les autres, qu’on peut faire de la comédie, être mariée et avoir une vie tout à fait respectable. Ça fait partie de mes devoirs.
Et la musique c’est ? Fatoumata Diawara : Etre actrice, c’est expérimenter, la musique c’est ce que je suis. Ce disque c’est moi. Mon parcours d’actrice m’aide aujourd’hui quand je fais des concerts. Quel que soit le public, je n’ai pas peur. Je me sens à la maison. C’est fantastique d’être passée par là. J’ai brûlé les étapes
Comment situes-tu Oumou Sangaré dans l’histoire de la musique africaine ? Fatoumata Diawara : Elle à mi-chemin entre deux générations. Entre la génération de mes parents et la mienne. Par exemple le fait que je joue de la guitare me change un peu de la tradition Wassoulou. C’est quelque chose qui n’a jamais existé. J’essaie de faire comprendre que ma musique, la musique de Bougouni est accessible à tous. Je cherche le maximum d’ouverture tout en restant authentique, en gardant les mots traditionnels. J’ai fait beaucoup de collaboration, mais je reste Wassoulou. Tu me mets sur du jazz, je vais chanter Wassoulou, tu me mets sur de la techno, je vais chanter Wassoulou.
C’est Oumou qui t’a aidé à créer ces ponts ? Fatoumata Diawara : C’est plutôt Cheick Tidiane Seck. Il s’est beaucoup amusé à me déstabiliser musicalement. Il part en jazz et je dois rester avec la voix dans le pentatonique. Grâce à lui, je ne suis plus surprise ou déstabilisée maintenant. Désormais, je suis convaincue que toutes les musiques se parlent.
Ton style de guitare est aussi du Wassoulou ? Fatoumata Diawara : En fait je joue du kamele n’goni avec la guitare. J’ai joué avec des musiciens incroyables, mais ils ne comprennent pas mon ton. Même avec mes propres musiciens parfois, c’est difficile. Je chante toujours à contretemps. La voix et la musique ne sont pas sur le même chemin. Ce n’est pas voulu, mais apparemment c’est toujours comme ça. Inconsciemment je joue le rythme de mon village. Quand je prends la guitare ça vient. Et c’est pareil pour le chant. Oumou aussi fonctionne comme cela. Elle est née et a vécu à Bamako. Moi je suis née en Côtes d’Ivoire. Ma mère n’a jamais mis les pieds dans le Wassoulou et mon père parle le bambara de Côte d’Ivoire. Y a un accent, une langue légèrement différente dans le Wassoulou. Un dialecte en quelque sorte. À Bamako, on comprend ce que nous disons, mais ce n’est pas dit de la même façon. Oumou ne parle cette langue que quand elle chante. Elle est née à Bamako et elle a été peut-être deux fois dans sa vie dans le Wassoulou. Moi je viens de faire mon deuxième voyage. J’y suis allée pour la première fois en 2008. J’y suis allée parce que je ne comprenait pas pourquoi je parle cette langue uniquement quand je chante. Quand j’écris, tous mes textes me viennent avec une mélodie et dans cette langue. Alors que si je tiens une conversation, je ne peux pas la parler. Dans ce cadre-là, je vais parler un bambara « normal ». C’est un truc instinctif.
Comment est-ce que tu décides de te lancer et de faire un album sous ton nom ? Fatoumata Diawara : Je travaille avec mon groupe depuis plusieurs années. Depuis la période de Kirikou. Beaucoup de gens voulaient travailler avec moi, même des majors. Mais il y avait toujours quelque chose qui me retenait. Je faisais des concerts. Quand j’ai rencontré Nick Gold, je me sentais prête. Au Mali, il y a beaucoup de styles de musique. Chaque région a son style. Aujourd’hui, Oumou est la seule à représenter le Wassoulou. Elle a parlé de moi à Nick peut-être parce qu’elle pense aussi à une sorte de continuité. Et elle m’a fait comprendre que Nick était la meilleure personne pour entretenir cette culture, cette valeur et cette façon de chanter. D’ailleurs quand Oumou a été contactée par Herbie Hancock pour participer au titre « Imagine » sur le CD «The Imagine Project», elle a tout de suite demandé à ce que je participe aussi. Alors qu’on tournait ensemble, on a bossé pendant trois semaines toutes les deux. On travaillait dans le car. Et puis j’ai baissé les bras. Herbie Hancock, ça me faisait un peu peur. Oumou Sangaré a encore travaillé avec Cheick Tidiane Seck. Pendant l’enregistrement, Oumou m’a quand même appelée pour que la rejoigne. J’ai sauté dans un taxi et je l’ai rejointe en studio. On a fait beaucoup de prises. À un moment, je voulais montrer à Oumou une idée de chant et du coup on a dit « on le prend ensemble » et après Oumou le fait, seule. Et finalement, ils ont pris la voix que nous avions faite ensemble. C’est suite à cette session que Nick m’a appelée et m’a fait comprendre qu’il voulait travailler avec moi.
Tu as aussi participé à l’expérience d’Africa Express ? Fatoumata Diawara : J’ai rejoint Africa Express grâce à Nick Gold en 2010. J’aime la liberté de ce projet. On joue ses compositions, mais on part dans autre chose. Il y a beaucoup d’improvisation. Je me souviens d’un échange avec Oxmo Puccino à la Cigale. On est parti dans un délire, une ballade très calme, presque mystique.
Ornette vous souhaite un Joyeux Noël ! A cette occasion, elle a préparé un calendrier de l’Avent en ligne avec chaque jour une surprise à découvrir jusqu’à Noël !
« Il n’y avait plus de poussière d’étoile au supermarché pour qu’on puisse aller faire un tour tous ensemble sur l’Île Qui N’Existe Pas avec la Fée Clochette (bah ceci dit à cause des 35h elle est en congé aux Bahamas, la fée) alors je me suis dit que le plus simple c’était encore de faire un calendrier de l’Avent pour qu’on patiente jusqu’aux fêtes de fin d’année. Ensemble. De la musique, des vidéos, des jeux, des trucs et des machins, je suis allée chercher tous les jours un petit cadeau comme un chocolat qu’on mangerait dès le saut du lit avant de se jeter dehors dans le frissonnant-froid et les jours-tout-courts de l’hiver. Enjoy. » Ornette
Si on lui avait dit qu’un jour, elle sortirait un album en tant que chanteuse, Ornette n’y aurait pas cru. Pianiste brillante, elle était celle qui, jusqu’ici, composait, arrangeait, accompagnait les autres… Et restait un peu dans l’ombre. Sa voix ? Un instrument qu’elle n’osait pas dévoiler parce qu’il n’avait pas été poli par des heures de techniques, mais qui, pour la même raison, lui procurait aussi des sensations les plus intenses. Normal : la voix d’Ornette est un bijou précieux. Aujourd’hui, son premier album, Crazy, petite merveille de pop chaleureuse et sophistiquée, lui permet enfin de briller.
Ornette grandit dans une famille d’artistes, comédiens et chanteurs, mais choisit le piano pour s’approprier un territoire vierge, bien à elle. Au conservatoire, elle enchaîne les cours de solfège, d’harmonie, d’orchestration… Et se passionne peu à peu pour le jazz, ses dissonances et ses improvisations. A 25 ans, c’est donc munie d’un solide bagage qu’elle fait ses premières armes de professionnelle, derrière les claviers d’Alain Bashung, de Doriand ou d’Arthur H (avec qui elle interprète, sur scène, le cultissime La Rivière Sans Retour). Côté personnel, elle fait partie du trio MOP qui sort, en 2004, un album de jazz instrumental salué par la critique, et récidive quatre ans plus tard, version Electric Mop. Quand elle chante sur leur titre Jacqueline, c’est le déclic : « au Conservatoire, je n’avais jamais « travaillé » ma voix, contrairement au piano que j’ai du maîtriser après de nombreuses années d’étude. En chantant, j’ai donc ressenti un plaisir direct, absolument pas cérébral. Je me suis dit que je ne pouvais pas passer à côté. »
Ornette écrit donc ses premiers morceaux en solo. De petites pièces qui allient la mélancolie du blues à l’efficacité de la pop : « j’ai été très surprise de chanter sur des accords très simples, et d’aimer ça. C’était très libérateur de se dire ‘ok, j’ai appris plein de choses, mais maintenant, je vais juste à l’essentiel de la sensation’. » Elle ne confie qu’à une seule personne la tâche délicate d’étoffer ses morceaux sans les alourdir : Emiliano Turi, son complice de toujours sur Mop et Electric Mop, qui devient cette fois le réalisateur de son album. Pari réussi. Crazy est un disque solaire et aérien, où tout est question d’équilibre : des refrains qui accrochent le cerveau, du groove qui fait bouger les hanches, et des mélodies ciselées qui vont droit au cœur, dont le premier single, Crazy, est un superbe exemple. Sans oublier quelques surprises : « j’avais envie que l’album soit assez feutré, mais un peu rugueux. Pas question que ce soit trop propre. » Normal quand, dans son panthéon personnel, on compte Théolonious Monk, Beck, Jack White, Dusty Springfield ou Björk, des artistes qui tous, ont su être à la fois accessibles et audacieux. Résultat : des cuivres qui assombrissent le romantique There’s A Man, l’urgence un peu grave des couplets de The Lion and The Doll, ou le piano brinquebalant de Totta’s Unicorn. Et un album qui rejoint ceux de Feist, Dido, Kate Nash ou The Bird and The Bee, au rang des dignes représentants d’une pop moderne, féminine et racée.
Désormais (officiellement) chanteuse, Ornette (prénom choisi en clin d’œil à ses propres racines musicales, et en hommage assumé à celui dont la chanson Lonely Woman est l’une de ses préférées) monte sur scène. Initialement intitulé The Impossible Show, le spectacle qu’elle a présenté en 2010 pendant plus d’un mois au Lucernaire, à Paris, puis baladé des Nuits de Fourvière au Festival International de Jazz de Montréal cette année, multiplie les cascades sans filet : reprises toujours différentes, invités divers et variés (de Arthur H à un orchestre de cuivres), et diffusion en streaming simultanée. « Quand je suis sur scène, c’est comme si je faisais la même impro tous les soirs. Chanter me procure le même plaisir, instinctif et immédiat. »
Bonne nouvelle : en attendant de futurs concerts, son premier album nous fait déjà le même effet.
Ornette – « Crazy »
Le trio nantais d’IDEM nettoie depuis près de 10 ans les oreilles d’un public qui dépasse largement les frontières de l’ouest de la france. Ils venaient sur Paris pour présenter leur dernier album « Good side of the rain » VOIR ICI.
La salle du Divan du Monde est plongée dans une pénombre inquiétante. Seules quelques furtives lumières permettent de voir apparaître les silhouettes mouvantes des musiciens. Leur voyage psychédélique aux allures sombrissimes est amplifié par un son lourd et parfaitement syncopé.
Isabelle Ortoli, les rejoins sur scène, sa voix envoutante apporte la touche finale à ce tableau qui nous emmènera loin dans les abysses déchainées.
Compte-tenu de la qualité du show à la fois instrumental, vocal et visuel il est étonnant de le voir programmé en toute première partie. Un set splendide, une profondeur musicale à la fois déchirante et froide, une sorte de douche écossaise à la mode nantaise.
Une musique électro-éclectique par des musiciens déjantés, telle pourrait-être la définition des Lyonnais de PICORE. La démesure enragée envahie la scène du Divan du Monde après le show retournant d’IDEM.
Un mélange fou de rock survolté accouplé à de l’électro halluciné s’agrémente de samples et bruitages à coup de meuleuse. Bien que surprenant,et légèrement délirant, le quintet n’arrivera pas à démontrer toute la force de son show musical sur une scène exigüe dans la quasi pénombre.
AUCAN :
L’ultime groupe de la soirée nous a surpris par l’intervention préalable de l’un de ces membres auprès des photographes accrédités. Selon ses propos, nous n’étions pas autorisés à les shooter mais exceptionnellement, dans son extrême bonté, celui-ci nous accordait l’honneur de pouvoir le faire de la mezzanine.
Par respect pour ces artistes italiens qui recherchent une certaine discrétion médiatique, nous n’aurons cité que leur nom dans ce live report. Cette soirée du Divan du Monde aura été exceptionnelle par sa première partie, en demi-teinte sur la seconde, quand à la troisième partie…
Durant les 30 premières secondes d’écoute de « He saved the son », premier titre de l’album il m’est apparu l’idée incongrue que Kate Pierson et ses acolytes (B 52’s) avaient commis un nouvel album. Une impression vite dissipée, puisqu’en fait, la mélodie de ce titre, est largement plus puissante et plus racée que celle de leurs ainés.
Ce deuxième album de LadyLike Dragons, se décline en une alternance de titres aux rythmes sauvages et de ballades pop-rock.
La voix poussée de Cindy est maitrisée, les riffs lascifs de Seb me rappellent que les seventies sont toujours aussi lyriques, quand à Yann, rien ne semble altérer la puissance dosée de sa frappe.
Turn Them Into Gold c’est belliqueux et poétique, aussi charmant que ce trio. Tout réside dans le dosage savamment orchestré d’une musique puissamment endiablée.
Certains apprécieront le côté brutal et agressif de, « He saved the son » , « I’m a shoegazer » ou encore de « Turn them into gold » ; d’autres préfèreront le romantisme sous-jacent et plus reposant de « Love and so on » , de « My dad » ou de « Compromises ».
Un album complet et efficace dont la prestation scénique devrait être un vrai régal.
Une pépite encore brute à écouter de toute urgence.
Playlist
01. He saved the son 02. Love and so on 03. I’m a shoegazer 04. My dad 05. Turn them into gold 06. Compromises 07. Magic potion 08. Sun dog trail 09. Your enemy 10. No time to mess around
Concerts :
Vidéo Officielle
Créatrice du label ANACROUSE, la pianiste et auteur Isabelle Lecerf-Dutilloy édite et publie une collection de CD et de livres CD de découvertes musicales pour les jeunes enfants. – De la naissance à 12 ans.
De Debussy à Bartók, en passant par Chopin, Beethoven, Satie, Schumann, Mozart, Ravel et beaucoup d’autres encore, elle écrit des histoires qui transportent les enfants dans le monde imaginaire de ces compositeurs.
Aujourd’hui avec « Julie et les sortilèges » elle entraine les petits dès 5 ans dans un château hanté par de multiples petites créatures échappées de leurs livres de contes sur la musique des
« Visions Fugitives » de Serge Prokofiev
Les aventures de la petite Julie sont accompagnées d’illustrations merveilleusement poétiques de Marion Meert et Jean Charles Debroize, deux Rennais ayant étudié à LISAA et qui signent les illustrations de leur 1er livre avec beaucoup de talent, (voir le blog « jean charles debroize » .)
Une découverte à ne pas manquer, la musique de Serge Prokofiev livrant toute sa magie dans cette histoire rocambolesque.
Isabelle Lecerf-Dutilloy pianiste crée des spectacles pour enfants et adultes et donne de nombreux concerts ; c’est de son expérience d’enseignante qu’elle a imaginé cette collection pour enfants, son concept est original : elle part toujours de la musique pour raconter une histoire, travaillant ainsi sur l’osmose qui s’opère entre les sons et le conte (comme au cinéma-).
Longtemps enseignante en Musicologie à L’ESRA Bretagne, Isabelle Lecerf-Dutilloy a pu travailler avec les étudiants en audiovisuel sur le concept du mot et du son et vérifier l’intérêt suscité par la mise en images et en histoires de toutes les musiques, quelques soient les époques.
Les précédents ouvrages-pièces enfantines pour le piano-de Musiques en berceuses-le voyage de Chouchou- sont à découvrir sur le site www.anacrouse.net
Cette collection est en vente essentiellement sur le site d’ANACROUSE, mais peut être commandée dans les librairies.
Liz McComb fait déjà partie du Panthéon du Gospel, pourtant elle n’a pas encore soixante ans. Mahalia Jackson, qui a vécu 61 ans (29 octobre 1911/20 janvier 1972) restera « La Voix » du 20ème siècle sans n’avoir jamais consenti à la moindre concession profane.
Ray Charles, James Brown, Otis Redding, Sam Cooke, suivis d’une armée de disciples ont révélé à l’industrie du disque et du spectacle les mélodies et les secrets de la musique de leur communauté, formatant du même coup la musique populaire d’après guerre jusqu’aux raps du 21e siècle. Liz McComb, même si elle a parfaitement intégré dans son art toutes les efficacités de la « Black Music » se refuse a contrario à « réussir » en dissociant les paroles de la musique de son gospel ancestral, et ne voilà-t-il pas que sinon la « Providence », l’actualité lui donne raison : Encore une fois dans l’histoire, après le printemps des peuples d’Europe au 19e siècle qu’accompagnaient les œuvres de Verdi largement inspirées des légendes bibliques, après le combat des africains réduits en esclavage s’emparant de la Bible pour revendiquer la liberté et l’égalité, voici qu’une fois de plus ce vieux scénario de Jéricho et de ses murailles qui s’écroulent sous les coups de la seule musique et de la foi, revient dans l’actualité, avec d’autres chants, d’autres trompettes, d’autres livres à l’ère des révolutions arabes qui écroulent leurs « Bastille » et déchirent les « Tigres de papier », tout comme était tombé le mur de Berlin, et que surgit maintenant le mouvement des Indignés. « Soyez résolus à ne plus servir et vous serez libres » exprimait autrement La Boétie … Grande, simple et éternelle leçon de chose …
Qui osera encore soutenir que le gospel était « oncle-tomiste » et réactionnaire ? Liz McComb fait partie de cette élite des enfants prodiges qui illuminent nos existences par leurs talents. Elle possède ce pouvoir de la grâce, forgé par un demi siècle d’apprentissage, et qui lui permet en toute circonstance de toucher son public droit dans le cœur… La définition classique du beau n’est-elle pas la pertinence? Et les trois versions de cette vieille comptine biblique sont la parfaite illustration du pouvoir irrationnel et magique des artistes. Il aura pourtant fallu une conjonction de circonstances quasi miraculeuses pour que cette rengaine que Liz s’était longtemps refusée à chanter, devienne sous ses talents et ceux de ses invités (Regina Carter, Akua Dixon, Harold Johnson, Yvon Rosillette, Larry Crockett, Philippe Makaia, Hilaire Penda, Eric Vincenot, selon les versions) un titre qui va encore faire une nouvelle carrière plus de 150 ans après avoir été composé… Halleluhia !
Liz McComb en concert :
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