À peine inventée en 1839, la photographie investit ce lointain et mythique Orient qu’est l’Égypte. Le photographe et écrivain Maxime Du Camp (1822-1894) ainsi que son compagnon, le jeune romancier Gustave Flaubert, la parcourent entre 1849 et 1850. Du Camp y réalise un album photographique de voyage, intitulé Égypte, Nubie, Palestine et Syrie : voici pour l’aspect réaliste, sinon scientifique. Et un récit de voyage épistolaire, adressé à Théophile Gautier : c’est le versant littéraire de l’entreprise.
Ce croisement heureux entre réalité géographique et expérience esthétique fournira le socle obligé de beaucoup de voyages photographiques égyptiens à venir. Nous en avons, dans cette exposition, choisi deux pour accompagner les images réalisées, sur le même terrain, par les premiers voyageurs-photographes du XIXe siècle appartenant à cette génération qu’on nomme les primitivistes. Leurs descendants spirituels du XXe siècle présentés ici, Denis Roche (1937- ) et Pierre de Fenoyl (1945-1987), ont réalisé leurs périples égyptiens au début des années 1980. Que le premier, Denis Roche, soit également écrivain, ne fait que renouer avec le double et premier voyage de Du Camp. Mais ses images prises durant plusieurs séjours, entre 1980 et 1984, explorent curieusement davantage les opportunités optiques et ludiques proposées par ce que l’on pourrait appeler le « cliché touristique égyptien », auquel est soumis le voyageur contemporain : pyramides, signes divers, appels lumineux, télescopage des époques. Et que, au milieu de tout cela, Denis Roche et sa compagne Françoise y inscrivent leurs autoportraits et portraits de couple, ne fait que mieux souligner, au coeur de leurs voyages égyptiens, leur volonté d’inscrire leur temporalité biographique dans l’immobilité plombée de l’histoire.
Pierre de Fenoyl, lui, mourra prématurément quelques années après son séjour égyptien de 1983, vécu comme une expérience initiatique, sur les traces de Maxime Du Camp et de Gustave Flaubert. Cette disparition donne sans doute un sens rétrospectif plus grave aux images qu’il réalise en Égypte, volontairement inscrites dans la perspective temporelle de ce qu’il nomme la « chronophotographie ». Elle est, selon ses propres termes, l’élaboration par la photographie « des traces du temps vécu, comme des preuves en pensant aux autres ». Contemplatives, mystiques, les photographies égyptiennes de Pierre de Fenoyl reconstruisent le monde séculaire, immobile, des ruines. Sa poésie relève plutôt d’un ordre funéraire, dans lequel la mort y est regardée indirectement, dans sa nature pétrificatrice.
Gilles Mora
Gilles Mora, Commissaire de l’exposition : Né en 1945, Gilles Mora fait des études supérieures de lettres à l’université de Bordeaux jusqu’à l’agrégation. Professeur de letters, il enseigne aux Etats-Unis (Louisiane) entre 1972 et 75, où il étudie la photographie à l’Université du Nouveau-Mexique (USA) sous la direction de l’historien Beaumont Hewhall. Il est membre permanent du comité de sélection de la Collection photographique de la Maison Européenne de la Photographie (Ville de Paris) et a écrit plus de vingt livres sur la photographie, soit comme auteur, soit en compagnie de photographes comme Henri Cartier-Bresson. Spécialiste de la modernité photographique américaine, il continue à organiser d’importantes expositions monographiques ou collectives pour de nombreuses institutions françaises ou américaines.
La Galerie d’art du Conseil général des Bouches-du-Rhône a ouvert ses portes en 1995. Installée sur le cours Mirabeau en plein coeur d’Aix-en-Provence, elle occupe 200m2 dédiés à l’histoire de l’art, à la photographie et à l’art contemporain. Ce lieu atypique ne répond pas aux critères traditionnels d’un musée, d’un centre d’art ou d’une galerie. Il s’agit d’un lieu professionnel de monstration, géré par une institution publique et ouvert gratuitement au grand public. La galerie affiche une programmation de haut niveau avec des oeuvres d’artistes de notoriété nationale et internationale et a bénéficié de prêts de musées prestigieux comme le musée Picasso, le centre Georges-Pompidou ou encore la Stadtmuseum de Stuttgart… Avec une moyenne de quatre expositions par an, la Galerie d’art a réussi à fidéliser un public de plus en plus nombreux – 110 000 visiteurs en 2008 – et développe des choix artistiques qui permettent de renforcer la cohérence de la politique départementale en faveur des Arts plastiques. Elle conforte la volonté du Conseil général de favoriser l’accessibilité à la culture pour tous, notamment par ses actions pédagogiques à destination des scolaires, son entrée gratuite ainsi que ses visites guidées en accès libre.
Hôtel de Castillon 21 bis cours Mirabeau 13100 Aix-en-Provence Tél. : 04 42 93 03 67 Fax : 04 42 27 54 23 www.culture-13.fr/presse
Né dans un village du Vaucluse en 1924, Jean-Marie Sorgue s’est éteint le 8 avril 2010, à l’âge de 86 ans. Il s’était établi en septembre 1953 à Aix-en-Provence où il fut pour plusieurs générations d’élèves le professeur de dessin du lycée Mignet. Il lui arriva d’exposer ses travaux d’artiste à Marseille – chez Rudy Caumont, au Goethe Institut, chez Athanor ou bien avec Françoise Dufaure – à la Galerie Visconti de Paris, au musée de Grenoble, à Vence chez Pierre Chave (en 1984 et en 1990) dans les centres culturels français de Munich, Bonn et Fribourg, ainsi qu’à l’Institut culturel franco-allemand de Tubingen (en 2006).
C’est dans sa ville d’adoption que son oeuvre fut le mieux reconnue et diffusée, en première instance grâce au travail des galeries privées. Dans l’intra-muros aixois ce sont, entre autres et au fil des ans, la boutique de l’antiquaire Jean-Marie Le Rest, la galerie des Maîtres contemporains de Jean-Pierre Collot autrefois établie rue Félicien David, la Galerie des Trois Ormeaux et puis pendant les dernières années de sa vie, l’Atelier des Eyguesiers et la galerie Ardital qui l’exposèrent.
Son oeuvre fut mise en valeur lors des expositions collectives qu’Henry Le Chénier programmait pendant les étés des années 80, dans le cloître du lycée Vauvenargues ou bien dans l’École d’Art. Rue du Puits Neuf, une exposition que j’avais intitulée « Noirs dessins » l’associait pendant l’automne 2007 à plusieurs de ses frères d’armes, Jean Amado, Robert Blanc, Jean-Jacques Ceccarelli, Louis Pons et Pascal Verbena. De son vivant, l’ultime présentation de son travail s’était déroulée à l’Abbaye de Silvacane, du 10 septembre 2009 au 10 janvier 2010.
Ses expositions les plus marquantes se sont déroulées au musée Granet ainsi qu’au musée des Tapisseries. Denis Coutagne et Bruno Ely qui le tenaient en haute estime et grande amitié écrivirent des textes et des préfaces à propos de son travail. Le musée Granet avait accueilli une première approche de son oeuvre en 1982, lors d’une exposition titrée «Falaises et émergences», Bruno Ely présenta ses dessins au Musée des Tapisseries en 1993. En 1996, une confrontation plus importante se déroulait en deux étapes, dans les deux musées d’Aix-en-Provence : aux Tapisseries, on découvrait les huiles et les toiles de la première période de Sorgue tandis que Granet évoquait la césure et le développement de son oeuvre à partir de 1969, son rejet définitif de la peinture, son choix de l’encre de Chine et du support papier. Enfin, du 16 mai au 4 juillet 2004, alors qu’il franchissait le cap des 80 ans, le musée Granet accueillait une importante donation : le fonds du musée s’enrichissait du choix mûrement réfléchi de quatre-vingt dessins sélectionnés par Sorgue.
« La nuit sera noire et blanche »Si l’on excepte des croquis au plus près de la muraille du plateau du Cengle, les sources d’inspiration de son oeuvre sont rarement «aixoises». Construites «avec des loques», ses «Villes saintes» sont enfouies dans des archéologies où le souvenir de la Provence est un faible écho. Sa plume et son pinceau révélent des voyages intérieurs qui l’entraînèrent beaucoup plus loin que ce que pouvait lui offrir son environnement immédiat. Ce grand reclus fut un wanderer de l’imaginaire, toutes sortes de surprises et d’enfoncements lui firent rencontrer des zones d’austérité et de déréliction, les vertiges et l’extrême exténuement des «Majestés défuntes». Ses référents et ses complicités, il faut plutôt leschercher du côté du Greco et des rétables du baroque espagnol, ou bien dans certaines images d’Ivan le Terrible et d’Andreï Tarkovsky. Les vieilles locomotives et les recoins ruinés de son enfance, certains paysages de montagnes, les villages fortifiés de l’Italie, les bleus lointains des tableaux de Patinir au musée du Prado, les fastueuses tentures du salon du Capitaine Nemo, Le Rivage des Syrtes ou bien Le désert des Tartares, la modernité négative issue de la perception des camps de concentration, Nerval quand il écrivait «Ne m’attends pas ce soir, car la nuit sera noire et blanche», Henri Michaux et Lovecraft furent souvent les catalyseurs de ses visions.
Comme Sorgue l’a raconté dans son autobiographie, ses lieux de vie à l’intérieur d’Aix-en-Provence furent pour l’essentiel concentrés dans un étroit périmètre. Trois espaces furent les aires majeures de son travail : la maison qu’il avait autrefois louée pour son foyer au 18 bis de l’avenue de la Violette, l’atelier qu’il occupait rue Paul Bert jusqu’en 1978, entre Beffroi et rue Granet, «quatre grandes pièces en haut d’un escalier-labyrinthe» et puis enfin, à partir de 1972 et jusqu’au dernier souffle, hissé sur les hauteurs de la Traverse Malakoff, derrière la route des Alpes et les 200 logements, le domaine discret de la Villa Bel Air dont il était le propriétaire, une porte étroite et puis ensuite une manière de chalet abrité par les arbres d’un jardin. Les modestes dimensions de l’atelier qu’il avait fait construire étaient parfaitement conformes à ses voeux : c’était une resserre pour ses travaux ainsi qu’un espace de création, éclairé par «une unique source lumineuse qui provient de l’étroite et longue verrière située tout en haut, sous le toit et orientée vers le nord».
C’est dans ce creuset qu’il faut imaginer Jean-Marie Sorgue totalement libre de son temps quand il prit sa retraite d’enseignant en 1984 : penché sur sa table, grattant ses feuillets avec une lame de rasoir et du papier de verre, écoutant des enregistrements de la musique qu’il préférait, Ligeti, Luigi Nono, Palestrina ou bien les choeurs de la liturgie orthodoxe russe. Selon l’expression de Jean Rigaud que Sorgue reprenait volontiers à son compte, sa silhouette voûtée et son attachante physionomie qui ne fut jamais dénuée d’humour faisaient parfois songer à l’apparition d’ « un vieux moine de Nijni-Novgorode ».
Alain PAIRE, juillet 2010.
OUVERTURE ET PROLOGUES du 24 sept au 16 Oct 2010
VARIATIONS/PONCTUATIONS Membres du réseau GUDGI du 6 au 16 Oct 2010
Musées et lieux publics du 14 sept au 16 oct 2010
POINT D’ORGUE le 29 sept 2010 Cité du Livre Conférence animée par Bruno Ely, projection et lectures : 18h00
FINAL le 13 oct 2010
GALERIE VINCENT BERCKER
10, rue Matheron
13100 Aix-en-Provence
Tél : 04 42 21 46 84 et 06 10 25 83 8
E.Mail : vbercker@yahoo.fr
Ouvert du Mercredi au Samedi de 15 h à 19 h
Cette exposition est organisée dans le cadre d’un PARCOURS-EXPOSITIONS en HOMMAGE à l’artiste aixois Jean-Marie SORGUE ( 1924 – 2010 ) qui aura lieu à Aix-en-Provence du 14 au 16 octobre 2010 dans différentes galeries et lieux culturels. Voir Affiche et Programme Général en Pièce Jointe. Cette manifestation est réalisée par l’Association GUDGI qui regroupe et fédère les Galeries d’Art d’Aix-en-Provence www.gudgi.org
Du 5 juin au 3 octobre 2010, le musée Granet à Aix-en-Provence rend hommage à Pierre Alechinsky, figure majeure de l’art actuel, amoureux du Midi au cours d’une exposition d’ampleur internationale.
Pierre Alechinsky est l’un des grands noms de l’art contemporain. Dans la perspective de Marseille Provence 2013, Capitale européenne de la Culture, le musée Granet à Aix-en-Provence rend hommage à cet artiste, figure majeure de l’art actuel, amoureux du Midi au cours d’une exposition d’ampleur internationale.
Ainsi, depuis les années 50, Alechinsky puise son inspiration dans le sud de la France ; que ce soit à Montpellier, dans les Cévennes, dans les Alpilles ou au pied de la Sainte Victoire près d’Aix-en-Provence…
L’exposition dévoile ainsi tous les aspects du travail de l’artiste, depuis sa rencontre avec le Midi jusqu’aux dernières oeuvres produites en 2009.
Cette rétrospective, « Alechinsky, les ateliers du Midi », permet de découvrir, tout au long de l’été, sur plus de 500 m2 d’exposition répartis en huit salles, près de 170 oeuvres majeures – peintures, dessins, gravures, céramiques et livres – qu’Alechinsky a créées au contact du Sud. Une visite de l’exposition en avant-première à l’intention de la presse et en présence de l’artiste sera organisée
« Alechinsky, les ateliers du Midi » retrace le parcours de l’artiste belge dans le sud de la France entre Tourettes-sur-Loup dans les Alpes-Maritimes, le Tholonet près d’Aix-en-Provence, Arpaillargues près d’Uzès, Saint Paul de Vence, Grasse et les Alpilles où il réside régulièrement depuis 1988.
Cette immersion permet d’accéder, dès la première salle, aux sources d’inspiration du peintre. Ainsi, grâce à des racines de bambous ramassées sur la plage, est né ce concept de rhizome qui confère à ses créations unité et cohérence.
La salle suivante met en lumière l’influence du sud dans son travail qui intervient après l’expérience du groupe Cobra. En pays d’Aix notamment, il crée une huile sur toile intitulée Au Tholonet dans l’atelier du peintre Francis Tailleux, situé face à Sainte- Victoire. De cette période aixoise naissent également Les Trompettes de la similitude ou Le Tour du sujet. En 1972, il réalise Le Bleu de Delft au château d’Arpaillargues.
Loin d’être un lieu de villégiature, le sud a également permis à l’artiste, au travers de ses rencontres, de développer une autre facette de son travail. Il y a cultivé son amour pour les livres et la typographie qu’il avait découverte à l’école de la Cambres, à Bruxelles. La quatrième salle dévoile ainsi des éditions originales de livres d’art. Alechinsky y révèle sa connaissance des techniques du livre et de l’imprimerie.
Au fil des salles, le regard que pose Alechinsky sur la Provence se dessine. Ainsi les paysages de la Crau l’inspirent-ils alors qu’il illustre les poèmes inédits de Blaise Cendrars, Le Volturno, en 1989. La sixième salle met en scène la Suite des Bouchesdu- Rhône, série d’encres sur papier. L’image des contreforts des Alpilles, que le peintre voyait par la fenêtre de son hôtel, y est omniprésente.
Cette rétrospective souligne ainsi l’importance du sud pour Alechinsky. Un sud qui représente autant de « claviers où improviser, comme avec les différentes voix d’un orgue, sur une partition sue par coeur, d’imprévisibles et somptueuses variations », suggère le commissaire de l’exposition, Daniel Abadie.
Place Saint Jean de Malte 13100 Aix-en-Provence Tél. : + 33 (0)4 42 52 88 32
Réservations : +33 (0)4 42 52 87 97
HORAIRES 11h00-19h00 (de juin à septembre) 12h00-18h00 (d’octobre à mai)
Fermeture des caisses 1 heure avant Fermeture hebdomadaire le lundi Fermetures annuelles : 1er mai, 25 décembre et 1er janvier
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