Un étranger s’est introduit dans une maison bourgeoise, il est à deux doigts d’obtenir du père la donation de tous ses biens et la main de sa fille. Il en profite pour tenter de séduire sa femme…
Voilà toute l’affaire, le gage d’un bon divertissement. D’où vient pourtant que nous détestions tant ce Tartuffe et pourquoi prenons-nous systématiquement le parti de cette famille?… Ils sont donc si sympathiques que ça ?… Et Tartuffe?… mais qu’est ce qu’il a fait exactement… ?
Jouvet disait à ses élèves du conservatoire : « Faites un procès à Tartuffe vous le perdrez. » Tartuffe n’a rien fait. Il révèle sûrement nos turpitudes mais nous n’avons aucune raison de douter de sa sincérité, de son authenticité. Et ce serait peut-être bien là son plus grand crime : il est peut-être sincère.
Molière à travers Tartuffe eut l’obsession de la sincérité, pour découvrir sans doute qu’elle n’existe pas, ni au théâtre, ni dans la vie. Monter Molière maintenant, c’est rendre compte de cette découverte insoutenable que l’apparence des choses parle pour la chose elle même. Dans un siècle où la société du spectacle s’est étrangement imposée, où le paraître et le virtuel prennent tous les jours le pas sur le propos et la réflexion, où les Tartuffe télévisés ont affiné leur grimaces au point de se confondre avec le milieu qu’ils parasitent, l’obsession fataliste de Molière n’en finit pas de faire écho.
Philippe Ferran : Non….Tartuffe n’a rien fait. Il ne prend que ce qu’on veut bien lui donner. Il est celui qu’on décide qu’il est, à travers nos doutes et nos contradictions. Il révèle sûrement nos turpitudes mais nous n’avons aucune raison de douter de sa sincérité, de son authenticité. Et ce serait peut-être bien là son plus grand crime : il est peut-être sincère. Dans la grande scène où Tartuffe argumente pour séduire Elmire, Molière a cru bon d’indiquer : « C’est un scélérat qui parle. » Il vient peut-être de s’apercevoir que si Tartuffe n’était pas un scélérat il dirait très exactement la même chose ! Il n’a pas manqué, pendant toute la pièce de nous mettre en garde contre l’imposture et les faux-semblants, mais là, maintenant, à la fin du quatrième acte, il prend conscience que rien dans son discours ne saurait établir une quelconque différence entre le vrai et le faux . Molière à travers Dom Juan, Le Misanthrope et Tartuffe eut l’obsession de la sincérité, pour découvrir sans doute qu’elle n’existe pas, ni au théâtre, ni dans la vie. Monter Molière maintenant, c’est rendre compte de cette découverte insoutenable que l’apparence des choses parle pour la chose elle même. Dans un siècle où la société du spectacle s’est étrangement imposée, où le paraître et le virtuel prennent tous les jours le pas sur le propos et la réflexion, où les Tartuffe télévisés ont affiné leurs grimaces au point de se confondre avec le milieu qu’ils parasitent, l’obsession fataliste de Molière n’en finit pas de faire écho.
Carabistouilles et Cie Spectacles et formations Héloïse Martin : directrice artistique Tél. : 09 53 67 71 64 ou 06 71 60 68 91
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